‹ Le prince Eugène en 1814Chapitre 6 sur 51 · DOCUMENTS · texte numérisé non relu

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Lettrée du roi de Bavière^ jl/axiinil ien~ Joseph, au prince

Eugène.

Nymphenbourg, le 8 octobre 1813.

- Mon bien-aimé lils,

Vous connaissez mieux que personne, mon bien cher ami, la scrupuleuse exactitude avec laquelle j'ai rempli mes engagements avec la France, quelque pénibles et onéreux qu'ils aient été. Les désastres de la dernière campagne ont surj^assé tout ce qu'on pouvait craindre^ cependant la Bavière est parvenue à lever une nouvelle armée, avec laquelle elle a tenu en échec jusqu'ici l'armée autrichienne, aux ordres du prince de Reuss. Cette mesure couvrait une partie de ma frontière, mais laissait à découvert toute la ligne qui court le long de la Bohème, depuis Passau jusqu'à Egra , ainsi que toute la frontière de la Franconie, du côté de la Saxe. J'ai attendu d'un moment a l'autre que cette immense lacune du système défensif fût remplie, mais mon attente a été vaine. Les princes voisins, comme le roi de Wurtemberg, ont refusé tout secours- sous prétexte qu'ils avaient besoin de leurs

forces pour eux-mêmes. L'armée d'observalion de Bavière a reçu une autre dcslinalion et n'a jamais suivi aucune espèce de correspondance avec le général de Wrède. On a laissé le temps aux troupes légères ennemies d'occuper, sur les derrières de l'armée, tout le pays entre la Saal et l'Elbe, d'y détruire divers corps français et de se rendre redoutables a mes frontières; aux réserves deBenningsen, de gagner la Bohême, d'où elles sont à portée de se jeter, sans trouver d'obstacle ni de résistance , sur mes provinces en Franconie ou dans le Haut-Palatinat, et de là sur le Danube, opération qui ne laisserait d'autre retraite à Wrède, de son propre aveu, que les gorges du Tyrol, et laisserait a découvert le reste de mes États. Je serais forcé de les quitter avec ma famille, dans un moment où il serait le plus dangereux d'en sortir. Dans une situation aussi critique, et presque désespérée, il ne m'est resté d'autre ressource que de me rendre aux instances vives, réitérées et pressantes des cours alliées de conclure avec elles un traité d'alliance. Je crois avoir remarqué à celte accasion , avec assez de certitude pour me croire fondé à vous le dire, que les Autrichiens ne seraient pas éloignés de se prêter, du côté de l'Italie, .à un armistice sur le pied de la ligne du Tagliamento. C'est votre père, et non le roi, qui vous dit ceci, persuadé que vous saurez allier vos intérêts avec ce que vous devez a l'honneur et a vos devoirs.

J'ai, comme bien vous pouvez croire, fait rendre le chiffre de l'armée au ministre de France, sans en prendre copie. Je vous prie de même d'être persuadé que les malades qui sont dans mes hôpitaux seront traités a mes frais et renvoyés libres chez eux. Il en sera de même des individus français et italiens qui se trouveront en Bavière.

J'espère, mon cher Eugène, que nous n'en serons pas

moins allachés liiii à laulrc, ol que je serai peut-être i» même de vous prouver par des faits que ma tendre amitié pour vous est toujours la même. Elle durera autant que

snoi.

Je vous embrasse un million de l'ois en idée.

La reine vous embrasse

Votre bon père, Max. Joskph.

Le prince Eugène au roi de Bavière, son beau-père, , Gradisca, lii octobre 1813.

Mon bon père , , .

Je reçois a l'instant votre lettre du 8 courant. Votre cœur sentira facilement tout ce que le mien a dû souffrir «n la lisant. Encore si je ne souffrais que pour moi! mais Je tremble pour la santé de ma pauvre Auguste, lorsqu'elle sera informée du parti que vous vous êtes cru obligé de prendre.

Quant à moi, mon bon père, quel que soit le sort que le ciel me réserve, beureux ou malheureux, j'ose vous l'assurer, je serai toujours digne de vous appartenir, je mériterai la conservation des sentiments d'estime et de tendresse dont vous m'avez donné tant de preuves. ^ Vous me connaissez assez, j'en suis sûr, pour être convaincu que, dans cette pénible circonstance, je ne m'écarterai pas un instant de la ligne de l'honneur ni 4e mes devoirs; je le sais, c'est en me conduisant ainsi

que je suis certain de trouver toujours en vous pour moi, pour votre chère Auguste, pour vos petits-enianis.un père et un ami.

Le hasard m'a ofl'ertune occasion de faire pressentir le général Ililler sur un arrangement tacite par lequel nous demeurerions, lui et moi, dans les positions que nous occupons, c'est-à-dire sur les deux rives de l'Isonzo; je ne sais ce qu'il répondra, mais vous le sentirez, je ne puis faire au delà. Si cette première proposition est jugée insuffisante, si la fortune m'est à l'avenir aussi contraire qu'elle m'a été favorable jusqu'à présent, je regretterai toute ma vie qu'Auguste et ses enfants n'aient pas reçu de moi tout le bonheur que j'aurais voulu leur assurer, mais ma conscience sera pure, et je laisserai pour héritage à mes enfants une mémoire sans tache.

Je ne sais, mon bon père, ce que votre nouvelle position vous rendra possible. Je ne vous recommande pas votre gendre, mais je croirais manquer a mes premiers devoirs si je ne vous disais pas : Sire , n'oubliez ni votre fille ni vos petits-enfants.

Je suis, mon bon père , avec les sentiments de respect et de tendresse que vous me connaissez et que je vous ai voués pour la vie ,

Votre bien affectionné lils ,

Eugène.

Je présente mes hommages à la reine; j'embrasse frères et sœurs.

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