‹ Le prince impérial: Napoléon IVChapitre 61 sur 90 · SERVICE ACTIF · texte numérisé non relu

SERVICE ACTIF

Expédition à Yucatan, 1867. Mentionné dans les dépêches de Guerre de l'Afrique du Sud, 1 879. Campagne du Zoulouland : services spéciaux comme député assistant au quartier-maître général. Mentionné pour ses services lors du nanfrage du vaisseau transport « Clyde », à destination de l'Afrique du Sud. Dépêche à la Gazette de Londres, 7 mai 1879. Médaille avec barrette.

Le capitaine Carey a passé ses examens définitifs au collège de l'État-Major en 1878.

Est décédé à Kurrachee, Bombay, le 22 février 1883.

Pour traduction conforme à Voriginal écrit en langue anglaise, signé et paraphé par moi sous le n° 9998. — Ne vaHetur.

Paris, le 16 février 1890.

Le traducteur attermenté près la Cour d'appel de Paris,

Timbre du Traducteur. M. Weiskopf. *

Vu par nous, maire du IX e arrondissement de Paris, pour légalisation de la signature de M. Weiskopf, apposée ci-dessus :

Paris, le 17 février 1890. G. ChAIN,

, , Adjoint.

Timbre de la Mairie.

En lisant les états de service du lieutenant, puis capitaine Carey, on est tout étonné de voir que, loin de prouver que Carey fût un lâche, ils démontrent au contraire que c'était un bon et brave soldat. Mentionné plusieurs fois dans les dépèches; ce qui correspond pour nous à : Cité à Vordre de Varmée^ il a, dans différentes circonstances, montré un dévoûment et un courage exceptionnels, notamment lors de naufrage du vaisseau Clyde. Sa conduite à l'égard du Prince Impérial, dans cette reconnaissance, dont il avait sollicité le commandement et où trois de ses compagnons ont trouvé la mort, n'en est que plus inexplicable et plus incompréhensible.

Lors des funérailles du Prince Impérial, j'allai trouver J. Lomas, son palefrenier-ordonnance, et veux reproduire, telle que je l'envoyai alors au Gaulois, la conversation que j'eus avec lui :

« L'ordonnance du Prince — et non l'officier d'ordonnance comme l'ont dit, à tort, plusieurs journaux, — est marié et père de famille.

« Il a un fils et une fille, l'un de trois, l'autre de quatre ans. Pendant qu'il servait au Gap, sa femme, habitant le Worcestershire, veillait sur les enfants et vaquait aux soins du home... Malgré l'attitude circonspecte et silencieuse de Lomas, j'eus la véritable bonne fortune de mériter sa confiance. — Je sais, lui dis-je, que c'est vous qui avez été à la recherche du malheureux Prince, et qui avez découvert le corps : dites-moi dans quelles circonstances vous avez accompli votre triste et courageuse mission ?

— ^C'était le 2 juin, a répondu Lomas. Envoyé à la recherche de mon infortuné maître, je me suis dirigé v ers le kraal où la reconnaissance avait eu lieu. J'ai re-

uvé le corps du Prince dans un ravin, un petit tor-

rent desséché... Le Prince était sur le dos... Je le relevai, et je vis sous sa tête un médaillon avec une petite chaîne*.. La figure du mort était pleine de noblesse et presque souriante...

— Gomment expliquez-vous que les Zoulous, après avoir dépouillé ce cadavre, aient laissé le médaillon?

— Les Zoulous sont superstitieux. Ils considèrent qu'un souvenir porté par un mort est un objet fatal qui a porté malheur. Ils se gardent alors de toucher aux objets qui, d'après leurs préjugés, peuvent «retourner » contre eux la fatalité dont leur ennemi a^été victime. Ils ont encore une autre croyance à l'endroit des morts : ils se figurent que, si le cadavre de leur ennemi se tuméfiait, ils seraient bientôt eux-mêmes en proie à des douleurs d'entrailles. Aussi, lorsqu'ils ont le temps, ils arrachent les intestins du corps de l'ennemi tombé; mais, s'ils sont inquiétés et pressés, ils se contentent de plonger la zagaie dans le nomfbril, comme ils ont fait sur le cadavre du Prince.

— Combien avez-vous compté de blessures ?

— Dix-huit : dans la tête, dans l'œil, dans la lèvre déchirée, dans la mâchoire, dont une dent a été cassée. Le bras gauche a été fracassé, ou plutôt haché. Tousles coups ont porté dans la poitrine : il n'y avait aucune blessure aux jambes.

— Pourquoi le bras droit a-t-il été épargné ?

— Le Prince a dû se servir de son bras gauche comme d'un bouclier, pour faire face à l'ennemi. Du reste, ce que j'ai vu prouve qu'il a combattu vaillamment avant de mourir. Il a sûrement tiré des coups.de revolver, et il a dû atteindre des Zoulous... Dans les alentours de l'endroit où la surprise a eu lieu, les hautes herbes étaient foulées ; on voyait des traces de gens qui avaient dû se traîner par terre, et des repaires de Zoulous où il y avait du sang... Seulement les Gafres n'ont

jamais l'habitude de laisser leurs morts lorsqu'ils peuvent les emporter...

J'ai retrouvé sur le champ du combat une chaussette et les éperons du Prince.

— De quelle façon expliquez-vous que le lieutenant Garey ait pu abandonner le Prince? Les officiers anglais ont une renommée de bravoure qui concorde mal avec un pareil acte de faiblesse.

— Je ne connaissais pas le lieutenant Garey avant la catastrophe : je ne Tai vu qu'après. Il était atterré, et ne répondait que par des monosyllabes à toutes les questions.

Ses premières paroles, après la fuite, ont été compromettantes pour lui. Depuis, il a dû réfléchir et se faire un système de justification. Pour moi, je crois qu'il y a eu panique, et que cet officier a manqué de sang-froid. S'il avait été plus maître de lui-même, le malheur ne serait pas arrivé...

James Lomas m'a ensuite donné divers renseignements sur la translation du corps du Prince en Angleterre.

— Après être revenu au camp avec mon précieux fardeau, a dit Lomas, aidé du valet de chambre du Prince, j'ai lavé le corps, que l'on coucha ensuite sur une couverture de lit de camp. L'embaumement eut lieu par les soins du docteur Scott. Gomme on n'avait pas de plomb pour le cercueil, on souda de longues boîtes à thé en zinc, où le corps fut placé.

Le capitaine Bullar y enferma les papiers particuliers du Prince, devant témoins.

Lorsque le cercueil fut ouvert, le 8, à Petermaritz-

burg, le corps du Prince était très bien conservé. On a

eu tort de procéder à cette opération avant l'arrivée en

Angleterre. Le docteur Scott avait pourtant fait toutes

*s recommandations nécessaires à cet égard. A l'ou-

verture du cercueil à Woolwich, par suite des imprudences commises, le corps était méconnaissable.

— Mais, demandai-je, comment n'avez-vous pas accompagné le Prince dans la fatale reconnaissance?

— Quand il se mit en selle pour partir, je lui fis observer que le Zoulou qui l'accompagnait était mal monté, et je lui offris de partir à sa place. Le Prince me remercia, disant que l'expédition n'était pas dangereuse et ne serait que de courte durée. Le Zoulou rCa plus reparu. A-t-il été tué ou fait prisonnier? a-t-il trahi ? Je crois que c'était un honnête serviteur, et je suis intimement persuadé qu'il a été massacré par ses compatriotes.

Ajoutons que James Lomas est décoré de cinq ou six médailles de campagne, parmi lesquelles figurent celles de Grimée et des Indes. »

Un récit du Daily Telegraph, suivi d'un résumé des débats de la Cour martiale appelée à juger la conduite du lieutenant Garey, laisse dans le vague à qui incombe 1$ responsabilité de ce fatal événement.

On éprouve à sa lecture l'impression que tout ce qu'il dit n'a qu'un but : justifier sa conduite; que sa narration est un tissu de mensonges sous lesquels il cherche à cacher sa lâcheté ou sa trahison.

Voilà un lieutenant de l'armée de la Reine qui, à l'apparition de quelques Zoulous, se sauve au galop, sans s'occuper de ses compagnons et n'est suivi que d'un seul homme. Et lui, le chef, demande à cet homme : « Croyez-vous qu'il soit utile de retourner en arrière? »

Et le soldat, lui indiquant des champs qui semblaient pleins de Gafres, lui répond : « Il y a longtemps qu'il est mort, Monsieur ».

Voilà un soldat auquel son officier fait fort bien de demander conseil sur la conduite qu'il doit tenir ! car,

non seulement il lui donne celui de décamper, mais, lui montrant des champs qui semblent pleins de Cafres, il a deviné, lui, que le Prince est mort depuis longtemps, tandis que Carey aimait à se figurer que, aussi brave et aussi heureux que lui, le Prince était loin des figures noires.

Du reste, le colonel Harrison prouve d'une façon péremptoire que le récit de Garey est, en effet, un tissu de mensonges.

Appelé devant la Cour martiale, le colonel déclare que Garey avait été envoyé comme officier commandant , et qu'en conséquence, il devait avoir le commandement de l'expédition, le Prince, lui, ayant reçu Tordre de faire une exploration plus complète du terrain.

Le colonel déclare également qu'il a confié le Prince à la garde du lieutenant Garey. Enfin, au cours de son interrogatoire, le colonel Harrison ajoute que, « lorsque le Prince fut attaché à son département, il eut pour instruction de ne pas le traiter en personnage royal au point de vue de l'escorte, mais comme tout autre officier, en prenant les précautions voulues ».

C'est donc à Carey que le Prince fut confié , c'est lui qui devait prendre les précautions nécessaires. On sait maintenant comment il s'est acquitté de sa mission. Mais, en déclarant que Carey avait le commandement de l'expédition, n'est-ce pas dire, en toutes lettres, que celui-ci a menti lorsqu'il déclare, k avec un luxe de détails qui feraient au moins honneur à son imagination, que c'est le Prince qui commandait au moment de la surprise, et que c'est lui qui a crié : « Préparez-vous à monter ! » puis : « Montez ! »

Dans toutes les opérations militaires il n'y a jamais

deux commandants â la fois. Le Prince pouvait deman-

1û ,r à aller à droite, à gauche, pour satisfaire aux néces-

*,s du travail qui lui était confié ; mais c'était Carey

qui commandait les hommes, le colonel Harrison Ta déclaré, et cela était d'autant plus logique que Garey était le supérieur hiérarchique du Prince Impérial et qu'il était Anglais.

Il tombe sous le sens que, confiant le Prince Impérial au lieutenant Garey, on n'aurait pas placé le lieutenant Garey sous les ordres du Prince Impérial.

Enfin, n'est-il pas bien étrange que les Zoulous, voulant surprendre quelques ennemis qui avaient imprudemment choisi un bas-fond, entouré de grandes herbes et de champs de maïs, pour desseller leurs chevaux et faire la sieste, d'après les ordres de Garey, aient attendu pour combattre ceux qui quelques instants auparavant étaient couchés par terre, que le plus grand nombre fût remonté à cheval, le lieutenant Carey un des premiers?

De là à admettre que Garey fût non seulement un lâche, mais encore l'agent d'un parti politique qui avait intérêt à se défaire du Prince, il n'y avait qu'un pas. Et l'on comprendra que bien des personnes sensées l'aient franchi.

En politique, point de justice, point de morale. Il faut atteindre impitoyablement le but qu'on s'est 'proposé : l'assassinat n'est plus un crime, mais un moyen d'action.

J'espère que le lecteur sait à quoi s'en tenir sur les prétendus suicides du sultan Abdul-Aziz, du roi de Bavière Louis H et de l'archiduc Rodolphe.

Du reste, rien de plus probable et de plus possible que le lieutenant Carey ait été l'instrument d'un parti politique. Get officier avait parcouru la France, à l'insu de son gouvernement et du ministère dont il dépendait, pendant nos défaites de 1870-1871 et nos troubles de la Commune, ce qui est ignoré de tout le monde. Avec qui n'a-t-il pas pu s'aboucher?

Voici deux lettres que le chef de cabinet du ministre de la Guerre anglais m'a fait l'honneur de m'adresser le môme jour; elles ouvrent un vaste champ à toutes les suppositions :

Première lettre.

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