I.K l'HINr.K IMITItlAl
Au mois d'août, les souverains font une visite à la Heine Victoria, au château trOsborne. Durant leur courte absence, M""" l'amirale Bruat reste au palais de Saint-Cloud, d'où, malin et soir, le télégraphe transmet un bulletin à l'île de Wight.
L'héritier impérial repose paisiblement aux Tuileries, le 14 janvier i8o8, quand on apprend Tattentat dOrsini. Tandis que les Princes et les Princesses, les ministres, les ambassadeurs se rendent en hâte à l'Opéra, de nombreuses voitures se dirigent vers le château.
Les nouvelles arrivent peu à peu : le cortège atteignait l'Opéra, 011 se donnait le bénéfice de Massol, quand trois bombes ont éclaté, lançant la mitraille à travers les rangs de l'escorte, parmi les curieux et brisant le carrosse.
D'autres projectiles sont peut-être prêts, et, précipitamment, la portière est ouverte par des agents (jui veulent, en hâte, faire descendre Leurs Majestés. L'Impératrice, persuadée d'abord que les assassins veulent frapper l'Empereur, s'est jetée sur lui, faisant un rempart de son corps. Mais Napoléon III, sans une émotion dans la voix, avec ce suprême mépris du danger qui ne l'abandonna jamais, l'écarté : « Comment voulez-vous que je descende, dit-il? Vous n'abaissez pas le marchepied. »
M™" de Sancy et une autre dame du Palais, enlevées de leur voiture par les agents, ont été entraînées
dans le cabinet de Babin, le costumier du théâtre, et s'égarent dans l'obscurité des couloirs, pendant que la salle entière acclame les Souverains qui apparaissent dans leur loge. Le chapeau de l'Empereur a été traversé par une balle, la robe blanche de l'Impératrice est éclaboussée du sang du général Roguet, blessé auprès d'elle.
Quand, à minuit, ils quittent l'Opéra, la foule a envahi les boulevards ; aux cafés, les rampes de gaz scintillent, à chaque fenêtre une illumination a été improvisée et les cris enthousiastes les suivent jusqu'au guichet des Tuileries.
Le lendemain, sans escorte, ils vont visiter les blessés au Gros-Caillou et au Val-de-Gràce. Les journaux publient les noms des cent dix-huit personnes atteintes par les bombes, disent l'admirable courage des Lanciers de la suite, le sang-froid du maréchal des logis Guisin, du brigadier Prudhomme.
De princes régnants ou de maires de village les félicitations arrivent, dont la seule énumération emplit des pages.
« Dieu permet quelquefois la mort du juste, dit l'Empereur en ouvrant la session législative, mais il ne permet jamais le triomphe de la cause du crime. Aussi ces tentatives ne peuvent troubler ni ma sécurité dans le présent, ni ma foi dans l'avenir. Si je vis, l'Empire vit avec moi et si je succombais, l'Empire serait encore affermi par ma mort même, car l'iiuli-
j^nalion du peuple et de rarmée serait un nouvel appui pdur le ln"iiie de mon lils. »
Le retour possible d'un attentat est dans toutes les j)cnsées : si Napoléon III était frappé, qui exercerait le pouvoir au nom de son héritier?
L'Empereur ne veut rien laisser au hasard et, le l*^^' février, M. l'ouhK ministre d'Etat, lit au Sénat, un message désignant l'Impératrice comme Régente, au cas où le Prince Impérial serait appelé au trône. 11 institue en même temps un conseil privé qui, avec les deux Princes franijais les plus proches dans l'ordre de l'hérédité, deviendrait un conseil de régence : il est composé de S. E. le cardinal Morlot, le maréchal, duc de .Alalakoir, M. Achille Fould, M. Troplong, le comte de Morny, M. Baroche, le comte de Persigny.
Les princes Frédéric-Charles, Adalbert et Albert de Prusse, le prince de Lichtenstein, le prince de Hesse, le prince Christian de Danemark viennent féliciter '\ ofliciellement l'Empereur d'avoir échappé au complot. Des revues sont passées en leur honneur, auxquelles le petit Prince assiste, porté par sa mère.
11 frémit de joie au bruit des clairons ; la vue des sabres scintillant au soleil est un bonheur pour lui. Quand les tambours annoncent l'arrivée de la garde montante dans la cour des Tuileries, il veut ôtre à la lenêtre et ses yeux s'illuminent. Chauvin déjà, son petit co.'ur bondit au son de la moindre fanfare.
Pour son deuxième anniversaire, la famille impé-
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riale, les ministres, les grands officiers, les maisons de Leurs Majestés se réunissent autour de lui dans le salon de Diane, où une députation du i*"' Grenadiers vient offrir ses vœux à l'enfant de troupe. Le soir, tous les théâtres sont illuminés.
De viol entes attaques avaient été dirigées contre l'Angleterre, à la suite de l'attentat d'Orsini; on savait que le complot s'était tramé de l'autre côté du détroit et on s'indignait de la liberté dont jouissaient là-bas les perturbateurs de toutes les nations. Les plaintes s'étaient même traduites de telle façon qu'à un moment l'on put craindre une rupture entre les deux cabinets.
Jaloux de prouver au monde que les mêmes cordiales relations subsistaient entre les alliés de Crimée, la Reine et l'Empereur convinrent de se rencontrer à Cherbourg, lors de l'inauguration solennelle du nouveau bassin.
Durant ce voyage, le Prince Impérial demeura à Saint-Cloud, sous la garde de M""" la Gouvernante des Enfants de France.
Jamais le port militaire de la Manche ne vit déchaînement pareil de visiteurs, semblable invasion de curieux.
C'est à grand'peine que le cortège peut circuler à travers la ville : chacun veut contempler, réunis dans la même calèche, l'Empereur et le Prince Albert, la Heine auprès de l'Impératrice.
Après le départ des visiteurs royaux, Leurs Majestés
vont par lircsl, (Jiiiiniicr cl Lorient à Sainl-Anned'Auray où Elles anivcnl le 1") août.
La messe dite au légendaire sanctuaire de la Bretagne, c'est une longue suite de discours, de cantiques, de prières où le nom du Prince Impérial revient sans cesse :
Ah ! protège rcnfaiice Uu (ils de l'Empereur ; Qu'il règne sur la France Et qu'il soit son sauveur !
Au clia[»elet <|u'ils demandent à rinipératrice de porter à son fils, les élèves du petit séminaire joignent ce compliment :
De votre Epoux le nom résonne, Par des milliers de voix Porté jusqu'aux cieux.
La loule qui vous environne Répète avec amour votre nom gracieux.
Mais nous, petits cnlanls du petit séminaire, Nous pensons à son Fils en regardant la Mère El jus(iu"ù son berceau volent nos cœurs joyeux.
La royaliste Bretagne élève des arcs de triomphe sur le |)assage de Napoléon III ; dans l'ancienne terre du droit divin ilambloie l'inscription : Vox popiili, vo.t Dei. L'évéquc du Mans, M^' Nanijuclte, dit à l'Empereur : « Ici, comme partout, la présence de Votre Majesté rappellera ce que nos livres saints disent du Sauveur, que tous ses pas étaient marqués par des bienlails : pcrlransiit bcnefacicndu. »
M. de la liorderie, maire de Vitré, remercie l'im-
pératrice •<. encore et surtout d'avoir assuré la sécurité de l'avenir en donnant un héritier à l'Empereur, un Enfant à la France ».
En l'absence des Souverains, c'est le petit Prince que les officiers du 3'^ Voltigeurs sont venus, le 15 août, félicitera Saint-Cloud, suivis par les enfants de troupe du l*"" Grenadiers qui présentent un bouquet. Le soir, après la revue passée par le maréchal Mag-nan, au banquet de l'Ecole militaire, le général Regnaud de Saint-Jean-d'Angély porte un toast « au Prince Impérial, l'espoir de la France, le futur Empereur de nos enfants ».
Escorté d'un détachement de Cuirassiers, accompagné du général Rolin, de M"'" de Brancion et du D"" Barthez,le Fils de France voyage pour la première fois, le 4 septembre 18o8, sans ses parents qui l'ont précédé à Biarritz. La population de Bayonne l'acclame et lui fera fête encore lorsqu'à la fin du mois, il reprend la route de Saint-Gloud.
Ce ne sont plus seulement les fanfares qui l'amusent; l'amour du cheval s'éveille en lui. Sa joie est folle quand on l'assied dans la voiture liliputienne conduite par un minuscule cocher, que le comte Bacciochi a fait venir pour lui de Hong-Kong, et il a été tout radieux quand son père lui a rapporté de Plombières une cravache dont le pommeau représente un œuf entr'ouvcrt d'où s'élance un jeune aigle.
Le 'M) janvier 1859, le mariage du Prince ^S'apoléon avec la Princesse Marie-Clolilde a été célébré à Turin.
Fille (lu Iloi Victor-Emmanuel II et de rArohiduchesse Marie-Adélaïde, la Princesse Clolilde avait cette grâce un peu hautaine des filles de la Maison de Savoie, héritage d'une longue lignée de Souverains. Mais le charme de ses dix-sept ans, plus encore la profonde bonté qui se trahissait en ses moindres paroles, eurent vite conquis les plus rebelles.
Dès son entrée au Palais-Royal, elle avait fait deux parts de sa vie : l'une pour les devoirs de son rang, l'autre pour les besoins de son cœur.
Les malheureux, les affligés savaient qu'il était en France deux femmes pitoyables à leurs misères, qu'ils n'invoqueraient jamais en vain : l'Impératrice et la Princesse Clotilde.
Epouse sublime et mère incomparable, la Princesse sut — exemple bien rare en notre histoire — arriver à la popularité par la vertu.
Et Paris, à Tàme si oublieuse, se souvint de tant de bienfaits quand, le 5 septembre 1870, dans une voiture à la livrée impériale, elle traversa les rues où grondait la révolte, saluée et respectée de tous.
Quelques jours après l'entrée solennelle à Paris di Prince et de la Princesse, le marquis de Villaniarina, envoyé extraordinaire de Victor-Emmanuel, remet à j l'Emporeur le collier de l'Annonciade, conféré au l*rince Impérial, dont le troisième anniversaire a été'
signalé par « une sortie galette » accordée à Saint- Cyr, une profusion de grâces, une levée des punitions dans toutes les casernes.
De vagues bruits de guerre circulent déjà ; aussi l'enthousiasme des troupes semble plus grand encore à la revue de la garde impériale passée, le 20 mars, devant FEcole Militaire, L'Impératrice arrive en calèche, avec son fils qui porte l'uniforme du 1" Grenadiers : habit bleu à plastron blanc, épaulettes rouges, bonnet à poil et les galons de caporal.
La revue finie, une foule énorme contenue à peine par le cordon des troupes, se précipite sur le passage de Napoléon IIL II ordonne d'ouvrir la haie : une immense vague humaine l'entoure, barre la route à son cheval, le sépare de son état-major, en même temps qu'éclate un assourdissant « Vive l'Empereur ».
Le 21 avril, plusieurs divisions reçoivent l'ordre de se concentrer sur les frontières du Piémont, Trois jours plus tard, l'Autriche envahit le territoire sarde : c'est la guerre.
Les troupes commencent à quitter Paris. Un bataillon de chaque régiment désigné pour le départ va, musique en tête, chercher le drapeau aux Tuileries. D'une fenêtre du château, le petit Prince veut assister à tous CCS défilés, riant aux soldats, battant des mains.
En inrine temps que le décret conférant la régence à rimpératrice, paraît, le 3 mai, la proclamation au Peuple français.
« Je vais bientôt me mettre à la tête de l'armée ; je laisse en France l'Impératrice et mon fils. Secondée i)ar l'expérience et les lumières du dernier frère de l'Empereur, elle saura se montrer à la hauteur de sa mission. »
« Je les confie à la valeur de l'armée qui reste en France pour veiller sur nos frontières, comme pour protéger le foyer domesti(]ue ; je les confie au patriotisme de la garde nationale ; je les confie enfin, au peuple tout entier qui les entoure de cet amour et de ce dévouement dont je rerois chaque jour tant de preuves. »
La presse étrangère est irapiiée de cette foi absolue (le l'Empereur en la fidélité française. La même confiance vient aux [>lus sceptiques, après avoir assisté, le 10 mai, au départ du Souverain pour l'armée d'Italie.
La veille et le malin, on se pressait sur le parvis Notre-Dame, car le bruit s'était répandu qu'une cérémonie serait célébrée à la cathédrale. Mais à la nouvelle que l'Empereur partira des Tuileries |)0ur la gare, la foule déserte la Cité, se i)récipite aux abords du chi\leau déjà envahis.
A G heures, les tambours battent aux champs, la musique alta(iue l'air de la Reine Hortcnse, les
troupes présentent les armes. Les Gent-Gardes apparaissent, puis les Cuirassiers précédant la calèche, attelée à la Daumont, où l'Impératrice est auprès de Napoléon III qu^elle accompagnera jusqu'à Montereau . Des toits et des fenêtres pavoisées, des trottoirs et de la chaussée partent les mêmes clameurs enthousiastes, répétées, grandissantes jusqu'à la gare de Lyon.
La peine du petit Prince, privé des caresses et des gâteries de son père, se traduit par des pleurs, par de grosses larmes lentes à sécher.
« J'ai été bien ému de son chagrin — écrit l'Empereur à l'Impératrice, dès son arrivée à Gênes. — Hue je serais heureux de le revoir ! Dis-moi bien ce qu'il fait. Je désire qu'il ne pense pas à moi; car à son âge, il ne faut pas trop développer sa sensibilité! »
Avant de se séparer, les membres du Sénat, du Gorps législatif et du Conseil d'Etat sont reçus, le 26 mai, par la Régente et le Prince Impérial. A chacune des assemblées a été réservé un salon séparé : c'est dans celui des sénateurs que l'Impératrice et son fils, accompagnés du Prince Jérôme Napoléon, paraissent d'abord.
« Le Sénat remercie Votre Majesté, lui dit M. Troplong, de cette audience affectueuse qui lui i)crnicl de voir cet enfant bien-aimé, l'espoir de la patrie... »
Aux paroles du comte de Morny, l'Impéraliice répond :
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« ...Je me repose, Messieurs, sur votre loyal concours el j^ur l'appui de la nation entière qui, en l'absence du chef qu'elle s'est donné, ne fera jamais défaut à une femme et à un enfant. »
C'est ensuite M. Haroche qui parle au nom du Conseil d'Etat :
'( Profondément dévoués à l'Emjiereur, à Votre Majesté et à la dynastie impériale, nous saluons avec respect et avec amour le jeune héritier du trône des Napoléons et nous demandons à Dieu de lui accorder comme la plus belle partie de cet héritage, les talents et les vertus de son père et de sa mère. »
Dans l'après-midi du o juin, ayant le petit Prince auprès d'elle, l'Impératrice avait reçu à Saint-Cloud, les maires et conseillers municipaux de la ville et de Boulogne, les officiers en garnison à la résidence d'été, quand arrive la dépêche apprenant la journée de Magenta.
A huit heures du soir, le canon des Invalides l'annonce au.\ Parisiens et, au milieu d'une illumination improvisée, la Régente en voiture découverte, ayant à ses côtés la l*rincesse Clotilde, parcourt les boulevards et la rue de Rivoli.
Déjà on connaît les détails de la victoire; on dit qu'au milieu de l'action une balle a détaché une des épaulettes de Napoléon III, impassible devant le feu.
Le mois n'est pas achevé qu'un nouveau et plus éclatant bulletin est porté à Saint-ClouJ. Un télégramme
de l'Empereur, daté de Cavriana au soir du 24 juin, annonce une grande bataille, une grande victoire.
Peu à peu les renseignements arrivent sur la journée de Solférino : on sait la vaillance des troupes, dignes des ancêtres qui triomphaient dans les mêmes plaines, à Gastiglione. La souscription pour les blessés prend un nouvel élan : Tlmpératrice envoie cinquante mille francs pour elle et son fils.
Un Te Deum solennel doit être chanté le 3 juillet à Notre-Dame.
A la veille de la cérémonie, la Régente qui avait assisté seule aux actions de grâce célébrées après Magenta, songe à se faire, cette fois-ci, accompagner du Prince Impérial.
Quand l'enfant apprend qu'il suivra sa mère à la cathédrale, qu'avec elle il traversera Paris en fête, sa joie déborde: ce lendemain lui paraît trop lointain, presque inaccessible et on ne peut répondre assez vite à ses impatientes questions.
C'est la première fois, depuis le baptême, qu'il est officiellement confondu avec la nation. Si charmant en son costume de piqué blanc, il sourit à la foule, reportant ensuite ses regards sur sa mère.
La décoration de Notre-Dame est superbe : sur les piliers, drapés de velours rouge à crépines d'or, sont fixés des écussons aux armes de France et de Sardaigne ; à la voûte pendent des bannières.
Tenant son iils par la main, la Régente est reçue
LE PRINCE IMPERIxVL
au poilail |»ar le cardinal Morlot, puis conduite au Irônc, sous un dais porlo par les chanoines.
Au retour de la cathédrale, il semble que l'enthousiasme grandisse encore : c'est une pluie de (leurs qui s'abat autour du carrosse et menace de l'ensevelir. Les roses pompons tombent comme grêle sur la haie des troupes, sur l'escorte, sur le maréchal Mai:nan qui se tient à la portière de droite. En rentrant aux Tuileries, ITinpératricc et le petit Prince distribuent les bouquets amoncelés dans leur voilure.
Les grands corps de IHlal vont féliciter l'Empereur àSaint-Cloud, le 19 juillet.
(( liéni soit Dieu, dit M. Baroche, qui vous ramène sain et sauf, couvert d'une nouvelle gloire dans cette France dont vous êtes le sauveur et l'espoir, entre cette épouse auguste dont nous avons, pendant votre absence, éprouvé le ferme courage et la haute raison et ce noble enfant qui apprend déjà à remercier le Ciel des triomphes de son père. »
Au nom de l'Empereur, les incessantes adresses arrivant au Palais joignent celui du Prince Impérial, « le {U'écieux rejeton d'une dynastie vraiment populaire », 0 appelé à continuer l'ininiortellc dynastit napoléonienne ».
Le conseil municipal de Paris « constate avec joi( (pie cette grande cité a fait éclater jusque dans ses demeures les phis humbles, pendant ces journées