CHAPITRE VIII
Cabinet de travail. — Un traducteur des Commentaires de César.
— Une chute. — Le général Frossard et M. Filon. — Première communion. — Ms* Dupanloup. — Voyage politique. — Le nid de l'aigle. — Le commencement de la fin. — Départ pour Metz.
— Sarrebrilck. — Les ministres redemandent le prince.
On avait fait au Prince Impérial, aux Tuileries, «sous le pavillon de l'Horloge, un cabinet de travail d'un grand salon du rez-de-chaussée, blanc et or, percé de larges fenêtres, d'oti Ton voyait la place du Carrousel et l'Arc de Triomphe. Les murs étaient ornés d'un portrait de l'Impératrice par Winterhalter, d'une lithographie de l'Empereur et d'autres portraits de famille. Le prince avait également accroché à la muraille les lithographies de son poney, appelé Bouton cTor, et de ses chiens épagneuls*.
C'est dans cette pièce que se passa la scène suivante, qui ne manque pas de gaieté :
Il paraît que Napoléon III n'avait jamais été fort en version latine. Un jour, il entra dans le cabinet de travail de son fils, et le trouva penché sur son bureau, la tête entre ses mains, ayant sous le coude le gros dictionnaire latin-français de Noël. L'enfant était si absorbé dans son texte qu'il n'entendit point les pas de l'Empereur. Sa Majesté s'approcha de l'écolier, et, voyant ce quil'occu-
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pait, ne put s'empêcher de dire : « C'est bien ennuyeux à faire une version : moi, je n'^i jamais pu ».
Le précepteur, qui était présent, crut, dans l'intérêt de son élève et pour l'honneur du latin, qu'il devait relever le propos et répondit de son air le plus respectueux :
« — Cependant Votre Majesté a fort bien traduit les Commentaires de César.
— «Ce n'est pas moi», répondit l'Empereur, et il s'éloigna, laissant M. Monnier aux prises avec le mauvais exemple paternel.
Le Prince Impérial, je l'ai 'déjà dit, montait fort bien à cheval, grâce aux conseils intelligents et dévoués de M. Bachon, qui avait été placé auprès de lui, en qualité d'écuyer, dès le jour de sa naissance. A six mois, M. Bachon l'attachait à la selle d'un poney qu'un piqueur tenait par une longe, et lui faisait faire chaque jour des promenades proportionnées à ses forces. Dans ces conditions-là, le Prince apprit à monter à cheval avant de savoir marcher, et à l'âge de dix ans c'était un cavalier accompli, se faisant remarquer par son ardeur, son adresse et son courage aux chasses à courre. Qui aurait jamais pu penser, en le voyant galoper avec tant d'adresse sous la haute futaie de Compiègne, qu'il était destiné à mourir en Zoulouland pour n'avoir pas eu le temps matériel de se mettre en selle?
' Dans ces chasses, si dangereuses pour celui qui y apporte toute l'ardeur et la fougue de la jeunesse, où il faut souvent franchir des obstacles, le Prince ne tomba jamais de cheval. Par contre, il fît une chute malheureuse du haut d'un trapèze, et cette chute, croit-on, fut cause de la double opération que le docteur Nélaton fut obligé de lui faire.
Ni l'Empereur, ni l'Impératrice, ni les gouvernantes, ni l'excellente miss Shaw, ne connurent cet accident; mais, après quelques jours, le Prince bottait d'une jambe,
et souffrait beaucoup plus qu'il ne le laissait paraître. Il en vint à ne plus marcher qu'à grand'peinc.
On fit venir les médecins : ils constatèrent une contusion à la cuisse, une tumeur. Nélaton perça la tumeur, mais la douleur persista. On interrogea de nouveau Nélaton, qui crut à l'existence d'une tumeur plus profonde que la première, et déclara urgent de la faire disparaître. L'enfant se prêta courageusement à ces opérations douloureuses, et fut guéri au bout de quelques jours:
Le Prince Impérial entrait dans sa douzième année ; il était sorti des mains de ses gouvernantes. A Madame l'a mi raie Bruat, l'Empereur avait substitué le général Frossardavecle titre de Gouverneur du Prince Impérial.
Le général Frossard, qui était destiné à donner une si triste opinion de ses talents militaires à l'affaire de Forbach, était un ancien élève de l'École polytechnique qui avait bravement fait les campagnes d'Afrique, de Crimée et d'Italie. 11 voulut que tout, chez le Prince, fût établi sur un pied militaire : lever à heure fixe, manger, travailler, promener, coucher à heure fixe. Il croyait rehausser encore la dignité de ses fonctions, et sans doute servir le Prince, en se montrant, à- son égard, d'une très grande sévérité.
Il tâcha d'abord de bien connaître le fond du» caractère de l'enfant qui lui était confié, et dut, à cet effet, ne pas user immédiatement de la sévérité dont il devait faire preuve dans la suite. Il s'attacha à se rendre compte du degré d'intelligence et de docilité du Prince, de ses qualités et de ses défauts. C'était facile; l'enfant n'avait pas un naturel dissimulé ; il avait toute son âme dans les yeux et sur les lèvres ; de l'esprit, de la bonté, de la douceur, de la droiture, de l'enthousiasme ; mais une certaine tendance à la nonchalance et à l'opiniâtreté.
M. Monnier avait disparu avec les gouvernantes, et
alors apparut M. Filon qui, sous la direction du général Frossard, servait de répétiteur au Prince, auquel on avait donné les meilleurs professeurs de l'Université. M. Filon était un homme distingué, d'un caractère sympathique, qui sut inspirer à son élève une sincère affection.
Le 8 mai 1868 fut un grand jour pour la famille impériale : le Prince fit sa première communion dans la chapelle des Tuileries. Il y avait été préparé par l'ancien officier, qui avait échangé l'uniforme contre la soutane, M. Deguerry, curé de la Madeleine.
Il n'eut du reste pas de peine à préparer le Prince, qui savait fort bien sa religion et même la raisonnait... peut-être un peu trop.
M. Léonce Dupont raconte, afin de montrer la disposition à l'analye de l'esprit du Prince Impérial, que «Monseigneur avait déjà mis dans ses habitudes de tâcher de comprendre tout ce dont il s'occupait. Il fallut, assure-t-on, quelques efforts de son directeur spirituel pour le convaincre que les mystères ne peuvent entrer dans l'esprit comme les mathématiques.
« L'abbé Deguerry exposait, un jour, la sanglante histoire de la Passion ; il insistait sur les parties les plus dramatiques, sur l'accablement du jardin des Oliviers, sur la flagellation, sur le crucifiement au sommet du Calvaire, et principalement sur les douleurs de la Vierge Marie.
« Le prêtre se sentait ému lui-même jusqu'aux larmes; il remarqua que le Prince était très attentif, mais point aussi touché qu'il aurait dû l'être.
« Il ne put se défendre de lui dire : « Comment n'étes-vous pas plus attendri, Monseigneur? Y a-t-il au monde un plus grand sujet de larmes que la passion de Notre-Seigneur?
« — Sans doute, monsieur l'abbé, répliqua le Prince ; mais vous, m'avez enseigné que Dieu savait tout, voyait tout et pouvait tout : il a donc voulu souffrir et faire souffrir sa mère. C'est ce qui m'empêche de pleurer. »
La cérémonie fut naturellement des plus imposantes. Pouvait-il en être autrement pour la première communion de l'héritier impérial?
L'évêque d'Adras dit la messe; M gr Darboy, archevêque de Paris et grand-aumônier, était à son prie-dieu, entouré de ses grands-vicaires. Il prononça une allocution qui fut très remarquée, et reproduite le lendemain dans le Moniteur; le texte, tiré de l'Évangile selon saint Jean, en était : Sinite parvulos ventre ad me.
Une autre allocution non moins remarquée fut celle que M* 1, Dupanloup, évoque d'Orléans, adressa quelques jours après à l'Empereur et à l'Impératrice, venus à Orléans pour assister à des fêtes où la municipalité les avait conviés.
« Vous avez bien voulu, Madame, dit M* r Dupanloup, prendre part à nos solennités, et cette pensée aussi. me touche, le lendemain d'un jour où la Religion vous a donné la plus pure joie qui soit, ici-bas, permise au cœur d'une mère : Votre Majesté vient de voir son fils s'agenouiller et se nourrir pour la première fois du pain de l'autel, du Dieu qui aime et bénit cet âge. L'attendrissement de ce spectacle a fait couler de vos yeux de pieuses larmes : puisse Votre Majesté n'en connaître jamais d'autres ! »
Hélas!
Le Prince Impérial n'avait déjà plus l'air enfantin qu'on lui voyait lorsqu'il se promenait, en veston de velours ou en habit de grenadier, aux Tuileries, sur la terrasse du bord de l'eau. Ses traits s'étaient acceiitués; ils avaient pris une expression plus grave, un quelque chose d'indéfinissable de grandeur et de majesté.
En 1866, l'Impératrice avait fait entreprendre à son fils son premier voyage politique : elle l'avait emmené avec elle à Nancy, qui fêtait par un jubilé la réunion de la Lorraine à la France.
En 1868, peu avant sa première communion, il avait visité, seul avec le général Frossard, Cherbourg et Brest ; Tannée suivante, il partait avec sa mère, au mois d'août, pour Lyon et la Corse. Il importait que le Prince se rendit populaire dans la seconde ville de France et qu'il visitât le berceau de sa famille.
Lyon l'accueillit avec un enthousiasme qui n'était pas de commande. A Toulon, l'accueil ne fut pas moins 'sympathique, et le maire rappela dans son discours que c'était à Toulon que le commandant Bonaparte avait inauguré son héroïque carrière.
On s'embarqua à bord de l'Aigle, et l'on gagna la Corse, où l'Impératrice et le Prince furent reçus par une population dont l'enthousiasme approchait du délire.
Le jour môme du centenaire de la naissance de Napoléon I er , le Prince visitait la maison où était né son grand-oncle, en admettant toutefois qu'il soit né à Ajaccio en 1769, ce que le général Yung met en doute, avec preuves à l'appui ! .
Le Prince ne put cacher son émotion à la vue de cette petite maison de modeste apparence, située dans une ruelle étroite, et où Ton ne pénètre que par une petite porte bâtarde. C'était là le berceau de la famille, le nid de l'aigle impérial qui avait déployé ses ailes victorieuses sur tous les champs de bataille de l'Europe.
Il voulut parcourir le logis jusque dans ses plus petits recoins, et sa nature enthousiaste était pénétrée du respect qui se dégage des sanctuaires.
\ . Bonaparte et son temps, p. 39.
Puis l'Impératrice et son fils allèrent prier dans la chapelle où reposent les restes de l'Impératrice mère, du cardinal Fesch et de Charles-Lucien Bonaparte.
Mais l'enthousiasme des Corses, leur amour pour l'enfant impérial, ne pouvaient pas aller jusqu'à vouloir le conserver parmi eux comme un fétiche ou un prisonnier. L'Impératrice et le Prince s'embarquèrent de nouveau sur Y Aigle, et revinrent en France.
L'Empereur suivait assidûment les travaux de son fils; il avait tous les jours d'intimes entretiens avec lui. La confiance et l'abandon le plus absolu régnaient entre eux ; ils étaient à ce point unis que le Prince ne vivait et ne pensait que par son père. L'Empereur préparait son enfant à être doux, discret, patient, résigné et courageux, comme il Tétait lui-même, et, si courte qu'ait été la vie du Prince Impérial, il a eu le temps de montrer toutes ces qualités.
Le ministère Ollivier, l'assassinat de Victor Noir, les émeutes populaires, le plébiciste du 8 mai 1870 — dernière victoire de Napoléon III tout en l'honneur de son fils, — car on vota réellement la transmission de l'Empire, — la déclaration de la guerre et nos désastres, furent des événements qui se succédèrent avec une foudroyante rapidité.
L'Empereur n'avait pas été pour la guerre, quoiqu'il pensât que nous étions plus prêts que nous ne l'étions en effet. Il a publié ses croyances à cet égard, en 1872, dans une brochure : Les Forces militaires de la France en 1870, brochure qui parut sous le nom du comte de La Chapelle, mais provenait, en réalité, d'un bout à l'autre, de la plume de l'Empereur.
S'il nous croyait plus prêts que nous ne Tétions réellement, s'il a été trompé sur 1 état de nos forces, il savait néanmoins d'une façon pertinente que les 1 200 000 sol-
dats prussiens dont on nous menaçait n'étaient pas, comme le disait M. Thiers, une fantasmagorie.
N'ayant pu constituer l'armement de la France ni la garde mobile, malade, et pressentant la gravité de son mal, l'Empereur entreprit la guerre à contre-cœur. Mais, sachant que, pour être fort, il faut avoir confiance, et voulant faire tout ce qui dépendait de lui pour inspirer ce sentiment à la nation, il se fit accompagner sur les champs de bataille par ce qu'il avait de plus cher au monde, par son enfant.
Le Prince, n'ayant que quatorze ans, n'était pas d'âge à avoir un grade : aussi n'en eut-il point. L'Empereur lui faisait porter la tunique de sous-lieutenant, qui déjà, depuis deux ans, remplaçait 3a capote de caporal de grenadiers. Les commandants LameyetClary formaient son escorte. M. Bachon, qui depuis le berceau, ainsi que nous l'avons déjà dit, lui servait d'écuyer, l'accompagnait également, ayant sous ses ordres M. d'Aure.
Le 27 juillet, le Prince communiait dans la chapelle de Saint-Cloud, et le lendemain 28, à neuf heures du matin, il montait en voiture avec l'Empereur et l'Impératrice, pour aller prendre le train impérial, que l'administration du chemin de fer de l'Ouest faisait pénétrer jusque dans l'intérieur du parc.
Peu d'instants après, la famille impériale mettait pied à terre devant le grand champignon que l'on voit encore aujourd'hui, à la même place, sur la ligne de Paris à Versailles.
Ce champignon servait d'abri, habituellement, aux voyageurs privilégiés qui usaient de ce train particulier.
C'est là que le Prince reçut les dernières caresses de sa mère sur le sol de France.
L'Impératrice, très maîtresse d'elle-même, mit beaucoup de fermeté dans ses adieux. Quant à son fils, sachant que lorsqu'on part pour la guerre, on est an
grand garçon, qui ne doit plus pleurer, il tenait affectueusement, presque nerveusement, la main de sa mère dans les siennes, la regardant d'un air résolu, les yeux rouges de larmes contenues.
Si le Prince Impérial était plein d'ardeur et de courage, il n'en était pas moins doux, affectueux et tendre.
De nombreux courtisans assistaient au départ du Souverain. L' Empereur , distinguant parmi eux M. Emile OUivier, s'approcha, et, lui prenant les mains :
— « Je compte sur vous 1 »
Puis l'Empereur et son fils montèrent en wagon, dans le train spécial, gagnant par différents changements de voies la grande ligne de l'Est.
On fut promptement à Metz.. L'Empereur comptait n'y séjourner que vingt-quatre heures; mais les événements l'obligèrent à y rester jusqu'au 14 août.
Les premiers jours, le Prince était tout à la joie. Combien il était heureux de vivre au milieu des soldats 1 Aimant le changement, comme d'ailleurs tous les enfants, il s'amusait des petites gênes matérielles, de l'inattendu, du décousu de la vie militaire.
La guerre! il allait faire la guerre! naturellement remporter des victoires ! Quel bonheur pour un enfant de son âge !
L'Empereur s'efforçait de le maintenir dans ces sentiments d'enthousiasme juvénile; il le faisait assister à la lecture des dépêches, aux entretiens avec les généraux, et, le 1 er août entre autres, au conseil de guerre qui se tint à Saint-Avold. Il voulait l'habituer à se rendre compte des difficultés que la guerre entraîne forcément avec elle.
À Sarrebruck, le Prince recevait le baptême du feu. Il va sans dire que l'Empereur ne le conduisit pas au fort de la bataille, et, si l'Impératrice avait gardé pour elle seule le contenu de la dépêche privée que l'Empereur
avait adressée à la mère, et non à la régente, elle eût évité à son fils le ridicule d'être présenté à la France ramassant des balles mortes.
A ce propos, il n'est pas inutile de constater ici que ce ridicule fut une des causes qui amenèrent le départ pour le Zoulouland. Depuis la malheureuse histoire de ces balles mortes, le Prince était hanté par l'idée fixe de montrer qu'il n'était pas le jeune homme sans courage que l'on avait prétendu.
Après quelques jours d'attente et d'anxiété, le pauvre enfant apprenait, avec tout le monde, que nous étions repoussés sur toute la ligne,àWissembourg,àForbach, à Reischoffen.
Il serait difficile de se faire une idée du trouble, de l'ébranlement moral que lui causa la nouvelle de ces défaites successives. La sévérité dont avait usé à son égard le général Frossard lui avait inspiré, à défaut d'affection, une haute opinion de sa valeur et de ses talents militaires. Frossard, qui, depuis trois ans, avait préparé, dans le silence du cabinet, un plan d'attaque de Sarrebriïck, fut chargé, en effet, de le mettre à exécution avec son corps d'armée, le 2 e . Il est vrai que, comme il importait d'éviter un échec, on le fit soutenir par le 3 e et le 4° corps.
Malheureusement ce plan si ancien, si bien mûri, réputé si parfait, était vicieux, et son auteur montra dans la conduite de cette expédition une incapacité telle que l'opération échoua complètement.
C'était commencer par un insuccès, et par un insuccès honteux; car, à cette époque, 2 août, Sarrebriïck n'était défendu que par la petite garnison du pied de paix, et pas une seule fraction de l'armée allemande n'y était encore arrivée.
Cet échec produisit l'effet le plus désastreux. Jamais l'armée ne s'est relevée de ce premier coup, dont l'Em-
pereur, plus profondément que tout autre, avait senti la gravité.
Sarrebriick, défendu seulement par une garnison de 1 500 hommes, attaqué par trois corps d'armée 1
Cet insuccès, qui eut sur tonte la campagne l'influence la plus néfaste, porta le trouble et l'angoisse dans le cœur de l'Empereur et de son fils.
Le Prince ressentait si vivement le contre-coup de chaque nouveau désastre, de chaque déception nouvelle, qu'il était continuellement en proie à une sorte . de fièvre, dont il cherchait à dissimuler les atteintes. L'Empereur, avec son œil maternel, s'était promptement rendu compte de l'état physique de son enfant, qui, dans son anxiété, constamment en éveil, guettait l'arrivée de tous les messages. Il souffrait de violents maux de tète, résultat de sa contrainte et de ses angoisses morales ; et cet état, si anormal pour un enfant, amenait la perte du sommeil et de l'appétit : il dépérissait visiblement.
Mac-Mahon, sur lequel on fondait de grandes espérances, s'était, lui aussi, laissé écraser. Le général Douai et bien d'autres étaient morts. Que de sinistres nouvelles I
L'Empereur télégraphia à l'Impératrice l'état dans lequel se trouvait le Prince, et il s'attendait à recevoir, de la régente, une dépêche le priant de lui renvoyer son fils ; il s'y attendait d'autant plus qu'il avait été prévenu que les ministres demandaient son retour à Paris.
« Depuis plusieurs jours, on réclamait avec insistance, dit M. Darimon 1 , le retour à Paris du Prince Impérial, dont la présence à l'armée était au moins inutile. M. Emile 011ivier,se rendant au vœu. de l'opinion
1. Alfred Daruhon, Notes pour servir à l'histoire de la guerre de 4870.
NAPOLÉON IV. lit
publique, télégraphiait officiellement au quartier général à Metz :
« A l'unanimité, le conseil des ministres et le conseil privé croient qu'il serait bon que le Prince Impérial revint à Paris. »
« L'Impératrice ajoutait, avec son chiffre privé :
« Pour des raisons que je ne pais expliquer dans cette dépêche, je désire que Louis reste à l'armée, et que l'Empereur promette son retour sans le laisser effectuer. »
« Que pense-t-on de la manière dont la régente respectait les décisions d'un cabinet constitutionnel? »
Dans l'après-midi du 14, l'Empereur et son fils quittaient Metz pour se rendre.à Longueville. Le 13, ils suivaient à cheval les crêtes des collines que protègent les forts; on se battait àBorny. Le soir, ils couchaient à Gravelotte. Le 16 au matin, ils repartaient en calèche. Au moment du départ, l'Empereur, ainsi que je l'ai dit, dans la Légende de Metz, donna ses derniers ordres au maréchal Bazaine, qui n'eut pas le temps de mettre pied à terre et fit approcher son cheval de la voiture.
La calèche impériale arrivait h Verdun à 3 heures de l'après-midi, après avoir suivi la route d'Étain, passant, comme on l'apprit plus tard très près de détachements ennemis. De Verdun, l'Empereur et le prince gagnèrent Ghâlons, dans un compartiment de troisième classe, seul wagon qu'on pût mettre à leur disposition. J'ai décrit ailleurs 1 le désordre indescriptible qui régnait au camp de Ghâlons. Le moral de l'armée était si gravement atteint par les défaites et les fautes des chefs que les officiers, sentant bien l'inutilité de leurs efforts