‹ Le prince impérial: Napoléon IVChapitre 62 sur 90 · WAR OFFICE · texte numérisé non relu

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Monsieur,

Paris, 25 mars 1890.

J'ai l'honneur d'accuser réception de votre lettre du 22 courant. Le lieutenant Garey, d'après ses états de service, n'a pas servi dans les ambulances anglaises militaires ; il n'est pas impossible que le lieutenant Garey ait servi dans quelque ambulance appartenant à une des nombreuses sociétés de bienfaisance non en relation avec l'administration de l'armée ; mais, d'après les recherches que je viens de faire, je suis presque sûr que le lieutenant Garey n'a jamais servi dans aucune ambulance, soit militaire, soit civile.

Je regrette de ne pouvoir vous fournir des informations plus précises, et je vous prie, en même temps, de vouloir bien me pardonner si ma lettre montre un peu rudement que j'ai perdu un peu l'habitude d'écrire le français 1 .

Agréez, Monsieur, mes sentiments les plus distingués.

G. Fleetwood Wilson,

Chef du Cabinet.

Comte d'Hérisson.

Deuxième lettre.

™R OFFICE ' 25 mars 1890.

Monsieur,

D'après des informations que je viens de recevoir à l'instant môme, il parait que le lieutenant Garey fut attaché aux

1 . Combien d'officiers, à notre ministère de la guerre, voudraient ^e l'anglais comme M. Fleetwood Wilson écrit le français 1

ambulances de la Société a British National for aid to sick and wounded in war » pendant la guerre franco-allemande, en

isio-isîi.

Il paraît que le lieutenant Garey resta quelques semaines à Boulogne (du 24 janvier jusqu'au 10 février) au service de la Société.

Agréez, Monsieur, mes sentiments très distingués.

G. Flketwood Wilson.

Comte d'Hérisson.

M. Johnston,le collaborateur plein de talent du Figaro à Londres, a été le premier qui ait parlé au lieutenant Garey lors de son retour en Europe. J'ai désiré avoir son impression à la suite de cet entretien. Je suis heureux de pouvoir la donner ici :

4 juin, 410, Fuiham Road s. w.

Monsieur et cher confrère,

Certes non, je n'ai pas oublié notre trop courte entrevue, et, répondant à vos questions, je suis heureux de renouer des relations avec vous.

J'ai interwiewé Garey à Plymouth lors de son retour en Europe, et je suis même le premier des journalistes anglais ou français qui ait eu un entretien avec lui à bord du navire qui le ramenait en Angleterre. Il n'avait pas eu le temps de préparer ses réponses adx questions que j'allais lui poser, et j'ai pu me former une idée à peu près exacte de l'homme et de son caractère.

Je ne crois pas que Garey ait été lâche dans la rigoureuse acception du mot; mais je suis convaincu qu'il ne comprenait pas la lourde responsabilité qui pesait sur lui. Lorsqu'il me conta par le menu les détails de l'événement, à chaque instant revenait dans son récit cette phrase : « Dans la guerre du Zoulouland, tout homme démonté est un ho m nie mort ». Partant de ce sentiment, quand il s'aperçut que le Prince Impérial n'était pas avec les fuyards» il crut inutile d'aller à son secours, supposant que déjà l'infortuné jeune homme était tué.

Puis il ajoutait : « On ne peut juger en Europe cette guerre

a06 LE PRINCE IMPÉRIAL.

de sauvage, où chacun cherche à sauver sa peau. » Carey avait déjà donné des preuves indiscutables de courage, et je persiste à croire que dans cette dernière occasion il a été inconscient. En réalité, il avait raison : quand il reconnut l'absence du Prince, ce dernier n'existait plus, et Carey n'a pas songé un instant qu'il était de son devoir de soldat de s'assurer au moins qu'il ne se trompait pas. Il a traité le Prince comme il eût traité un des cavaliers de sa troupe, pour lequel il ne se serait pas dévoué en aucun cas.

Officier, il devait veiller au sort de ses hommes, ce qu'il n'a pas fait, et c'est, je crois, sa plus grande faute, cette faute qui a amené un malheur irréparable. Quand il a commandé : « A cheval 1 » son devoir eût été de ne partir que le dernier, au lieu de prendre la têle du peloton, et c'est ce que je lui ai fait observer. A cela il m'a répondu qu'il n'avait pas pris la tête de la troupe, mais que, croyant tout le monde en selle, il avait été entraîné par ses cavaliers, toujours en vertu de ce principe qu'en Afrique on cherche d'abord à sauver sa peau, « Et puis, m'a dit Carey, je n'aurais jamais pu déterminer mes soldats à retourner sur leurs pas. » Ici, je pense que Carey était dans le vrai, et son grand tort a été de ne pas donner un exemple qui peut-être eût été suivi.

Quant à cette légende qui fait de Carey l'instrument d'une machination politique, elle n'est pas admissible un seul instant, à mon avis tout au moins ; elle est d'ailleurs en contradiction avec la lâcheté qui lui est prêtée, car il pouvait tomber victime du complot; et ce n'était pas lui qui avait choisi le lieu de campement, et l'on sait qu'il ne se souciait pas d'être accompagné par le Prince ou de l'accompagner, et l'on ignore encore à peu près quel était le réel commandant de l'escorte.

Vous m'avez demandé mon opinion : elle n'est pas sans doute conforme à celle de bien des gens, mais j'ai pu me la former surtout après ma première entrevue avec Carey.

En résumé, selon moi, ce n'était pas un lâche. Il s'imaginait obéir aux lois de la guerre dans ce pays, et je suis convaincu qu'il eût laissé le Prince de Galles dans le péril,

Time il y a laissé le Prince Impérial. Il aurait pu être un

héros, son défaut d'initiative en a fait un être méprisable. Agréez, Monsieur et cher confrère, l'assurance de mes sentiments dévoués, ,

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