CHAPITRE IX
Situation critique de l'Empereur. — Le prince Napoléon. — L'amiral Rigault de Genouilly. — Conspiration permanente. — L'Empereur se sépare de son fils. — Mézières, Sedan, Avesnes. —Fuite en Belgique. — Le Prince Impérial à Namur. — Départ pour l'Angleterre.
Voici ce que dit encore M. Alfred Darimon dans son intéressante brochure la Maladie de V Empereur :
« L'État maladif de l'Empereur, cela est indéniable, a en son contre-coup dans les opérations militaires de la campagne de 1870. Il nous a amené à l'épouvantable désastre de Sedan. Tous les faits qui ont précédé ou suivi la capitulation prouvent que Napoléon III était hors d'état de prendre une résolution virile et de donner un conseil énergique.
« Mais aussi à quelle situation tragique il était réduit 1 Y a-t-il jamais eu un chef d'État qui se soit trouvé dans une position aussi huipiliée? On lui avait fait subir une sorte de dégradation militaire quand on lui avait retiré, à Metz, le commandement de l'armée; On l'avait placé dans un état de demi-abdication quand, à Reims, on l'avait empêché de retourner à Paris pour prendre les rônes du gouvernement. Il se traînait à la suite de l'armée, étonnée et confondue, n'ayant plus
même le droit d'ouvrir un avis, et forcé de s'incliner, comme le dernier des soldats, devant des mouvements dont il ne comprenait ni la portée ni le but. Au lieu d'être une force, il était devenu une faiblesse pour les généraux 1 .
« Qui saura jamais ce qui s'est pas^é à l'heure suprême do désastre dans cette âme troublée, qui éprouvait toutes les amertumes de rabaissement après avoir ressenti toutes les joies de la gloire et de la grandeur, et cela dans le moment où aux douleurs morales venaient s'ajouter les souffrances physiques? »
L'auteur du Dernier des Napoléon s'exprime ainsi en parlant du Prince Napoléon :
« Le prince Napoléon avait quitté la France pour une excursion dans le Nord. Au premier bruit de la complication Hohenzollern, il s'était arrêté, prêt à rebrousser chemin. Mais le télégramme qui lui apporta le désistement du candidat prussien lui mandait que tout prétexte de conflit était éteint. Le Prince s'enfonça dans les steppes de la Norwège. Tout à coup le télégraphe le rappela. Il traversa rapidement la distance, recueillant chemin faisant les impressions des peuples et des gouvernements sur ces malheureux événements.
1. Il n'est pas inutile de rappeler en quels termes énergiques le Prince Napoléon, dans le conseil tenu à Châlons le H août 1870, caractérisait la position équivoque dans laquelle se trouvait l'Empereur.
« Pour cette guerre, disait le Prince, vous avez abdiqué à Paris le gouvernement; à Metz, vous venez d'abdiquer le commandement. A moins de passer en Belgique, il faut que vous repreniez l'un ou l'autre. Pour le commandement, c'est impossible. Pour le gouvernement, c'est difficile et périlleux, car il faut rentrer à Paris. Mais, que diable, si nous devons tomber, au moins tombons comme des nommes! »
Quant aux circonstances qui empêchèrent le retour de l'Empereur à Paris, elles appartiennent à l'histoire, et tout le monde les connaît.
c< Son arrivée subite à Paris mit le comble au désarroi. Le Prince revenait avec l'impression de réprobation universelle qui, au dehors, avait déjà condamné cette déclaration de guerre insensée. Il connaissait à fond Tincurie de l'administration impériale et l'incapacité de cette franc-maçonnerie de courtisans qui tenaient toutes les charges et barraient toutes les avenues du pouvoir. Il ne se faisait aucune illusion sur les désastres qu'on venait de déchaîner. Le Prince courut à l'Empereur, s'en exprima avec une furia indignée, et termina son réquisitoire par ces mots : « Tout est f...ini, et nous avec ! »
« Cependant le Prince n'entendait pas périr sans tenter un effort suprême, et il indiqua avec une grande sagacité le seul moyen de sauver encore la situation : organiser une formidable diversion dans la Baltique. Le Prince s'offrit pour se mettre à la tête de l'expédition, déploya toutes les ressources imaginables pour former l'escadre et le corps expéditionnaire.
« Hais ici se révéla un mauvais génie que l'opinion publique ne connaît pas encore assez, mais que la France, mieux édifiée, vouera un jour à l'exécration de ses enfants : c'est l'amiral Rigault de Genouilly.
« L'amiral savait que le département de la marine, malgré les sommes colossales dissipées depuis quinze ans, manquait de tout, qu'un désordre indicible paralysait chaque impulsion à travers toute la machine, et qu'au dernier moment on ne trouverait même pas des cartes de la Baltique 1 ! Il ne visa qu'à deux choses : empêcher à tout prix toute ingérance et tout contrôle