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sentent au Prince la dhiffa, repas composé de leurs mets les plus appréciés et ils portent au château une table chargée d'un mouton roli, des vases remplis de lait chaud et froid.
A l'adresse de l'héritier impérial les sollicitations et les requêtes arrivent nombreuses : des industriels apportent les jouets, des inventeurs les découvertes auxquels ils voudraient pouvoir attacher son nom, si bien qu'une note paraît au Moniteur pour arrêter cet envahissement : elle annonce qu'on refusera tous les objets adressés au Prince Impérial, si une autorisation de l'Empereur n'y est jointe.
Les livres même vont se mettre sous la protection de TAltesse : la maison Pion, préludant à la publication de la Vie de César, fait paraître la « Collection des classiques français du Prince Impérial ».
Le 10 juin, pendant le dîner delà famille impériale, la musique du 4'' Voltigeurs joue dans le parc de Fontainebleau, quand le petit Prince paraît à une fenêtre du Palais. Il est rayonnant et agite un papier qu'il jette dans la direction des soldats : c'est la dépêche disant la prise de Puebla, qui vient d'être apportée à l'Empereur, qu'il a copiée de son écriture enfantine, joyeux d'annoncer hi victoire à l'armée ; « Puebla est à nous; le général Ortega s'est rendu sans conditions avec dix-huit mille hommes. »
Aussitôt, la musique attafjue l'air de la Urine Ilot-
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teiise ; le bruit du succès vole à travers la ville où les fenêtres s'illuminent, les jardins du Palais sont ouverts au public et Napoléon III, tenant son fils par la main, se promène au milieu de la foule.
Un mois après, c'est la prise de Mexico qu'on fêtera.
La France était fière de ces nouvelles victoires inscrites aux plis de ses drapeaux, fière de songer que les trois couleurs llottaient triomphales sur cet empire lointain, orgueilleuse de cette expédition, plus tard si injustement attafjuéc.
Dans l'esprit de Napoléon III, la campagne du Mexique était la réalisation d'un plan longtemps caressé, mûrement rétléchi ; c'était le remède à la grandissante puissance de l'Amérique du Nord, à ses envahissants progrès, que de lui opposer dans le Sud une nation capable de maintenir son ambition, assez forte pour lutter contre elle.
Les troupesde là-bas n'avaient pas oublié leur jeune caporal : le chef d'escadron de Galliffet, après avoir été à Vichy, présenter à l'Empereur les drapeaux pris sur l'ennemi et les clefs de Mexico, venait à Sainl- Cloiid ollVir au Prince Impérial un canon conquis, don du corps expéditionnaire.
Malgré la chaleur accablante qui afaitcontremander, à Paris, la revue du It août, l'EmjJcreur emmène son fils à Chàlons. Maintenant qu'il s'est plié aux fatigues de la vie militaire, il est juste aussi «iu'il m goûte les
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plaisirs et il assiste, auprès de son père, à une représentation du théâtre du camp.
C'est une grande baraque en bois, joliment décrite dans une série d'esquisses de la Vie Parisienne. Des banquettes garnissent l'orchestre et les estrades de côté réservés aux officiers ; pour la troupe, des gradins en amphithéâtre s'élèvent du parterre aux cintres. Chaque division s'y assied à son tour.
Les ouvreuses sont remplacées par des cuirassiers qui, casqués et le sabre à la main, indiquent les places suivant le grade de l'arrivant. Un lieutenant se lève au milieu de l'orchestre, avant que les trois coups soient donnés et lit le règlement qui interdit toute marque d'improbation, défend de frapper des pieds, dans l'intérêt de l'édifice.
Le soir où l'Empereur et le Prince Lupérial viennent à cet étonnant théâtre, l'affiche annonce la Reine Crinolinr et Margot.
Ils demeurent une semaine entière au camp, suivant les manœuvres, [)assant des revues, assistant aux courses militaires et le Prince, l'esprit toujours en éveil, accable son père de questions. Les soldats ont vite deviné qu'ils ne sauraient trouver plus éloquent avocat que l'enfant de troupe pour appuyer leurs requêtes et de chaque promenade à travers les quartiers, il rapporte une ample moisson de pétitions.
Cette année-là, en quittant Hiarrit/, l'Lnpératrice se rend à Madrid. L'Empereur et le Prince jiarleni
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ensemljle de la villa Eugénie, s'arrêtent à Bordeaux, dont ils reçoivent les autoriti's à bord de la Reinr Ilortense mouillée aux Quinconces. Le lendemain, le yacht descend la Gironde, les mène à La Rochelle d'où le train impérial se dirige vers Saint-Cloud.
Parmi les aumôniers attachés à la chapelle du Palais était ^L Tabbé Laisne, tout de dévouement aux jours heureux, inébranlable dans sa fidélité ijuand sonnèrent les heures tristes.
Un matin, le Prince vient le trouver et, d'un air mystérieux : « Je vais vous dire une chose qui me ferait bien j)laisir : laissez-moi vous servir la messe. » — L'abbé entrevoit en un instant quel parti les ennemis du gouvernement tireraient de la réalisation d'un tel projet, comme ils sauraient agiter les grelots du cléricalisme ; il répond simplement au petit Prince : « Monseigneur, vous n'avez jamais appris et il faut d'abord savoir le latin... »
L'enfant linterrompt : « Venez seulement jusqu'à la chapelle. »
Etonné et curieux, l'abbé Laisne le suit, le voit qui s'agenouille devant l'autelet commence à réciter imperturbablement tous les répons de la messe, appris seul, sans qu'autour de lui personne se fût douté de sa patiente élude.
La piété si haute et sincère qui tant de fois soutint le Prince devenu homme, mais dont jamais il ne fit étalage, se manifestait chez l'enfant par un naïf besoin
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de prière. Il avait quatre ans lorsqu'un vendredi-saint, M""" Bizot entre chez lui, vêtue de deuil suivant Tusage de la cour.
— « Oh, madame! pourquoi ètes-voiis tout en noir? »
— « C'est, Monseigneur, parce que le bon Dieu est mort aujourd'hui. »
Sa flgure s'assombrit et il reprend d'une voix triste :
— « Alors, je ne pourrai plus le prier? »
Le prince Georges de Danemark, appelé au trône de Grèce, s'arrête à Paris avant d'entrer dans ses Etats. En son honneur, une revue est passée, le 21 octobre, à Longchamps; le petit Prince, précédant les Souverains, passe devant chaque ligne de l'infanterie et prend place dans le pavillon pour assister au défilé.
A Gompiègne plus encore qu'aux Tuileries, il va se livrer à sa distraction favorite, s'exercer presque chaque matin à la manœuvre avec les enfants de troupe du 1"' Grenadiers, en garnison dans la ville. Sous le regard de l'Empereur ou du maréchal Ganrobert, un sous-officier commande le jeune bataillon qui, aux jours de pluie, se réunit dans une salle.
Quchiucfois leur caporal les retient à déjeuner. Tous, il les connaît par leur nom, sait leur âge, s'cn- (juiert de mille détails, parle de préférence aux plus timides, vite encouragés par sa grâce.
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Pour chacune des quatre séries d'invités que Leurs Majestés appelaient en novembre à Gompiègne, une représentation était donnée au théâtre du l*alais. L;i Comédie-Frangaise y fut convoquée le plus souvent, mais on y vit aussi l'Odéon, le Vaudeville, avec lyjiie Pargueil, MM. Félix, Saint-Germain, Lafontaine: les Variétés, avec llortense Schneider; le Palais- Hoyal, Déjazet, la Porte-Saint-Martin [le Bossu, joué par Mélingue), Gluny même [les Inutiles).
Le 1'] novembre, le petit Prince est admis à prendre place dans la loge impériale. Le Gymnase est au programme avec Montjoye, d'Octave Feuillet, joué paii^jmes Deiaporte, Fromentin, Chaumont, MM. LafonI, Landrol, P. lîerton, Dieudonné.
Le spectacle est un peu sévère pour un enfant de sept ans. Tour à tour sur les genoux de lEmpereur ou assis entre son père et sa mère, le Prince que la curiosité du dénouement ne tourmente guère, est heureux de rentrer dans ses appartements après le troisième acte.
Il était aussi à Gompiègne des soirées dramatiques moins solennelles : Emile Augier, Ponsard, Octave Feuillet, Edmond About, les écrivains invités aux soirées, se plaisaient à tracer le canevas de quehjue improvisation qu'interprétaient les familiers du palais.
Dans une charade ri niée pour la fêle de l'Impératrice, un |)etit rôle avait été confié au Prince Impé-
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rial. Il l'apprenait avec M"'° Conneau et ne se lassait pas de redire sa tirade de la première scène.
Le soir du 15 novembre, l'Empereur heureux de la joie de son fils et n'y voulant pas une ombre, vient un instant dans les coulisses pour s'assurer du sangfroid du débutant. Afin d'éviter toute surprise, il a été convenu que M""' Conneau serrerait par deux fois la main du Prince quand son tour arriverait de parler.
Le rideau lève et , après quelques répliques , M""'' Conneau donne le signal. — Silence. Elle accentue la pression : même impassibilité. Au grand étonnement de l'assistance qui juge le premier de la charade terriblement obscur, le rideau tombe.
Auteur et acteurs se pressent autour du Prince qui s'excuse de son émotion et déclare qu'on peut frapper de nouveau les trois coups. Mais la même scène recommence ; pris par la peur, sentant sa mémoire s'envoler, il s'écrie tout impatient : « Il n'y a donc pas de souffleur? »
D'autres tentatives devaient être plus heureuses et dans maint à-propos, il étonna par la finesse de son jeu, la gentillesse de sa diction.
Dès ses premières années, il avait manifesté pour la musique un goût très vif qu'il semblait tenir de sagrand'mère, la Heine Ilortense. Il fredonnait toute mélodie entendue deux ou trois fois et, pour faire plaisir à l'Empereur (jui adorait les airs de sa jeu-
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nesse, M"'' Conneau apprenait au petit Prince quelques chansons de Béranger.
Dans Tune d'elles, il est certain couplet qu'à la seconde répétition elle juge pour le moins superflu, et comme elle le saute :
— « Mais, madame, vous ne me chantez pas tout. »
— « Monseigneur, ce serait beaucoup trop long et vous fatigueriez l'Empereur. »
Le Prince semble se rendre à la justesse du raisonnement, mais apercevant M"- Conneau le lendemain, il va à elle et lui dit :
— « Je sais pourquoi vous ne voulez pas me laisser chanter le couplet : c'est à cause des amourettes. »
Nadaud était aussi un des musiciens favoris de Napoléon III et on lui attribue une spirituelle réponse lors d'un séjour à Compiègne.
— « Je veux, recommande l'Empereur, que M. Nadaud soit ici comme chez lui. »
Au lieu de remercier, le chansonnier semble réprimer une grimace dont le Souverain demande l'explication.
— « Eh bien, Sire, répond Nadaud, j'avoue à Votre Majesté qu'en venant ici, j'avais espéré y être beaucoup mieux que chez moi. »
Une grande joie est donnée au Prince Impérial avant de quitter Compiègne pour les Tuileries : son cheval n'est plus tenu en laisse par M. IJachon à la
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