CODICILLE
Je n'ai pas besoin de recommander à ma mère de ne rien négliger pour défendre la mémoire de mon grand-oncle et de mon père. Je la prie de se souvenir que, tant qu'il y aura des Bonaparte, la cause impériale aura des représentants. Les devoirs de notre Maison envers le pays ne s'éteignent pas avec ma vie ; moi mort, la tâche de continuer l'ouvrage de Napoléon P'' et de Napoléon III, incombe au fils aîné du Prince Napoléon, et j'espère que ma mère bienaimée , en le secondant de tout son pouvoir, nous donnera, à nous autres qui ne serons plus, cette dernière et suprême preuve d'affection.
Napoléon.
Chislohurst, le 20 février 1879.
Je nomme MM. Rouher et F. Pietri mes exécuteurs testamentaires. (Je dis, par F. Pietri, Franceschini
Pietri.)
Dans la séance du 30 juin, lord Stratheden a demandé au Parlement si l'Angleterre ne ferait pas au Prince Impérial des funéraillles nationales et si elle ne tiendrait pas à honneur de donner au mort un témoignage éclatant de sa reconnaissance?
Lord Beaconsfield répond que le gouvernement ne peut pas décréter les funérailles nationales, mais que le corps sera re(,'u àWoohvicii avec les iionneurs et le respect que lui ont mérité celte fin si courageuse.
a Je suis certain, ajoute-t-il, que cela vous intéressera (le savoir que l'artillerie royale, à laquelle appartenait le regretté Prince, a tenu à affirmer à la fois sa sympalliie pour ceux que frappe cette grande infortune et son désir d'assister aux funérailles de celui qu'elle regarde comme un frère d'armes. »
En apprenant que l'Angleterre veut faire au Prince Impérial les funérailles d'un soldat, les ministres de la République sont en émoi et par l'entremise du vice-amiral Pothuau , ambassadeur de France en Angleterre, ils expriment leurs craintes et leurs désirs. Déjà on a refusé au maréchal Canrobert et au maréchal Lebœuf l'autorisation de se rendre à Chislehurst ; on voudrait à présent qu'il n'y eût point de salves, le moins de cérémonies officielles possible.
Le 9 juillet, YOrojites est passé en vue du phare d'Eddy-Stone; on calcule qu'il arrivera le lendemain, au petit jour, dans la rade de Spithead. Le yacht de l'amirauté, Enchantress, doit transporter le cercueil jusqu'à Woohvich et le prince Murât, désigné par l'Impératrice pour recevoir le corps, est déjà à son bord avec le général Ilardings, écuyer delà reine, et l'amiral Fanshawe.
Le lendemain matin, VOrontes est en vue elle yacht se dirige vers lui.
Huit heures. La première salve est tirée sur le vaisseau amiral Z)//^<? of Wellington. C'est le moment où le cercueil, descendu dans une chaloupe, est trans-
bordé sur Y Enchantress . Autant le Prince comptait d'années, autant de fois le canon tonnera : les vingttrois coups résonnent sur cette rade silencieuse où tous les pavillons sont en berne.
Dans la chapelle improvisée où Ton place le cercueil, viennent se ranger le prince Murât, le marquis de Bassano, le baron de Bourgoing, le vicomte Aguado et le comte de Turenne, puis le colonel Pemberton, le R, P. Rooney et Uhlmann qui ont accompagné le corps depuis Durban.
Une petite construction octogone, la « guardhouse », s'élève sur la jetée de l'arsenal de Woolwich. On l'a transformée en chapelle ardente : l'entrée est drapée de noir avec un écusson au chiffre impérial; à l'intérieur, un autel. C'est là que le cercueil sera ouvert et le corps reconnu.
Longtemps l'Impératrice s'est refusée à autoriser cette formalité; il lui semble que ce sera profaner le sommeil de son fils. Le baron Haussmann réussit enfin à la convaincre :
— c( Madame, lui a-t-il dit, je respecte et je comprends les sentiments de Votre Majesté; mais il existe une autre mère , vis-à-vis de laquelle nous avons des devoirs à remplir : c'est la France. »
\S Enchantress aborde, à 2 heures, devant l'arsenal. Un court service est célébré à bord, et le cercueil apparaît, porté par les oc blue jackcts », précédé du clergé. L'abbé Fréchein qui, malgré ses quatre-vingt-