LE DÉPAUT POUH LE ZULL'LAND. — LA MORT LES FUNÉRAILLES
Aux plus découragés, à ceux qui avaient le plus obstinément douté d'un retour possible de l'Empire, la confiance revenait. Ce qu'on avait traité de song^es bleus, de chimères, pouvait d'un jour à l'autre se transformer en réalité.
Le peuple était si las de ces perpétuelles incertitudes parmi lesquelles il vivait depuis huit ans, si inquiet de cette constante diminution de la fortune et du bien-être, si indigné surtout de la façon dont on le jouait.
Dans le cours de 1878, les attentats contre les Rois d'Italie et d'Espagne, les menaces adressées à la Heine Victoria et à l'Empereur François-Joseph, avaient montré l'influence grandissante des théories anarchistes et le nom de ISa[)oléon, invoqué comme un sauveur, revenait sur bien des lèvres qui semblaient l'avoir oublié.
Tandis que s'accentuaient chaque jour davantage les signes évidents d'une renaissance impérialiste, cette unique pensée, tyrannique, obsédante, s'emparait du Fils de l'Empereur : détruire à jamais par une action d'éclat les calomnies que répandaient ses adversaires; montrer aussi à ceux qui s'obstinaient à l'appeler a le petitPrince »,qui souriaient encore à l'histoire de la balle de Sarrebrûck, qu'il était le digne héritier des Napoléons, brave et intrépide comme eux.
Tel était l'état d'esprit du Prince Impérial, quand au matin du 11 février 1879, arriva à Londres la nouvelle du désastre d'Isanhlwana, dans le Zululand.
Le 21 janvier, une colonne anglaise composée du 24e régiment et de six cents naturels a été surprise par vingt mille Zulus. Trente officiers et cinq cents hommes ont péri, le drapeau est aux mains de l'ennemi, ainsi que deux canons, mille fusils, cent deux chariots de munitions, une quantité de vivres. Lord Chelmsford, commandant des forces anglaises, est obligé de battre en retraite; Natal semble menacé et on demande à la métropole l'envoi immédiat de renforts. C'est un des plus terribles désastres subis en Afrique.
Un conseil de cabinet se réunit aussitôt et décide le départ de six bataillons d'infanterie, deux régiments de cavalerie, deux batteries d'artillerie, une compagnie de génie, trois compagnies de l'intendance
200 IJ-: l'ItlXCK IMPi:iU.\L
et un corps d'infirmiers militaires. Ordre est expédié à Woohvich de iiùter les préparatifs.
A la double nouvelle de ce désastre et du départ de l'artillerie, la résolution du Prince Impérial fut prise, mais à personne il ne voulait en parler à l'avance, devinant quels obstacles le gouvernement anglais opposerait à ses désirs. Il craignait surtout que sa mère pût soupçonner ses intentions.
A chacun des anciens camarades de son fils qui prenait du service. Sa Majesté avait coutume d'offrir un souvenir. Un jour, le Prince lui dit : «Maman, Woodhouse doit s'engager : je vais à Londres aujourd'hui : voulez-vous que je choisisse quelque chose pour lui? » et il quitte Chislehurst.
Ce n'est pas dans les magasins de Piccadilly qu'il allait, mais au ministère de la guerre, tenter une suprême démarche pour obtenir la permission tant désirée.
Au général Simmons que le Prince Impérial avait, dès le premier jour, prié d'exposer sa demande, le Duc de Cambridge répondait : « Impossible ! » et en apprenant cette décision. Son Altesse était incapable de retenir des larmes, disant : « Je ne pourrai donc jamais rien faire ! »
Mais quand le Prince alla lui-môme présenter sa requête, il fut si éloquent, il dit avec tant d'ardeur
son rêve de se distinguer que le gouvernement se laissa persuader.
Le soir, il rentrait à Camden-Place si gai, si agité, si exubérant, ne pouvant tenir en place, s'asseyant au piano pour le quitter aussitôt, que Tlmpératrice, surprise, lui dit :
— « Que se passe-t-il? Tu as quelque chose? » D'abord il cherche à détourner ses soupçons, mais
comme elle insiste, saisie d'un pressentiment soudain :
— « Oui ! mais je ne vous le dirai que plus tard. »
— a Quand donc? »
— « Demain seulement. Si je vous le disais ce soir, cela vous empêcherait peut-être de dormir cette nuit. »
L'Impératrice feint de songer à autre chose, mais quand est venue l'heure où elle a coutume de se retirer, elle dit à son fils de la suivre dans son appartement.
— <( Nous sommes seuls à présent. Tu vas me dire tout, car tu as trop parlé pour en rester là... Dormir? Est-ce que je le pourrais après le mot qui t'a échappé?... Je m'imaginerais que tu as fait quehjue folie, (|ue tu as demandé à partir ! » ■
— « Eh bien, oui I »
C'est un coup affreux pour la mère. Elle cherche encore à lutter.
— « Tu no t'appartiens pas. Ton parti, de (jui lu
292 LE l'niXCE IMPÉRIAL
as rcrii tanl de gages de dévouement, a le droit de compter sur toi et, s'il t'arrivait malheur, on ne te le pardonnerait jamais. »
— « Mon parti ?... Que me reproche-t-il ? De ne rien faire... Que me répète-t-il sans cesse ? Montrezvous!... Que faire? Oii me montrer?... Sur le continent, si je veux prendre part à une guerre, j'indispose la puissance ennemie, que j'ai intérêt à ménager. Mais lutter là-bas contre des nègres, qui trouvera à y redire ? Je ne me brouille qu'avec le roi des Zulus... Croyez- vous, chère maman, que je n'aimerais pas jouir, comme mes camarades, des plaisirs de mon âge? Mais je sais ce que je dois au nom que je porte et je ne m'étiolerai pas dans l'inaction comme le duc de Reichstadt. »
Le lendemain matin, l'Impératrice songe un moment à aller trouver la Heine, à la supplier de s'opposer au départ de son fils. Mais il était trop tard; le bruit de la résolution du Prince se répandait déjà dans Londres. Et puis, il n'eût pas pardonné à sa mère de réduire ainsi à néant des projets longuement mûris.
Le 2G février, alors que les journaux anglais annon(;aient pour le lendemain son départ comme attaché à l'étal-major de larlillerie, le Prince se rendait à Windsor accompagné de M. Pielri, pour prendre congé de la Heine.
Il avait, la veille, en une lettre rendue publique, annoncé sa résolution à M. Rouher; mais, huit jours plus tôt déjà, il la disait à ses amis.
C'est le camarade de la première enfance qu'il avertit tout d'abord.
« Camden-riace, Chislehurst, le 18 février 1879.
« Mon cher Conneau,
« Depuis longtemps vous ne m'avez point écrit.
a Est-ce ainsi que l'on oublie un camarade qui vous aime comme s'il était votre frère? Je vous adresse ces quelques lignes pour vous annoncer une grande résolution que j'ai prise et que de puissants mobiles m'ont dictée. Je pars dans neuf jours pour le cap de Bonne-Espérance où la guerre a pris une grande extension et j'y resterai quelques mois. Vous verrai-je
avant mon départ?
« J'en serais bien heureux; en tout cas, envoyezmoi votre photographie.
« Je vous embrasse de tout mon cœur.
« Votre ami,
« Napoléon. »
La lettre suivante, adressée au baron de Bourgoing, montre que la résolution du Prince n'était pas née d'un coup de tète, qu'il n'avait pas agi sous une impression soudaine, mais que la décision avait été longuement réiléchie.
■20't LE PIIIXCE I.MI'EltlAL
« Camden-riacc. 24 février 1879.
« Mon cher monsieur de Bourg^oing,
« Jeudi prochain je m'emharque sur le steamer le Danube jiour aller au cap de Bonne-Espérance suivre les opérations militaires de l'armée anglaise. J'avais ce projet quand vous étiez ici, mais les démarches que je faisais alors pour le réaliser n'ayant pas encore abouti, je ne vous en ai rien dit.
« Je tiens à vous l'annoncer moi-même aujourd'hui, espérant que vous approuverez ma détermination qui me met à môme, une fois, d'employer utilement mon temps et d'une manière qui plaît à mon caractère.
« Je vous fais mes adieux ainsi qu'à madame de Bourgoing et à Pierre, en vous exprimant mes sentiments affectueux.
u Xapollon. »
Deux lettres encore, écrites le lendemain, à ses amis :
<. 25 février 1879.
« Mon cher Corvisart,
« Avant de partir, je tiens à vous dire adieu. Soyez sûr que ma pensée sera souvent avec vous lorsque je serai, moi, à l'autre bout du monde.
« Je fais des vœux pour que tout vous réussisse
dans votre carrière et pour que vous continuiez à être
bon soldat.
a Au revoir.
« Napoléon. »
" 25 février 1879.
« Mon cher Conneau,
« Espinasse, que j'ai eu le grand plaisir de voir avant mon départ, vous en dira tout au long- les motifs.
« Ne croyez pas que j'agisse à la légère ni que j'abandonne mes devoirs envers le pays.
(( J'ai cru utile de montrer une fois pour loutes que j'étais de ceux qui savent se décider et mépriser les blâmes. Ce n'est qu'à ce prix qu'on persuade au public qu'on est fait de la pâte des hommes nés pour le commandement.
« Je vous embrasse de tout mon cœur et je regrette que vous ne partagiez pas mon bonheur d'aller au l'eu.
« Votre ami,
« NAPOLÉOrs'. »
A la nouvelle du départ, des serviteurs dévoués du Prince avaient voulu le détourner de ces projets, les lui représenter comme un abandon de tous ses devoirs envers le parti; mais ils savaient à l'avance combien vaine serait leur tentative. Des amis de Son Altesse, parmi lesquels le baron de Bourg-oing-, M. Albert Duruy et le comte Multedo, sollicitaient l'honneur de l'accompagner en Afi'iquc pour combattre à ses côtés, plus encore- pour le défendre. Leur demande fut repoussée.
L'Impératrice supplie son fils, puisque la résolution
29G LE MllNCE IMl'LItlAL
est irrévocable, de la laisser du moins l'accompagner jusqu'à Sainte-Hélène, ou seulement jusqu'à Madère. Il la conjure de ne pas insister, tant il craint de prêter à quelque raillerie de ses ennemis, de paraître un écolier conduit par sa mère.
Dans la nuit du 2G au 27 février, il reste debout jusqu'à 4 heures. Au matin, il remet à M. Francescliini Pietri le testament qu'il vient décrire, l'en fait le dépositaire. L'enveloppe, scellée du cachet impérial, est enfermée dans un coffret de fer, pieusement gardé aujourd'hui parmi les reliques de Farnborough.
Le 27 février, après avoir entendu la messe et communié dans l'église Sainte-Marie, auprès du tombeau de son père, le prince quitte Chislehurst avec l'Impératrice.
A la gare de Londres, amis et partisans, venus en nombre de Paris, sont rassemblés. Ils entourent Son Altesse qui serre toutes les mains, remercie des vœux et dit encore quelle joie cette pensée de la bataille est pour elle.
Près du wagon-salon attendent le Général Sir Linloin Simmons et le capitaine Watsgn qui accompagnent Sa Majesté jusqu'à Southampton. A 9 heures, ()uand le sifllet de la locomotive retentit, trois longs burrahs s'élèvent et le Prince, penché à la }»ortière, remercie de la main et sourit.
La gare de Southampton est envahie longtemps
avant l'arrivée du train. Les acclamations commencent quand l'Impératrice et le Prince descendent devant le South-Western hôtel où un lunch les attend et d'où leur wagon les mènera ensuite jusqu'aux docks. Dès qu'ils ont disparu, la foule se précipite vers les quais où est amarré le Danube.
Voici le train impérial. Toutes les conversations cessent. L'envahissement des curieux est tel qu'on a peine à étendre un tapis entre le wagon et la passerelle du navire, et que les représentants de la Union Sleamship C-, réunis pour saluer Sa Majesté, parviennent difficilement jusqu'à elle.
Quand l'Impératrice arrive sur le pont du navire, les cris sont assourdissants, enthousiastes. Pendant que deux jeunes filles offrent à sa mère des bouquets d'azalées et de camélias, le Prince se tourne vers la foule et lui crie : Merci ! merci de votre cordial accueil ! »
C'est dans les salons du Danube que l'Impératrice embrasse son enfant pour la dernière fois. Les adieux sont rapides. — Sa Majesté reparaît sur le pont : avant de traverser la passerelle, elle jette encore au Prince un long regard de tendresse j»uis rentre à l'hôtel, d'où elle veut suivre le navire des yeux jusqu'à ce qu'il s'ensevelisse dans l'horizon.
Le drapeau tricolore est hissé au grand nuU. Le Danube s'éloigne, salué des acclamations de la mul-
•2'J.S LE l'RINXI'] IMI'i:illAL
tilude massée sur les quais, acclamé par les équipag-es du port — et, à rextrémité de la jetée, le curé de Soulhamplon bénit le bâtiment qui emmène là-bas l'hérilier de tant de gloire, la vivante incarnation de tant d "espérances.
Les journauxanglais, sans exception, rendaient bommageàla résolution valeureuse du Prince Impérial.
« Rien ne saurait prouver plus de courage, écrit le Mo7'ninf/-Post, que cette détermination du jeune exilé français de partir pour le théâtre d'une guerre qui offre non seulement des problèmes militaires de la nature la plus épineuse, mais encore des dangers positifs qui ne sont ignorés de personne... »
(( La décision du Prince Impérial est digne de son courage et digne de sa race, » dit le Dailt/ Telegraph.
Sans distinction de parti, la plupart des journaux français tiennent à bonneur de commenter en termes sympathiques et respecteux le départ du Prince. Quelques-uns, en revanche , ne désarment pas et leurs attaques deviennent plus violentes : le Rappel, est parmi les plus acharnés contre « le fils à Monsieur son père » qui « part pour combattre de loin les Zoulous' ».
C'est ici, peut-être, le moment de parler d'une légende qui eut cours trop longtemps, que journaux et ouvrages divers s'évertuèrent à affirmer, apitoyant
' Ernesl Ulum. Le Rappel, 1", 4 mars 1879.
leurs lecteurs sur le sort « du fils du Prince Impérial ». On nous a montré la mère, apprenant soudain le nom véritable de son amant en voyant, dans un journal illustré, le portrait de Son Altesse; on nous a dit le dénûment de l'enfant; on a mis en lumière l'indifférence de la famille impériale demeurant sourde à toutes les prières, rebelle aux demandes de secours.
Plus d'un an après la mort du Prince, l'Impératrice reçut une lettre suppliante qui lui dévoilait l'existence d'un enfant de son fils, lui exposait l'état misérable de la mère.
Tout émue à cette lecture, Sa Majesté ordonne une minutieuse enquête. — La femme, longuement interrogée, conte une étourdissante histoire, un roman fantastique ; elle dépeint l'appartement de la rue de Rivoli où elle a vécu avec le prince (dont elle ignorait alors le nom véritable), lors d'un long séjour à Paris fait ensemble. Convaincue de mensonge, elle implore le pardon qui lui est généreusement accordé.
Mais le roman continua son chemin. Des écrivains lui donnèrent l'appui de leur talent, des journaux l'accueillirent avidement. Les noms de la mère — Charlotte Kelly, née Watkins — et de l'enfant — Walter Kelly — furent imprimés, leurs portraits publiés.
Pour réduire à néant toute cette légende, il n'est meilleure preuve que le certificat de baptême, extrait du registre de l'église Corpus Chrisli, à Londres. Celui qu'on s'est plu à nommer <« l'enfant du Prince
300 LE PHINCI' I.MI'KRIAL
Impérial », issu du légitime mariage de Bernard Kelly et de Charlotte Watkins, est né le 21 juillet 1880, dix-sppt mois après le départ de Son Altesse pour le Zuliikind, Ircizc mois après la mort du fils de Napoléon III.
CERTIFICATS OF RAPTISM
Die 21 Julil 1880 nnliis cl die 8 .)/(/!/ 1881
baptizatus fuit Cavolus Philippiis Walter Kelly filius Walter Bernardi Kelly et Charlotte Kelly (olim W'atkins) conjugum a me Francisco Slanficl l Misso. Apco.
Patrinus (mlJornines Millwjc Matrina fuit Kate Kelly 1, tlie undersigned, in charge of llie Hegisler, hereby certify that the above is a true and correct extract from Ihe Register of Baptisms, kept at the church of Co>'pî<s Chriati. Maiden Lane \VC London.
As witness my hand lliis 18 day o[ February 1895.
\V. M"^ EKFEItTY SaCRISTAN.
De Southampton à Cape-Town, les passagers du Danube ont subi la séduction de leur compagnon de route. Charmés par son aiïabilité et sa douceur, attirés par sa bonté, émerveillés de son énergie, de son habileté à tous les sports, grands et petits, officiers et matelots, ont voué un culte au Prince Impérial.
Les premières nouvelles reçues par l'Impératrice étaient datées de Madère où le navire avait fait une courte halte, poursuivant de là sa route vers Cape- Town oij une réception chaleureuse l'attendait.
Dès que le steamer est entré dans les docks, le
26 mars, adresses de bienvenue, invitations des diverses corporations sont présentées au Prince, en même temps qu'on l'assure de la profonde reconnaissance de la colonie qui conservera à jamais la mémoire de son dévouement.
— « N'est-il pas naturel, répond Son Altesse, que, soldat, je désire vivre l'existence d'un soldat? »
En quittant le navire, il monte dans la voiture du Gouverneur et traverse la ville dont les rues sont pavoisées, oii d'incessantes clameurs retentissent sur son passage.
Le Prince avait emmené deuxchevauxd'Angleterre. Durant le voyage, l'un se brisa la jambe envoûtant sauter hors de son box; le second arriva en Afrique si éprouvé par la traversée, qu'il fallut tout aussitôt lui chercher un remplaçant: c'est à Cape-Town que Son Altesse achète Fate, le cheval gris qu'il montera au jour de sa mort.
Souffrant de la lièvre, à son débarquement, le Prince ne veut pourtant rien changer à l'itinéraire fixé. Il quitte Cape-Town dans la matinée du 27 mars et arrive le l'^'' avril à Natal où le môme accueil enlhousiast© l'attend. Pour lui, les navires dans le port ont arboré le pavillon tricolore, pour lui, la ville est en fête; le capitaine Baynton, dont le Prince a accepté d'être l'hôte durant le séjour à Natal, est sur le remorqueur qui vient à la rencontre du Danube et présente, le premier, les vœux de la cité.
302 LE PRINCE IMl'LRIAL
« Bien que l'étoile des Bonaparte soit momentanément voilée, écrit le Natal Mcrcuri/, le Prince n'a nullement oublié ses aspirations ni perdu confiance dans la miraculeuse destinée de sa race. La volonté de la France est sa loi et quand la France le voudra, il sera prêt à obéir à son appel. Jusque-là, il agira de façon virile, {tarlout où le devoir le conduira, partout où son inclination le poussera. »
Une première fois, au commencement de mai, le bruit de la maladie puis de la mort du Prince Impérial se répandait dans Paris.
Le Paf/s et Y Ordre se hâtaient de démentir la nouvelle : en elTet, ù ce moment-là, délivrée des accès de fièvre, Son Altesse avait rejoint à Durban l'étatmajor de lord Ghelmsford et pénétrait avec lui plus avant dans le pays.
Faire œuvre de soldat, prouver à la France qu'un Napoléon ne savait pas mentir à son nom, le Prince Lîipérial n'avait pas d'autre pensée : il appelait, de toute l'ardeur de ses vœux, la bataille où il trouverait enfin l'occasion de se distinguer.
Obsédé par son rêve, il écrivait le 20 avril, à Maritzburg, cette lettre qui suffirait à détruire les légendes accumulées autour de son départ :
« Mon cher Conneau,
« Depuis mon départ, je ne vous ai pas encore écrit; ne croyez pas que ce soit parce que je vous ai