LE VOYAGE EN LORRAINE, 186G
La dernière journée du voyage est consacrée à Lunéville ; journée toute militaire qui débute par une revue et que couronne un merveilleux carrousel aux flambeaux.
Dans l'intervalle a lieu la distribution des croix. Au premier Cuirassier qui se présente, la souveraine hésite ; elle cherche où piquer la décoration sur ce plastron d'acier. Le petit Prince lui explique tout bas qu'on l'attache à l'épaulière et, avec un sourire, elle suit les indications de son fils.
Le 19 juillet, Napoléon III attend à la gare de l'Est, les voyageurs qui rentrent avec lui, sans escorte, aux Tuileries.
Un mois plus tard, on parle encore de toutes ces fêtes que Théodore de Banville célèbre dans sa cantate du 15 août :
«... Alors, en la voyant, la vaillante Lorraine
Eut pour l'Impératrice un grand cri filial
Dont le bruit retentit comme un coup de tonnerre,
Et, pour glorifier la femme dans la mère,
Joyeuse elle acclama l'enfant impérial.
Oh! qu'ils portent longtemps bonheur au jeune Prince
Tous ces longs cris d'amour par toute une province
Jetés comme un seul vœu !
Qui lui disaient : a l-ldèle au sang qui l'a fait naître. Ici-bas le soldat de la France doit élre
Le chevalier de Dieu !
Les instincts militaires du Prince, un peu apaisés l)ar deux mois de séjour à la villa Eugénie, — où lo roi des Hellènes lui fait remetlre la grand-croix de
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l'ordre du Sauveur — se réveillent dès le retour de Saint-Cloud.
D'une visite à Saint-Cyr, où le général de l'Abadie d'Aydren lui a fait passer en revue cavalerie et infanterie, visiter l'Ecole depuis les salles d'études jus- (ju'au.v cuisines, il est revenu radieux. Et quand la première série des invités arrive à Gompiègne, son cœur de petit soldat est tout en émoi.
Il y a là les maréchaux Canrobert, .Mac-Mahon, BaraiTuev-d'IIilliers, Forey, Niel, Saint-Jean-d'AnL-^élv, l'amiral Rigault deGenouilly, les généraux Bourbaki, Frossard, de Montauban, Trocbu, Ailard, Morin, de la Martinière.
Ce qu'il entend de leurs conversations avec l'Empereur, et surtout leurs réponses à ses questions l'intéressent infiniment plus que la représentation du Verre il Eau ou de la Conjuration d'A?nboise. — Le drame de Louis Bouilhet a remporté sur le théâtre de la Cour un succès véritable et à maintes reprises, l'Empereur envoie son fils vers le poète pour le complimenter. « C'était pour le jeune Prince, peu familiarisé avec les grandes tirades en vers, une agréable occasion de changer de place'. »
Toutes les musiques militaires de Paris réunies, le 31 décembre, dans la cour des Tuileries, saluent d'éclatantes fanfares le dernier jour de ISOG. Du balcon, Leurs Majestés et le Prince Impérial assistent
' A. Leveaux. Le théâtre de la Cour à Compiègne.