‹ Le prince impérial: Napoléon IVChapitre 16 sur 90 · Tué général de brigade pendant le siège de Paris · texte numérisé non relu

Tué général de brigade pendant le siège de Paris

NAPOLEON IV. 5i

Le général avertit aussitôt l'Empereur, qui, prenant une croix dans le shako, — récipient provisoire des décorations, — la fit remettre par son aide-de-camp à l'officier, qui courut la porter lui-môme au mutilé. Il fut consolé, et disparut aussitôt, emmené par un fiacre à l'hôpital militaire du Gros-Caillou.

Ces renseignements étaient donnés à l'Empereur pendant que l'Impératrice, restée un peu en arrière, avait avec un zouave de la Garde la conversation suivante :

— Voyez, Mazeslé, disait ce digne compatriote de Tartarin de Tarascon, voyez, Mazesté, — et il avait tiré de sa poche un biscaïen gros comme un œuf de poule, qu'il faisait sauter dans sa main, — c'est ça qui m'a blessé... c'est ça qui m'a transpercé/

— Oh ! disait l'Impératrice en se tournant vers les deux dames d'honneur qui l'accompagnaient, voyez donc, mesdames, c'est ça qui a transpercé ce brave homme..., et de sa main gantée elle soupesait le biscaïen, qui aurait pu facilement passer pour un petit boulet.

— Oui, Mazesté, et zé n'ai gué la Médaille !

— Et il n'a gué la Médaille ! reprenait l'Impératrice en rendant le projectile à son propriétaire, et en s'éloignant au plus vite de son tenace interlocuteur.

Cependant le docteur Conneau avait pris à part l'officier qui avait fait donner la croix au pauvre mutilé et lui disait :

— Je vais vous apprendre une nouvelle que je ne crains pas de confier à un capitaine de la Garde, parce que je sais qu'elle vous fera plaisir : Sa Majesté se trouve dans un état intéressant, et l'on a craint que la vue de ce pauvre soldat ne fit sur elle une impression fâcheuse.

— Merci, répondit le capitaine ; c'est le cas de dire, docteur : Tout est bien qui finit bien.

Le secret n'ayant pas été demandé, plusieurs amis du régiment partagèrent bientôt le plaisir delà confidence, et ce fut, jusqu'à la naissance du Prince, un texte inépuisable de causeries dans le mess et ailleurs. D'abord personne ne mit en doute le sexe du futur enfant impérial. La bonne étoile de l'Empereur devait encore le suivre en cette affaire, et le vingt-deuxième coup de canon qui, le 16 mars 1856, devait, en se prolongeant au cent-unième, certifier l'état civil du nouveau-né, ne surprit aucun de ces braves officiers.

Page 1