Il manque le mot : Paraphe
« En 1855, eut lieu la visite de Napoléon III et de l'Impératrice en Angleterre. L'accueil fut très cordial, et Napoléon III se sentit encouragé à confier à la Reine le souci que lui causait l'absence d'enfant. Il en appela à l'expérience de la reine Victoria, expérience gagnée dans huit accouchements, et lui demanda d'insister auprès de l'Impératrice pour que celle-ci consultât sir Charles Lockoch, l'accoucheur de la Reine. Celui-ci fut interrogé, et le succès de ses conseils fut tel que neuf mois après naissait le Prince Impérial. On comprend donc l'intérêt que la Reine Victoria a témoigné plus tard au jeune Prince. Au moment critique, la Reine envoya à Paris sa dame d'honneur favorite, la marquise d'Ely, pour soigner l'Impératrice. La marquise, en dehors des médecins et des personnes de service, fut le seul témoin oculaire de l'événement. »
La marquise J. Ely devait rester de longues années l'amie respectueusement dévouée de la famille Impériale, témoin la lettre suivante qu'elle adressait au Prince Impérial peu avant 1870 :
. A Son Altesse le Prince Impérial.
Monsieur,
Votre Altesse Impériale veut-elle me faire l'honneur d'accepter ces souvenirs?
Je les ai rapportés de Jérusalem pour Votre Allesse Impériale. IJs ont tous été bénis, et je les ai portés à tous les Saints- Lieux; l'un est une coquille de pèlerin.
J'espère que Votre Altesse Impériale est en bonne santé.
Je suis si fâchée de n'avoir pas été à même d'aller à Paris» ainsi que j'espérais pouvoir le faire; mais ma mère est très souffrante, et je ne peux pas quitter l'Angleterre à présent.
Je suis revenue la semaine dernière, avec la Reine, de Balmoral. Il y avait pas mal de neige dans les Highlands et sur
notre route en revenant vers le midi ; mais la Reine n'a pas souffert du froid.
Puis-je demander à Votre Altesse Impériale de bien vouloir
1>résenter mes humbles devoirs à Leurs Majestés Impériales 'Empereur et l'Impératrice?
J'espère que l'Impératrice est tout à fait bien. J'ai l'honneur d'être toujours de Voire Altesse Impériale
la très sincère
Jane Ely.
Moderne Society donne, d après Gréville, l'impression de la Reine Victoria sur l'Empereur et l'Impératrice des Français lors de ce voyage en Angleterre :
« La Reine est excessivement satisfaite de tous deux; elle trouve l'Impératrice très naturelle, gracieuse et attachante ; l'Empereur, franc, cordial et vrai. Il a fait de son mieux pour lui plaire; il lui a beaucoup parlé, l'a amusée et à tout à fait réussi. Tout le monde est frappé de la médiocrité de sa taille et de la vulgarité de son aspect; mais ses manières sont bonnes et non sans dignité. »
L'armée d'abord, puis le public, apprirent la grossesse de l'Impératrice de la façon suivante :
Le major du 2 e régiment de voltigeurs de la Garde avait porté à la connaissance du 4 e bataillon et du dépôt Tordre suivant, n° 40 :
Le major s'empresse de faire connaître à la portion du régiment placée sous son commandement que l'Empereur, accompagné de S. M. l'Impératrice, a visité hier, àCourbevoie, les militaires de la Garde atteints par le feu de l'ennemi devant Sébastopol et que la gravité de leurs blessures a ramenés en France.
Après que Leurs Majestés eurent adressé à chacun d'eux quelques mots empreints du plus bienveillant intérêt, l'Empereur a nommé chevaliers de la Légion d'honneur, ou décoré
de la Médaille militaire ceux qui se recommandaient le plus particulièrement par leur conduite, leurs services et la nature de leurs blessures ; il a en outre décidé que la pension de ceux qui seraient admis à la retraite pour perte de l'usage d'un membre serait, comme celle des amputés, élevée à 600 francs sur les fonds de sa cassette.
S. M. l'Impératrice, s'associant à la munificence de l'Empereurpa immédiatement accordé une gratification de 50 francs à chacun des blessés qui n'avaient reçu ni la médaille ni la croix.
Dans cette circonstance, les militaires du régiment dont les noms suivent ont été l'objet des distinctions ci- après, savoir:
(Suivent les noms de 7 décorés et 34 médaillés.)
Blaise *,
Major commandant le dépôt; Paris, le 18 septembre 1855.
Voici ce qui s'était passé pendant cette cérémonie :
Parmi les blessés devant recevoir la croix de la main impériale se trouvait un pauvre diable nommé Regagnon.
Il se traînait avec des béquilles, un éclat d'obus lui ayant cassé les deux jambes. Il était hideux à voir, le môme obus lui ayant emporté la moitié de la figure.
A mesure que Leurs Majestés s'approchaient de lui, on l'éloignait, on le plaçait à la gauche, puis on le faisait disparaître tout à fait ; et le pauvre garçon pleurait de son œil unique, craignant d'être oublié dans la série des récompenses.
Un officier qui suivait depuis quelque temps tout ce manège et qui s'intéressait à ce malheureux crut devoir faire part de ce qui se passait au docteur Conneau, qui accompagnait Leurs Majestés comme grand juge en matière de blessures. Le docteur en parla au général aide-de-camp comte de Montebello, qui commandait toute la portion de la garde restée en France.