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LA PUE.MILRE COMMUNION DU PRINCE IMPÉIUAL

Jamais année ne s'était annoncée plus joyeuse pour le Prince Impérial: représentation dos Pirates de la Savane avec la course émouvante de Miss Menken, soirée chez Robert-IIoudin, patinage au bois de Boulogne, visites au Ghamp-de-Mars où un monde entier avec ses maisons, ses temples, ses jardins, se groupe autour du palais de l'Exposition. — Janvier avait été une succession de plaisirs.

En sortant des Tuileries avec Napoléon III, pour rouvcrture de la session, en traversant le Carrousel au bruit du canon, escorté par les Cent-Gardes,le petit Prince songe à toutes les fêtes, aux beaux délités des troupes dont on parle déjà. Et celte année qu'il entrevoit si radieuse, l'Enfant Impérial la passera presque entière à souffrir.

L'été précédent à Saint-Cloud, pendant la leçon de gymnastique, il était tombé du portique sur lequel il voulait se tenir en équilibre. La chute avait fort efTrayé son entourage, mais après quelques jours, le Prince retrouvait son entrain.

On ne songeait plus à l'accident quand, au commencement de mars, l'enfant se met à boiter ; dans la crainte d'effrayer son père et sa mère, il se fait plus gai encore que de coutume, n'avoue qu'à demi ses soutTrancesjusqu'au jour 011 la marche lui devient trop cruelle.

Le petit Prince est au lit — les journaux annoncent le bal d'enfants que le grand écuyer de l'Empereur donnera en son honneur. Un abcès profond s'est formé, dont le D' Nélaton et le D'' Barthez jugent l'opération nécessaire. — Le Moniteur déclare que son état s'est très sensiblement amélioré, qu'il pourra bientôt reprendre ses exercices habituels.

Confiants dans les espérances du journal officiel, les ouvriers du Trocadéro préparent pour l'anniversaire du 16 mars une fôte tout originale. De la place du Roi-de-Rome à la Seine, ce ne sont qu'oriflammes : les locomotives servant au transport des déblais sont décorées d'écussons ; un arc de triomphe s'élève à l'entrée des chantiers.

Le cortège impérial est signalé à 3 hciiros ; mais le Prince n'y est pas. Seuls Napoléon III et l'Impé-

LE PRIiNCE IMPÉRIAL

ratrice prennent place sur l'estrade toute ornée de banderoles. Aux cris de « Vive le Prince Impérial ! » les ouvriers délilent devant eux, taudis qu'avec un roulement de tonnerre, dix-huit cents mines éclatent.

Le Moniteur publie le décret qui constitue au iils de l'Empereur une maison militaire dont le général Frossard sera le chef. Sont nommés aides de camp de Son Altesse : MM. Duperré, capitaine de frégate; (l'Espeuilles, lieutenant-colonel; Lamey et de Lignéville, chefs de bataillon.

En même temps l'Empereur multiplie les grâces et l'Impératrice verse les dons à pleines mains. Les Sociétés de charité maternelle reçoivent à elles seules soixante-dix mille francs.

Et pendant que la France le fête, que les malheureux le bénissent une fois de plus, le petit Prince souffre chaque jour davantage.

Le D' Nélaton a déclaré qu'une seconde opération s'impose; et lui, ne songeant qu'aux heures de tristesse que vient déjà de traverser sa mère, supplie qu'on lui laisse ignorer le nouvel arrêt des médecins.

Il a refusé d'être chloroformé. Cet enfant de onze ans (jui ne laisse pas échapper une plainte, surprend les chirurgiens par son courage et sa volonté.

Les notes rassurantes reparaissent. On annonce encore, le 30 mars, que le Prince Impérial accompa-

gnera Leurs Majestés, le surlendemain, à l'ouverture de l'Exposition universelle. — C'est seulement en rendant compte de la journée que les journaux officieux déclarent que « bien que son état continue à être des plus satisfaisants, on n'a pas voulu exposer Son Altesse aux fatigues d'une si longue cérémonie ».

Aussitôt capable de supporter le court trajet du château à Saint-Gloud, le Prince s'est installé dans la résidence d'été oii lui arrivent les échos des fêtes.

Le Roi et la Reine des Belges, la Reine de Portugal, le Prince de Galles et le Duc d'Edimbourg, le Prince Oscar de Suède, la Grande-Duchesse Marie, réunis le 15 mai aux Tuileries, sont reçus à l'Hôtel de Ville avec le faste que savait y déployer le baron Haussmann ; puis les ambassades ouvrent leurs portes. Six mois durant ce ne seront que cortèges souverains, splendeurs inouïes qui transformeront Paris en une ville de rêve.

Les francs-tireurs des Vosges viennent d'Epinal offrir au Prince Lnpérial une carabine d'honneur, l'équipement et les insignes du commandement de leur Société. Ce sera, depuis plus de trois mois, la première sortie officielle de Son Altesse ; et combien cette revue-là est différente de celles (jue le petit sergent aimait tant ! pas de poney, pas d'uniforme !

Il arrive sur la place du Rui-de-Rome dans une calèche attelée à la Daumont et passe en voiture devant la ligne des francs-tireurs.

Leur cil» 1, M. iiourj^eois, aiujmlé d'une jambe à Sébastopol, s'approche alors :

— « J'ai l'honneur de remettre à Votre Altesse Impériale, au nom des francs-tireurs des Vosges, l'insigne de notre société. Soyez assuré, Prince, de nos sentiments, de notre dévouement pour les augustes auteurs de vos jours, et de l'empressement avec lequel nous défendrions la frontière si jamais l'ennemi voulait envahir le sol de la France. »

Le Prince répond que depuis son voyage à Nancy, le souvenir des francs-tireurs n'est jamais sorti de sa mémoire, qu'il est heureux de se retrouver parmi eux. Il leur exprime tous ses regrets de ne pouvoir assister au banquet qu'il prie ses nouveaux camarades d'accepter à l'Exposition.

Les trois cent cinquante volontaires défilent devant lui, puis ils descendent le ïrocadéro et pénètrent dans le Champ-de-Mars, sous le vélum vert aux abeilles d'or.

Avec l'arrivée du Tzar (1" juin) commence la série des grandes fêles.

Alexandre II qui a exprimé à l'Empereur le désir de voir le Prince Impérial, se rend à Saint-Cloud, au sortir des courses du 3 juin, ainsi que le Roi Léopold, le Tzarewitch, le Prince héritier de Prusse, le Grand- Duc W'iadimir.

Ni à la représentation de gala de l'Opéra — qui réunit dans la loge impériale dtX-huit Souverains ou

Altesses — ni à la réception de Guillaume I", le Prince ne pourra assister. Mais la peine serait trop grande s'il était banni de la revue qui, le 6 juin, met en ligne soixante mille hommes dans la plaine de Longchamps : venu de Saint-Cloud à 3 heures, il prend place dans la tribune de sa mère, auprès de la Princesse Frédéric, de la Princesse de Hesse, du frère du Taïkoun.

Après la revue, l'Impératrice rentre aux Tuileries en suivant la Seine ; le Prince regagne Saint-Gloud. Napoléon III, le Tzar et les Grands-Ducs arrivaient à l'allée des Acacias quand, près de la Gascade, retentit le coup de pistolet de Berezowsky.

Le sang-froid de M. Rainbeaux a sauvé les Souverains, mais la foule, en voyant sur les uniformes le sang jailli des naseaux du cheval que montait l'écuyer, croit, épouvantée, que la balle a atteint son but. L'Empereur se lève et salue pour rassurer ceux qui se précipitent autour de la voiture, puis, se tournant vers le Tzar, il lui dit en souriant : « Sire, nous aurons été au feu ensemble. »

Roubaix, Gharleville et Mézières envoient les premières adresses de félicitations ; MM. Ernoult-Iîayard, Le Ghanteur, le comte de Béthune, maires de ces trois cités et leurs conseils municipaux souhaitent que les hôtes de l'Empereur ne voient dans ce forfait que l'acte isolé d'un insensé, qu'ils sachent que « la France est et restera toujours le pays de l'honneur et de la loyauté » .

LE l'RINCE IMPERIAL

En môme temps que la protestation des émigrés polonais, répudiant toute alliance avec l'assassin, arrive la lettre des francs-tireurs à peine rentrés à Epinal :

« ... ()m, Sire, vivez pour la gloire et la prospérité de notre belle patrie. Vivez pour former le Prince Impérial, notre président d'honneur, dans les traditions d'un progrès sage et libéral.

« Que Son Altesse sur laquelle reposent tant d'espérances, daigne se souvenir qu'Elle peut compter en tout temps sur le patriotisme ei le dévouement des francs-tireurs des Vosges. »

Avant de quitter la France, le Tzar veut voir le petit Prince une dernière fois et s'arrête une heure auprès de lui, le 9 juin, au retour de la fête du Trianon.

Le Vice-Roi d'Egypte aussi se rend auprès de l'enfant impérial dès le lendemain de son arrivée et la visite lui sera aussitôt rendue, car la convalescence est terminée.

Du quai des Tuileries, les promeneurs l'aperçoivent le 20 juin, jouant avec ses camarades sur la terrasse du bord de l'eau ; l'Empereur ne le quitte pas des yeux, tout au bonheur de retrouver son fils gai et remuant comme autrefois.

Le 24 juin, le Prince peut aller au Champ-de-Mars, connaître ces merveilles dont tant de récits lui onti

été faits, dont les dessins s'amoncelaient sous ses yeux. Il va d'abord au pavillon impérial construit par M. Lehmann, où un salon lui est réservé aupiès de ceux de son père et de sa mère. Le salon de Napoléon III est tendu de tapisseries; chez l'Impératrice, les murailles sont g-arnies de soieries. Pour le Prince,

Médaille commémorative de l'Exposition universelle de 1867, oITerte à S. M. l'Empereur, à S. M. l'Impératrice, au Prince Impérial par les Instituteurs publics de France.

(Dos CoUccUons du Larou Oscar de WallcviUe.)

on a employé des étoffes algériennes ; M. Voillemot a peint le plafond et les panneaux.

Trois fois dans la même semaine, Son Altesse retourne à l'Exposition, attirée surtout par la section militaire, hâtant le pas à travers les galeries pour arriver plus vite aux canons, aux armes. Un autre jour, le khédive lui-même se fait son guide au pavillon de l'isthme de Suez.

U: l'ItlNCE I.MI'ERIAI.

Un certain nombre d'instituteurs publics, désignés à l'Empereur parmi les plus méritants, ont été appelés à Paris, où tous leurs frais de séjour seront payés par Sa Majesté.

Avant de regagner leurs foyers, ils veulent offrir à Napoléon III un témoignage de gratitude : une souscription est ouverte entre eux et ils font frapper une médaille commémorative portant sur la face la triple effigie de l'Empereur, de l'Impératrice et du Prince Impérial ; sur le revers, le Temple de la Science, avec la lampe allumée sur l'autel, et en exergue : « les Instituteurs de France reconnaissants. »

Cette médaille est présentée aux Souverains par une délégation que conduisent S. E. M. Duruy, Ministre de l'Instruction publique, et le baron Oscar de Watteville , secrétaire du groupe de l'Instruction à l'Exposition. Le Prince, en uniforme de grenadier de la Garde, assiste à l'audience.

Un resplendissant cortège traverse le jardin des Tuileries pour se rendre au palais de l'Industrie, où les récompenses vont être distribuées (l'^'" juillet).

Entre la double haie formée par la Garde nationale et la Garde impériale, précédé de voitures à quatre et à six chevaux, des piqueurs et des garçons d'attelage, le carrosse impérial s'avance. On le dirait venu d'un conte des fées avec ses peintures, ses glaces, sa galerie sculptée. Les harnais des chevaux sont piqués de soie groseille, la crinière et la queue très-

sées (le passementeries rouges et or. Les hommes sont en livrée de grand gala ; tricorne bordé de plumes blanches et vertes, cheveux poudrés, culottes rouges.

Dans ce carrosse, l'Impératrice comme enveloppée d'un nuage de gaze blanche brodée d'épis d'argent ; l'Empereur en uniforme, le Prince Impérial et le Prince Napoléon.

Tout aussi pompeux est le cortège du Sultan qui, sorti de l'Elysée, arrive au Palais de l'Industrie par le faubourg Saint-Honoré et la rue Royale.

Le Lord-Maire de Londres, dans sa voiture de gala, accompagné des aldermen,aprécédéles Souverains dans l'immense nef oii vingt mille personnes sont réunies.

Quand Napoléon III paraît, un orchestre gigantesque attaque l'hymne triomphal écrit par Rossini. Sur l'estrade du trône, groupés autour de Leurs Majestés, du Sultan et du Prince Impérial, sont les Princesses Clotilde et Mathilde, les Princes de Galles, de Saxe, d'Orange, le Prince Royal de Prusse, le Prince héritier d'Italie, le Duc d'Aoste, le Duc de Cambridge, le Prince de Teck.

Derrière l'Impératrice se rangent la duchesse de Mouchy, la princesse de Metternich, M"'"^ de Labédoyère, Garette, Fleury, Ganrobert, Lady Granville, la comtesse de Moltke-IIvitfeld, etc.

Le maréchal Vaillant proclame les récompenses, et Napoléon III remet lui-même les diplômes aux exposants jugés dignes d'un grand prix ou bien promus

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au ranj^ d'officier ou de commandeur dans la Légion d'honneur.

Quand arrive le groupe des habitations ouvrières, le premier nom appelé par le maréchal est celui de « Sa Majesté l'Empereur ». — Le Prince se lève, prend la médaille et vient la remettre à son père.

Pour achever la guérison du petit Prince, ses docteurs ont ordonné les eaux de Luchon.

Avant de quitter Paris, il fait à l'Elysée une longue visite au Sultan, puis se rend chez le Duc d'Aoste, chez le Prince d'Orange, et le G juillet, au matin môme de son départ, va au presbytère de l'Assomption, prendre congé de M. l'abbé Deguerry, auquel est, depuis un an, confiée son instruction religieuse.

L'Empereur et l'Impératrice l'accompagnent jusqu'à la gare d'Orléans, l'embrassent une dernière fois sur le quai où sont déjà les personnes désignées pour le suivre dans son voyage : le général Frossard, le marquis d'Espeuilles, M. Monnier et le D"" Barthez.

Le conseil municipal de Luchon, conduit par M. Tron, député de la llautc-Garonne et maire de la ville, escorté par les guides, vient recevoir le Prince Impérial à Moustajon.

« Qu'on considère mon fils comme un Enfant de France ! Mais je veux qu'on le considère comme un enfant ! » avait dit Napoléon III avant le départ ; et les gens du pays auquels on a parlé du faste des Tuiries, ne peuvent croire à la simplicité de l'existence

menée par le petit Prince à la villa Berlin, — aujourd'hui l'hôpital Ramel.

Chaque jour il fait une excursion avec ses deux guides, après s'être baigné dans le petit pavillon, au fronton duquel l'aigle éploya ses ailes longtemps encore après le 4 septembre. Le souvenir de la bonté du Prince, de sa générosité, de la grâce avec laquelle il répondait au salut, lui a survécu, mêlé au regret des splendeurs éteintes.

Dix Empereurs et Rois, six Princes régnants, un Vice-Roi, neuf héritiers présomptifs, sans compter toute une série d'Altesses, ont été les hôtes de Paris depuis le printemps. L'Empereur d'Autriche va ajouter son nom à cette liste princière.

Décidée durant le voyage de Napoléon III et de l'Impératrice à Salzbourg, la visite de François- Joseph est fixée aux derniers jours d'octobre.

A peine de retour des bords du Danube, Leurs Majestés partent pour les départements du Nord, où chaque discours prononcé sur leur route, parlera de l'enfant demeuré à Saint-Cloud.

M. Dhavernas, maire d'Amiens, ouvre le feu :

a Sire, Madame,

« Par les traces profondes que la dynastie napoléonienne a laissées dans l'histoire, par les grands exemples que Son Altesse le Prince Impérial reçoit de ses augustes parents, il fait espérer à hi France

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les plus brillantes destinées. De son étoile (|ue nous suivons tous des yeux et de la pensée avec une respectueuse sollicitude, s'échappent des rayons qui présagent la gloire, la prospérité et le bonheur... »

« Mon fils, répond l'Empereur, sera digne de Taffection dont, de toutes parts je reçois pour lui le témoignage. Il grandira avec la pensée que tout doit être sacrifié au bonheur de la patrie. »

Amiens n'a pas oublié la vaillance de l'Impératrice venant l'année précédente parmi les cholériques. Alors que des inscriptions partout répétées proclament la reconnaissance des hommes, M'-'^ Boudinet, dans son discours, montre à la Souveraine la récompense divine :

(( ...L'ange Uaphaël disait àTobie: « Pendant que « tu ensevelissais les morts, ta charité montait vers « Dieu et il m'a envoyé pour guérir et sauver ton « fils. » Madame, quand, penchée sur ces couches de douleur, vous consoliez nos pauvres cholériques, votre héroïque charité montait aussi vers le ciel et dans les jours d'épreuve, Dieu vous a envoyé son ange pour sauver et guérir votre fils. »

Partout il semble que la maladie du petit Prince ait encore grandi l'aiïcction de la France. A un présent glorieux, elle veut un lendemain, et c'est en l'héritier de Napoléon III (jue s'incarne cet avenir.

A Biarritz, le courage et le sang-froid du Prince vont se montrer pour la première fois à l'épreuve.

Le 3 octobre, par un temps admirable, l'Impératrice et Son Altesse montent à bord du stationnaire le Chamois ; ils iront jusqu'en vue de Fontarabie et, au retour, aborderont à Saint-Jean-de-Luz, d'où ils regagneront la villa Eugénie en voiture.

La première partie du programme s'exécute. Mais à peine s'éloigne- 1- on des côtes d'Espagne, que le vent change : contrarié dans sa marche, battu par les lames, le navire arrive devant Saint-Jean-de-Luz à la nuit noire. Il est impossible d'entrer dans le port et l'on conseille à l'Impératrice de rester à bord avec son fils jusqu'au lendemain. A la pensée des inquiétudes qui vont assaillir l'Empereur, elle insiste pour descendre à terre.

On embarque dans deux canots : le premier parvient sans encombre jusqu'à la jetée, mais l'autre, où Sa Majesté est descendue avec son fils et l'amiral Jurien de la Gravière, donne contre un écueil.

Le pilote est précipité à la mer, le canot menace de s'engloutir.

L'amiral prend le Prince par la main et déclare qu'il faut sauter sur le rocher. La mère pousse un cri, mais l'enfant se tourne vers elle : « Je n'ai pas peur, maman ; je m'appelle Napoléon !» — et il bondit, tandis que l'équipage sauve l'Impératrice.

En arrivant à l'Elysée, le 23 octobre, avec Napoléon III qui est allé à sa rencontre jusqu'à la gare de l'Est, François-Joseph trouve, au pied du grand

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perron, l'Impératrice et le Prince venus de Saint- Gloud pour le recevoir.

Le soir, un dîner intime réunit à la résidence d'été les deux familles impériales, la Reine de Hollande et le Roi de Bavière.

L'Exposition meurt, laissant derrière elle une légende de gloire et de richesse presque fabuleuse, le souvenir d'un ruissellement d'or.

Compiègne est abandonné cette année-là, car l'ouverture de la session, avancée de deux mois, hâte le retour aux Tuileries.

L'hiver de 1868 s'annonce redoutable aux malheureux. Indemnisé par la cassette impériale, le Montde-Piété rend gratuitement tous les objets de literie engagés de novembre à février; l'Impératrice fait installer des fourneaux dont elle surveille les distributions. — Au Bois, parmi les patineurs, une quête s'organise sur la glace et le petit Prince met cinq cents francs dans l'aumonière qui lui est tendue.

Souvent il lui arrive de vider ainsi son escarcelle en une fois et, rentré au château, d'aller prier son père ou sa mère de remplir de nouveau la bourse amplement garnie le malin.

M. Monnier a été remplacé par M. Filon et, avec le changement de précepteur, toute l'éducation du Prince est modifiée. On s'accordait à trouver le système du premier un peu contemplatif; le second fera suivre

à son élève le programme de l'Université, choisissant dans les lycées de Paris les professeurs qui, sous sa surveillance, dirigeront ses études classiques.

M. Edeline, du lycée Bonaparte, fut désigné tout d'abord ; vinrent ensuite MM. Cuvillier (Vanves\ Payart (Napoléon), Lévy (Louis-le-Grand). A M. Lavisse est confié l'enseignement de l'histoire.

Les compositions du petit Prince, mises en ligne avec celles des élèves de septième, lui ont valu la première place en version latine et en arithmétique, lui donnant le droit de s'asseoir au banquet de la Saint-Gharlemagne. Jamais le lycée Bonaparte ne fut témoin de plus enthousiaste réunion.

Après avoir remis la croix à M. Romtain, attaché à l'Université depuis plus de trente années, les palmes à MM. Perrens et Jubé, répondu au compliment que le jeune Cornudet lui adresse au nom de ses condisciples, le Prince Impérial qui, sur son vêtement de drap noir, ne porte aucun insigne, entre dans le réfectoire , souriant à tous ces visages joyeux.

Sur l'ordre de l'Empereur, cent bouteilles de Champagne ont été envoyées des caves des Tuileries ; de nombreuses pièces de gibier forment un supplément apprécié au menu traditionnel.

Les camarades de Son Altesse ne seront pas oubliés dans la pluie de faveurs qui signale le 46 mars. Tous les lycées et collèges de l'Empire ont congé ce jourlà, en même temps que les punitions sont levées dans

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l'armée et la marine, que les secours aux pauvres sont innombrables.

Le Prince entre dans sa douzième année, et pour la première fois on s'inscrit chez lui, à roccaî>ion de son anniversaire. Le Corps diplomatique conduit par le cardinal Chigi, les grands dijrnitaires, apportent leurs félicitations à l'Empereur et à l'Impératrice.

Accompagné de sa maison, le Prince Impérial va voyager seul, visiter Cherbourg et Brest en véritable héritier de la couronne. Pour lui scintilleront les illuminations, à lui s'adresseront les discours.

Toutes les autorités de Cherbourg sont réunies, le 14 avril, sur le quai de la gare, pour le recevoir.

En voiture découverte et au pas, il parcourt les principales rues de la ville jusqu'au port militaire d'où il se rend à bord de la Reine Horteme, commandée par le capitaine Maurin.

Les embarcations de l'escadre accompagnent le canot impérial que saluent trois salves d'artillerie, qu'acclament les équipages rangés dans les vergues. Quand vient la nuit, la flotte entière s'illumine, des fusées partent de tous côtés.

Lelo, après avoir visité le cuirassé la Savoie, être monté sur la digue, le Prince traverse les ateliers de l'arsenal, — où les ouvriers surpris de sa simplicité, le fêlent à l'envi — puis va au banquet des trois cents apprentis marins, mousses et enfants de troupe.

Le j)elit Bougeard, délégué pour prendre la parole.

s'approche et lui offre un bouquet. Son Altesse ouvre ses bras à l'enfant, l'embrasse par deux fois en disant : « Vous êtes tous des amis ; j'embrasse celui-ci pour tous. »

Simulacre d'un combat naval, dîner offert aux autorités, fête merveilleuse qui transforme la rade de Cherbourg en un immense brasier tricolore, terminent la seconde journée du voyage.

Entourée de l'escadre, la Reine Hortense quitte Cherbourg le lendemain, se dirigeant vers Brest.

La mer est menaçante et le petit Prince, tout glorieux de résister à ses violences plus vaillamment que maintes personnes de sa suite, se promène sur le pont, s'agite. Pour que le triomphe soit plus complet encore, il imagine de monter dans les haubans. Les gabiers l'y rejoignent et lui font payer l'amende d'un quart de vin, châtiment de tout passager qui s'aventure parmi les cordages.

Le Prince Impérial est accueilli à Brest avec le même enthousiasme qui Fa salué à Cherbourg. Visites aux hôpitaux, réceptions à l'hôtel de ville, à la préfecture maritime, c'est comme une réédition du programme précédent. Sur Y Inflexible^ il assiste aux exercices des mousses; chez les pupilles de la marine, il s'assied au banquet des apprentis ; il partage le dîner des élèves du Borda.

Au malin du huitième jour, il quitte Brest pour rentrer directement à Paris.

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(Collection de M. l'Abbé Missel.)

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7 mai : la |)r«'inicrc coinnuiiiion.

La chapelle des Tuileries est tendue de velours rouge relevé de torsades d'or, avec une profusion de llours. Les prie-Dieu de Leurs Majestés sont dans le chœur, à droite de l'autel. Auprès de l'Empereur, le jeune Prince Victor-Napoléon, les princes Lucien, Joachim et Achille Murât; aux cotés de llmpératrice, la Princesse Clotilde, la Princesse Mathilde et la princesse Lucien Murât.

Dans la tribune se rangent les compagnons de Son Altesse et les enfants de troupe de son régiment.

Le Prince Impérial pénètre dans la chapelle un peu avant l'entrée de ses parents. Il porte l'habituel costume des communiants : veste bleu foncé avec le brassard, pantalon et gilet blancs.

Après que M''" Darboy lui a offert Teau bénite et que M. l'abbé Mullois lui a tendu le cierge, il vient s'agenouiller en face de l'autel ; son gouverneur et le curé de la Madeleine se tiennent derrière son fauteuil.

L'instant de la communion venue, il s'approche de l'autel. La nappe est tenue devant lui par le prince Joachim Murât, le général Frossard, l'évêque d'Adras, premier aumônier et l'abbé Mullois.

Yers la fin de la messe, l'Archevêque qu'attendait le martyre, s'adresse à l'enfant réservé à une fin si tragique :

a. Votre jeunesse me touche et votre avenir m'émeut ; par-dessus la félicité paisible de vos premières années

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