‹ Le prince impérial: Napoléon IVChapitre 20 sur 90 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Arrivée du 2 e voltigeurs. — Illustres invités. — Le général Cler. — Le Prince Impérial et sa nourrice. — Entrée de l'Empereur et de l'Impératrice. — Le Cardinal Patrizzi. — Retour à Saint-Denis. — La cérémonie d'après M. Léonce Dupont. — Une erreur. — Juridiction spéciale. — L'abbé Laisne. — Acte de baptême du Prince Impérial. — Le colonel du i« grenadiers. — Guerre d'Italie. — Indulgence paternelle. — Les premiers camarades.

Le baptême du Prince Impérial ne devait avoir lieu que trois mois après sa naissance. On eut donc tout le temps d'aviser aux préparatifs de cette importante cérémonie, et je crois ne pouvoir mieux faire, afin de la raconter, que de céder la parole à un de mes amis, officier de la Garde impériale, qui y prit une part officielle :

« Dans les grandes cérémonies, la notion détaillée du temps m'échappe. Je sais seulement que le 2° voltigeurs quitte Saint-Denis, sa garnison, à 8 heures et demie du matin, pour y rentrer le même jour à 8 heures et demie du soir. Les hasards du topo laborieusement dressé par les états-majors réunis de la Garde et de la place de Paris nous appellent à former la haie sur le quai aux Fleurs, jusqu'aux pieds de la cathédrale. Après les alignements pris, dépris, repris maintes fois suivant l'usage, jusqu'au moment où, les premiers cortèges

arrivant, chacun se tasse comme il peut, je profite de mes fonctions d'adjudant -major pour m'inslaltar contre la grande porte de l'église.

ce Apparaissent les corps constitués, puis les ambassadeurs, puis individuellement les invités illustres. En tête, le duc de Brunswick, grand uniforme militaire, couvert d'or et de diamants, teint, peint, feint, un vrai soleil, une vraie caricature; puis une calèche immense, aux armes royales de l'Espagne : elle contenait la reine* mère Marie-Christine, le prince consort espagnol, le duc de Rianzarez, et* une partie de leur nombreuse rogéniture.

« La Reine portait une robe develours etde moire vert- 'eau, et sur ses larges épaules une superbe parure d'émeraudes. Us disparaissent tous dans les profondeurs de l'église.

« Puis viennent, unis dans la même voiture, le duc d'Albe, beau-frère de l'Empereur, et son cousin le duc de Hamilton, par son mariage avec une princesse de Bade; le duc d'Albe en grand uniforme espagnol, civil ou militaire, et le duc de Hamilton en Écossais. Ces messieurs se placent tout près de moi, contre l'église, et le duc d'Albe, dans un français fort poli, me prie de leur nommer, à mesure qu'ils passeraient, les généraux invités et non employés, mission dont je m'acquitte le mieux possible.

« Cette nomenclature assez longue me parut les laisser à peu près indifférents, jusqu'à l'arrivée du grand, de l'élégant général Gler, commandant à ce moment la brigade des grenadiers de la Garde et l'un des héros de la récente campagne de Crimée. Le général leur fit une impression d'autant plus profonde que, venant à jeter les yeux sur eux et sur moi, leur interlocuteur, il détourna brusquement la tête, et voici pourquoi :

« Le général Cler avait été le major du 6 e léger, mon

régiment, du 24 avril 1846 au 9 janvier 1852. Pendant son majorât, l'adjoint au trésorier du régiment, reconnu coupable de faux, de grattages, jusqu'à, concurrence de 80 000 francs, avait été condamné par contumace à vingt ans de travaux forcés. Notre voisinage des frontières italiennes lui permit de s'engager, sous un faux nom, parmi les défenseurs de Pie IX, les prédécesseurs des fameux zouaves pontificaux, et d'y recevoir l'absolution de ses péchés. La procédure engagée fit restituer à chaque officier compromis, depuis le colonel jusqu'au sous-lieutenant, en passant par le major, sa part proportionnelle des sommes dues à l'État. Quant à MM. les intendants, qui successivement avaient visé, paraphé, collationné, approuvé, vérifié, signé, les registres elles pièces comptables, ils s'en allèrent les bourses nettes, la fée bienfaisante qui avait présidé à la naissance et aux destinées de l'Intendance leur ayant accordé, par une clairvoyance admirable, sinon l'infaillibilité, du moins l'irresponsabilité complète de leurs faits et gestes.

i< Dans ces conditions, le général Gler n'aimait pas à revoir les anciennes figures de son régiment, et ce fut la mienne qui amena ce brusque détour de tête, peu poli pour les augustes personnages dont j'étais le cicérone involontaire.

« Les tambours battent aux champs, les clairons sonnent, le Prince Impérial arrive, et les ducs d'Albe et d'Hamilton entrent à leur tour dans l'église, après m'avoir remercié de ma complaisance.

<( De la voiture aux armes impériales, descendent Mesdames l'amirale Bruat, portant le Prince, puis deux sous-gouvernantes, et la nourrice, jeune Bourguignonne en habits de fête. Le Prince est suivi de ses officiers et de son médecin; et ce groupe, aussi varié que splendide, vient se placer tout près de moi,

contre le grand portail, en attendant l'arrivée du papa et de la maman.

« La nourrice était fort agréable à voir avec sa coiffure pittoresque, son corsage bien meublé tout brodé d'or et son tablier de dentelles. Ayant entendu dire qu'elle était Bourguignonne, je me demande sérieusement si cette qualité de compatriote ne m'autorisait pas à entamer avec elle le duo célèbre du Médecin malgré lui : « Peste ! le joli meuble que voilà ! oh ! nourrice, char- « mante nourrice . . . , je voudrais bien être le petit poupon « qui tétât le lait de vos bonnes grâces. »

« Le Prince ouvrait de grands yeux sans mot dire, et semblait s'accoutumer aux bruits et aux splendeurs de son avenir. Ses petites mains se tendaient en l'air, comme pour appeler celles qui devaient les serrer plus tard dans les cérémonies officielles ou les réceptions familières. Il me paraît tout naturel d'aller au devant de cette aimable invitation, lorsque le docteur Gonneau, me prenant par le bras, me dit : « Doucement, tout doucement, capitaine », avec l'humeur la plus gaie et la plus satisfaite. Il avait revêtu ce jour-.à un frac tout couvert de broderies d'argent dans lequel je ne l'avais jamais vu.

« L'hymne national de l'Empire éclate..., la voiture impériale arrive..., l'Empereur descend, en uniforme de général de division, l'Impératrice le suit. Tous deux, après un léger temps d'arrêt, vont recevoir, sur le seuil de la cathédrale, l'eau bénite, offerte par Monseigneur Sibour, archevêque de Paris, entouré de tout le clergé ; puis ils pénètrent dans l'église, sous un dais porté par les chanoines. Tout disparaît enfin dans les profondeurs illuminées de l'immense édifice.

« La grande allée était vide ; de chaque côté, à droite et à gauche, des gradins, heureusement solides, contenaient par étages les nombreux invités. Je m'avance à

quette, à l'Impératrice; mais Sa Majesté était si émue qu'elle ne se sentit point la force de l'accomplir. On la voyait, à côté de l'Empereur, resplendissante de beauté, mais pâle et dans les larmes. En proie à des émotions muettes, elle savourait les douceurs et les triomphes d'une maternité qui donnait un héritier aux Napoléons, à la France un gage de repos, à l'Église un fils soumis et un défenseur.

« Ce moment fut le plus touchant de la cérémonie ; malgré la Sainteté du lieu, les assistants ne purent se retenir de crier : Vive l'Empereur! Vive l'Impératrice! Vive le Prince Impérial! Dans ce bel élan d'enthousiasme, on vit s'agiter les têtes mitrées des hauts prélats qui entouraient le trône du cardinal Patrizzi ; les hauts fonctionnaires tendaient les mains vers l'Empereur; ils entouraient avec ardeur le nouveau-né. Les dames n'étaient guère plus maîtresses d'elles-mêmes : elles s'étaient levées et pleuraient d'émotion.

« On emporte cérémonieusement le Prince dans la chambre qu'on lui avait préparée derrière le chœur; on l'y laisse reposer quelques instants ; puis on le remet dans son carrosse à huit chevaux, qui le ramène aux Tuileries. Pendant ce temps, le cardinal-légat entctone le Te Deum, l'archevêque de Paris fait signer à l'Empereur, sur les registres de Saint-Germain-l'Auxerrois, et en présence du curé de cette paroisse, l'acte de baptême du Prince. Le cardinal et la princesse Stéphanie, le premier pour le parrain, la seconde pour la marraine, signent également sur ce registre. Tout se termine par la bénédiction pontificale 1 ».

1. Le comte Horace de Viel-Castel écrit dans ses Mémoires, à la date du samedi 14 juin 4856 :

« C'est aujourd'hui qu'en grande cérémonie le Prince Impérial est baptisé.

« Il y a beaucoup, d'invitations pourvoir passer le cortège des fe-

M. Léonce Dupont s'est trompé : on n'a rien signé du tout sur les registres de Saint-Germain-l'Auxerois. Le baptême du Prince Impérial n'a pas laissé plus de traces officielles dans les archives de cette église que dans celles de Notre-Dame.

On avait apporté, pour recevoir les signatures des parrain, marraine et témoins, le registre de la chapelle des Tuileries, et il ne figure dans les archives de Saint- Germain-l'Auxerrois qu'une simple copie non signée, pas môme certifiée conforme, de cet acte.

Il est regrettable de constater une erreur de plus relativement aux actes de l'état civil ou religieux de la famille des Bonapartes.

M. Léonce Dupont a-t-il voulu désigner, par les registres de Saint-Germain-l'Auxerrois, celui d'une chapelle dépendant de cette paroisse? Mais alors pourquoi employer de telles subtilités de langage?

Qu'avait-on à craindre ou à cacher? Pourquoi encore porter au 15 juin le baptême du Prince Impérial, qui a eu lieu réellement le 14?

Pour en revenir au registre de la chapelle des Tuileries, voici son histoire :

Sous Louis-Philippe, le palais des Tuileries dépendait de la paroisse Saint-Germain-l'Auxerrois : l'acte de baptême du.comte de Paris figure tout au long dans les archives de cette église. Napoléon III devait changer les choses et ériger les Tuileries en paroisse.

Après avoir, par l'article 8 du Sénatus-Gonsulte portant interprétation et modification de la Constitution

nétres du Louvre qui donnent sur la rue de Rivoli. L'Impératrice est de nouveau grosse.

« Les Italiens prétendent que le cardinal Patrizzi, légat envoyé pour représenter le Pape, est un jettatore, c'est-à-dire un mauvais augure. »

du 14 janvier 1852, du 25 décembre 1852, dont la teneur suit : « Art. 8. — Les actes de l'état civil de la famille Impériale sont reçus par le Ministre d'État et transmis, sur un ordre de l'Empereur, au Sénat, qui en ordonne la transcription sur les registres et le dépôt dans ses archives » j après avoir créé une juridiction toute spéciale, qui lui permettait de faire rédiger les actes de l'état civil de sa famille à peu près comme il l'entendait, l'Empereur devait se créer une paroisse personnelle pour y faire enregistrer ses actes religieux. On y avait inscrit irrégulièrement, en 1853, son acte de mariage, en 1856, l'acte de baptême de son fils, puis les actes de baptême des enfants dont il avait accepté d'être le parrain. Il y avait évidemment encore d'autres actes, mais je ne puis pas en donner la liste, ne les ayant jamais vus 1 .

Lorsque la Révolution du 4 septembre eut lieu, chacun sait que l'Impératrice se sauva en Angleterre. Bien que les papiers les plus importants eussent été mis à l'avance en sûreté, beaucoup restèrent aux Tuileries, et, entre autres, le registre de la chapelle.

Le 5 septembre au matin, l'abbé Laisne, habillé en laïque, vint le chercher, et l'emporta chez lui, pour le faire de là parvenir à l'Impératrice. Il n'est donc pas étonnant que la commission nommée par le gouverne-

\ . Les Tuileries ont été converties en paroisse par une buUe du Pape de mars 1857. (Voir cette bulle, au Bulletin des lois.) Le Pape accordait des privilèges particuliers aux résidences et palais impériaux. Le seul qui fut omis, intentionnellement ou non, fut le Palais-Royal, où Résidait le prince Napoléon: aussi, sur la demande du Prince, l'abbé Laisne ne put-il se rendre, dans ce palais, pour y baptiser le prince Victor. Il fallut en référer à l'Empereur, qui, en apprenant la chose, se mit à rire , et dità l'abbé Laisne : « Allez-y tout de même ».

ment de la Défense nationale pour examiner les papiers des Tuileries ne trouvât rien à la chapelle, ses archives étant depuis quelque temps déjà en Angleterre.

Si je crois devoir conter cette particularité, c'est afin d'éclairer les nombreux filleul» et filleules de Napoléon III et de l'Impératrice, qui, lorsqu'ils ont besoin de leurs actes de baptême, vont s'adresser inutilement à Sain t-Germain-l' Au xer rois, où on leur répond que, « portés sur le registre spécial des Tuileries, leurs actes ont dû disparaître dans l'incendie du palais ». C'est une erreur : les intéressés pourront à l'avenir s adresser à qui de droit.

L'abbé Laisne était d'ailleurs un très digne prêtre, absolument dévoué à la famille impériale.

Lorsque le prince Louis-Napoléon vint habiter l'Elysée en qualité de Président de la République, l'abbé Laisne, vicaire à la Madeleine, fut mandé par son curé.

— Auriez-vous quelque motif qui vous empêchât d'aller dire la messe tous les dimanches à l'Elysée? Le Président demande quelqu'un : un de vos confrères à qui je viens d'en parler a refusé.

— Aucun, répondit l'abbé Laisse : c'est l'accomplissement d'un devoir comme un autre .

JJute dimanche suivant, en disant sa messe à l'Elysée, l'abbé remarqua que le Prince, entouré de tous ses officiers, était très attentif à l'office, ce qui lui produisit naturellement une excellente impression.

Pendantque l'abbé retirait,]à lajsacristie, ses vêtements sacerdotaux, un officier vint lui dire que le Prince-Président le priait de vouloir bien déjeuner avec lui.

Le déjeuner fut fort gai, malgré l'étiquette et le respect que l'entourage témçignait au Président de la République.

L'abbé Laisne continua ses fonctions, de jour en jour plus agréables.

Quand le prince Louis devint empereur, il demanda très spirituellement à l'abbé de ne pas l'abandonner à cause de son changement de fortune.

L'abbé suivit donc Napoléon III aux Tuileries, où il a rempli successivement les fonctions de chapelain de l'Empereur, 1853; inspecteur des ambulances en Grimée, 1855; aumônier militaire du camp de Ghâlons, 1857; curé des Tuileries, 1857; vicaire général de la grande-aumûnerie, 1858; aumônier de l'Empereur, du quartier impérial et de toute l'armée d'Italie, 1859; aumônier en chef de l'armée, 1866 : par décret élaboré au Conseil d'État et discuté à la Chambre et au Sénat, cette nomination donnait à l'abbé Laisne le rang de général de brigade.

Ainsi que l'avait espéré le prince Louis devenant empereur, les changements de fortune ne devaient pas faire varier les sentiments de fidélité et de dévouement de l'abbé Laisne. Il a servi l'Empereur non seulement dans la prospérité, mais encore après les revers. Et, le 5 septembre, ainsi que nous l'avons dit, il emportait les archives de la chapelle, auxquelles, il le savait, la famille Impériale tenaij, tout particulièrement.

Voici la copie d'une transcription de l'acte de baptême du Prince Impérial :

Extrait des registres des actes de baptême delà paroisse Saint-

G ermain-VAuxerrois .

Le samedi 14 juin mil huit cent cinquante-six, très-haut et très-puissant Prince Napoléon-Eugène-Louis-Jean-Joseph, fils de France, né à Paris le seize mars précédent et ondoyé le même jour, dans la chapelle du château des Tuileries, par M* r Alexis-Basile Menjaud, évoque de Nancy, premier aumônier de l'Empereur, fils de très-haut, très-puissant, très-excel-

lent Prince Napoléon III, Empereur des Français, el de trèsliante, très-puissante et très-excellente Princesse Marie-Eugénie, Impératrice* des Français, a reçu le supplément des cérémonies du Baptême dans l'Église Métropolitaine de Paris, par S. Éminence M* r Constantin Patrizzi, Évêque d'Âlbano, Cardinal de la Sainte Église Romaine; Archiprêtre de la Basilique Patriarcale Libérienne, Vicaire général de Sa. Sainteté le Pape Pie IX à latere.

Le parrain a été Sa Sainteté le Pape Pie IX, représenté par S. Em. le Cardinal-légat.

La marraine a été très-haute, très-puissante et excellente Princesse Joséphinè-Maximilienne-Eugénie, reine de Suède et de Norwège, représentée par S. A. I. et R. M me la Grande- Duchesse de Bade.

En présence de très-haut, très-puissant, très-excellent Prince. Napoléon III, Empereur des Français ; de très-haute, très-puissante et très-excellente Princesse Marie-Eugénie, Impératrice des Français ;

De S. A. I. M* r le prince Jérôme Napoléon, de S.A. I. M^le prince Napoléon, de S. A. ï. M me la princesse Mathilde, de S. A. Grand-Ducale M me la princesse Marie, duchesse de Hamilton, de S. A. R. M* r le prince Oscar de Suède, de LL. AA. les princes Louis, Lucien Bonaparte, et M me la princesse Bacciochi, M« r le prince Lucien Murât et M me la princesse Lucien Murât, M** le prince Joseph Bonaparte, M& r le prince Joachim Murât et M me la princesse Joachim Murât, de Sa Seigneurie le duc de Hamilton, de S. Exe. le duc d'Albe et de Berwick ;

En présence aussi de M* 1 " Marie-Dominique- Auguste Sibour, Archevêque de Paris, Sénateur, officier de la Légion d'honneur, de NX. SS. les Cardinaux, Archevêques et Évoques de France, de MM. les Chanoines titulaires et honoraires de l'Église de Paris, de MM. les Chanoines du Chapitre Impérial de Saint-Denis, de MM. les Curés de Paris, ainsi que du Corps diplomatique, des Ministres, des Maréchaux, des Amiraux, des différents corps de l'État, des Maires des chefs-lieux de tous les départements, des dêputations de la Garde nationale et de l'Armée et de plusieurs autres dêputations.

Ledit acte fait en la présence de M. Jean-Louis Legraod, curé de la paroisse impériale Saint-Germain-l'Auxerrois, ancien chanoine, archi prêtre, chevalier de la Légion d'Honneur, et signé par l'Empereur, l'Impératrice, le Cardinal-Légat, représentant S. S. le pape Pie IX, la Grande-Duchesse de Bade, représentant la Reine de Suède et de Norwège, et par les princes et princesses ci-dessus nommés, ainsi que par M s* l'Archevêque de Paris et par le Curé de la paroisse impériale : Suivent les signatures. — (Il n'y en a aucune.)

(Timbre de la paroisse de Saint-Germain-l'Auxerrois.)

Après avoir placé àon fils sous le patronage du chef de l'Église, Napoléon III voulut également le placer sous celui de l'armée.

Le Prince impérial était encore au berceau, ih avait six mois, lorsqu'il devint grenadier au 1 er régiment de la Garde.

Une députation d'officiers, de sous-officiers, de soldats et d'enfants de troupes, vint apporter aux Tuileries, en décembre 1856, le procès-verbal du Conseil d'administration constatant l'inscription du Prince Impérial sur les contrôles du 1 er régiment des grenadiers de la Garde.

Le jour où l'Empereur reçut la députation, il avait près de lui le nouveau grenadier, porté dans les bras de M me de Brancion. Le colonel dit à l'Empereur :

« Sire, Votre Majesté a bien voulu confier au pays le fils que le ciel venait de lui donner. Il s'est appelé Y Enfant de la France, et tous les bras se sont ouverts pour le recevoir. Elle dit aussi à ses soldats : « Prenez cet enfant bien-aimé sous votre glorieuse tutelle ; qu'il grandisse dans les idées d'abnégation de la vie, de dévouement au pays, d'obéissance aux lois, dont votre cœur est le sanctuaire; lorsque pour lui viendra l'heure de régner, il saura commander, puisqu'il aura su obéir. »

Et l'armée tout entière, reconnaissante et honorée de compter dans ses rangs le Prince Impérial, sent grandir ses vertus. Permettez, Sire, au I e * régiment de grenadiers de votre Garde de témoigner à Votre Majesté toute la joie qu'il éprouve, et de renouveler devant le berceau du Prince Impérial l'expression la plus vraie de ses sentiments d'amour et de fidélité. »

L'enfant était à peine sorti des langes qu'il fut costumé en petit grenadier; on lui tailla un pantalon garance et une tunique de gros drap bleu à sa petite stature. Il eut des brandebourgs rouges sur la poitrine, épaulettes de laine rouge et gros bonnet à poil. Il paraissait dans cet uniforme aux réceptions officielles et aux revues. L'Empereur le mettait à califourchon devant lui sur la selle de son cheval, et les régiments confondaient, en défilant, le fils et le père dans le même salut.

Le Prince avait, indépendamment de miss Schaw, venue d'Angleterre pour lui servir de gouvernante à la nursei~y, une gouvernante officielle, M me l'amirale Bruat, et deux sous-gouvernantes, M meB de Brancion et Bizot, toutes trois veuves d'officiers morts pendant la guerre de Crimée. L'amiral Bruat, après avoir pris Kinburn dans la mer d'Azow, mourut pendant la traversée en revenant en France. Le général Bizot et le colonel de Brancion furent tués devant Sébastopol.

Dès que» le Prince Impérial put marcher, l'Empereur le mit en rapport avec les enfants de troupe de la garde. C'était préparerintelligemment à son fils, dans l'armée, des serviteurs dévoués rattachés à sa personne et à la dynastie par les souvenirs d'enfance.

Louis-Philippe, lui, avait cherché à conquérir l'élément civil, en plaçant ses fils dans les collèges et les faisant camarades aussi bien des futurs hommes d'État que des gros épiciers.

Le 14 janvier 1858 avait lieu l'attentat Orsini. L'Empereur, brutalement rappelé à ses engagements, se rendit compte des hasards auxquels, tenaient sa vie et l'avenir de sa dynastie. Son indécision cessa, son parti fut pris : il se décida à uniûer l'Italie par la guerre avec l'Autriche ; mais, voulant avoir le temps de préparer la chose, — si peu préparée pourtant qu'ait été la guerre d'Italie, — il se hâta de prendre des mesures de précaution que les partisans de la liberté trouvèrent excessives. Ces mesures cessèrent du reste comme par enchantement aussitôt que la guerre fut tertninée. L'Empereur avait tenu sa parole : il n'avait plus rien à craindre. Et, en effet, depuis cette époque, aucun attentat nouveau n'eut lieu contre sa vie *.

Avant de quitter la France, Napoléon III avait confié la régence à l'Impératrice, nommé le duc de Padoue ministre de l'Intérieur, et placé son fils « sous la protection du peuple français ».

Après la guerre, l'Empereur revenait à Paris, avec une joie d'autant plus vive, qu'il n'avait remporté des victoires qu'en côtoyant des désastres. Il s'en était fallu de peu que Magenta et Solférino ne fussent des Sedan anticipés.

Il revenait de loin, c'est le cas de le dire ! Tout semblait lui sourire, et il se crut assez fort pour rendre des décrets qui causèrent plus de joie à ses adversaires qu'ils ne leur inspirèrent de reconnaissance.

On permit aux exilés de rentrer en France; on rappela les déportés politiques de Cayenne ; enfin les débats du Corps législatif et du Sénat devinrent publics.

1. Le commandant de gendarmerie du département de l'Ain avait reçu, aussitôt après l'attentat, un nombre assez considérable de signalements à observer, aux gares de Culoz, Ambérieux, Bellegarde, où les trains d'Italie s'arrêtaient quelque temps.

Aussitôt la guerre entreprise, les instructions cessèrent : il n'y avait plus personne à surveiller.

Avec quel bonheur ce père retrouva son enfant I L'Empereur adorait, en effet, son fils : sentiment assez naturel chez un père ; mais cette adoration se traduisait par mille préoccupations, mille soins presque féminins. Je n'entends pas dire que l'Impératrice n'eût pas à l'égard de son fils toute la tendresse attentive que contient le cœur des mères ; mais je prétends que l'Empereur a aimé son fils d'une façon toute spéciale, tout exceptionnelle et qu'il en a été véritablement le père et la mère. Les caprices et même les entêtements de l'enfant trouvaient chez lui des trésors d'indulgence et le faisaient toujours sourire.

Celte indulgence coûta un jour à l'Empereur la perte d'un objet qui lui était bien précieux. Le Prince venait assez souvent visiter son père dans son cabinet; après les caresses accoutumées, il touchait à tout ce qui lui tombait sous la main. C'est ainsi qu'il cassa la tasse d'un service de Sèvres qui avait servi à Napoléon I er et que Napoléon III avait reçue de Sainte-Hélène. Cet accident émut beaucoup l'Empereur, qui sonna l'huissier de service, et lui dit: « Emmenez le Prince ». Ce fut toute sa colère. Il ramassa lui-même les débris de la tasse, et constata avec douleur qu'elle ne pouvait être raccommodée.

Les premiers camarades du Prince furent les fils du docteur Conneau, du général Fleury, du général Espinasse et de M me Bizot, sa sous- gouvernante.

Quoique fort doux, le Prince avait souvent des démêlés avec ses petits camarades, qui, emportés par l'ardeur du jeu ou de la dispute, oubliaient vite le respect qui leur était recommandé par leurs parents, et c'était à qui taperait le plus fort.

Mon but n'est pas d'écrire la vie intime du Prince Impérial pendant son enfance : M. Léonce Dupont, auquel j'ai emprunté plusieurs anecdotes, s'est chargé de le

faire dans le Quatrième Napoléon. Je tiens seulement, en rappelantles traits les plus saillants de cette enfance, à arriver vivement à sa vie de jeune homme, si brève et si dramatiquement terminée.

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