‹ Le Prince impérial, 1856-1879Chapitre 36 sur 42 · ARENENBERG · texte numérisé non relu

ARENENBERG

D'autres, que la naissance ou les alliances auraient pu jeter vers un camp opposé, lui gardaient une foi ardente, entraînés par cet élan qui groupait les vrais Français à l'ombre de son nom.

M. Pinard, dans son Journal, cite l'exemple du comte de Rességuier, issu d'une famille légitimiste, mais devenu bonapartiste comme les d'Aulan, les Guitaut et tant d'autres, qui lui disait, à la veille de son départ pour Arenenberg :

« J'étais souvent de l'escorte qui accompagnait au galop la voiture du petit Prince, de Paris à Saint- Cloud. 11 ignore certainement mon nom; dites-lui toujours que l'impitoyable goutte m'a mis à la remise, mais que valide et plus jeune, j'aurais bien voulu me faire tuer pour lui. »

Sur le désir exprimé par le Prince Impérial, le cardinal de Bonnecbose avait fait, sans bésiler, le pèlerinage d'Arenenberg, bravant les colères républicaines, s'exposant aux représailles.

Dans ses notes au jour le jour, publiées après sa mort par W Besson, il trace ce portrait du fils de Napoléon III : « Sa pbysionomie est douce, mêlée d'une certaine mélancolie que ses yeux, d'un bleu tendre, font encore ressortir davantage. Son front, bien éclairé, révèle une belle intelligence. Il a déjà rélléchi, il médite encore, mais il ne veut pas dire à tous ce qu'il j)ense... Ceux qui le voient de près disent qu'il a un cœur d'or, qu'il donnerait volontiers tout

ce qu'il u. Il est troj) hardi, ajoute un de ses serviteurs, il se fera tuer... »

Cette année-là, la témérité du Prince Impérial avait plus que jamais effrayé son entourage. En revenant de l'excursion faite avec lui à la Via Mala, le prince Joachim Murât et M. Pierre de lîourgoing déclaraient ne plus vouloir, à l'avenir, assumer pareille responsabilité. Malgré leurs prières, Son Altesse avait pris plaisir à traverser, en courant sur le parapet, les ponts jetés au-dessus du gouffre.

De ses long entreliens avec le Cardinal, le Prince avait conservé un souvenir profond, à en juger par cette lettre qu'il lui adressait, aussitôt rentré à Camden Place :

« Chislehurst, le 21 octobre 1878.

« Je viens de recevoir la lettre que Votre Eminencc a bien voulu m'écrire, et c'est au nom de Tlmpératrice en môme temps qu'au mien que j'y réponds.

« Tous deux, nous avons été également heureux de vous recevoir et c'est pour nous un réel plaisir d'apprendre que vous ne regrettez pas les quelques jours passés sous notre toit. Nous les avons trouvés trop courts, moi surtout qui avais tant de choses à vous dire. Toutefois, cela a été pour moi une vive satisfaction de pouvoir m'exprimer à cœur ouvert sur toutes les questions que Votre Eminence m'a faites.

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