I, EGLISE DE L ABBAYE A FARXBOROUGH
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moire du Prince un monument digne de la grande nation qui le pleurait. La première pensée qui était venue aux souscripteurs était que les portes de l'abbaye de Westminster s'ouvrissent pour recevoir et garder ce souvenir en l'associant avec toutes les précieuses reliques nationales dont l'abbaye est la dépositaire. Le gouvernement anglais d'alors, auquel présidait Gladstone, ne voulut ou n'osa entrer dans cette pensée. Me sera-t-il permis de remarquer, après tant d'années écoulées, que ce refus ajouta un froissement et un grief de plus à tous ceux qui séparaient la Reine de son ministre ? Victoria donna une des chapelles de son église de Saint-George, dans le château de Windsor, sépulture des princes de la présente dynastie, pour qu'on y plaçât le monument de reconnaissance nationale envers l'auguste soldat tombé à lUyothiosi. Il consiste en une statue qui reste une des plus belles œuvres du sculpteur Boehm et qui représente le Prince couché comme les hommes du moyen âge sur leur tombe. D'un côté est gravée la belle prière du Prince qu'on a lue plus haut et, de l'autre, une inscription rappelle les circonstances de sa mort héroïque. Le vitrail de la chapelle porte les armoiries impériales.
Mais le monument le plus considérable qui ait été élevé à la mémoire du Prince et à celle de l'Empereur Napoléon est l'église que l'Impératrice a fait construire pour leur servir de sépulture sur une colline qui se dresse en face de son château de Farnborough. C'est là, au milieu d'une pinède solitaire, qu'un architecte français, M. Destailleur, a bâti cette belle église dont la crypte a reçu la dépouille de Napoléon III et de son fils le 9 janvier 1888. Quatre reUgieux, de l'ordre des Prémontrés, devaient en être les gardiens. Mais les bâtiments où ils devaient résider se sont peu à peu agrandis et ont pris les proportions d'une imposante abbaye où une congrégation de Bénédictins exilés de France poursuit ses pieux et savants travaux.
La chapelle souterraine s'étend sous le chœur de l'église.
A droite et à gauche, la tombe du père et celle du fils. Une troisième place demeure vide. Puisse-t-elle le demeurer longtemps encore !
Chaque année, lorsque revient l'anniversaire du i^^^ juin, un homme descend dans la crypte. Ce pèlerin silencieux et grave, qui ne recherche ni ne fuit l'attention, est un de nos glorieux soldats ; il a porté le nom de la France sous un soleil encore plus brûlant que celui qui a éclairé la journée fatale d'Illyothiosi.... O mon Prince, est-ce que vous ne tressaillez pas dans votre lit funèbre lorsque cette main loyale, que vous serriez avec tant d'affection, dépose une couronne venue de France sur le granit de votre tombe ? Il est seul, mais il porte en lui l'âme de cette armée française que vous aimiez tant et qui ne vous oubliera pas.
Ma tâche est terminée. Elle m'a paru, à certaines heures, pénible à remplir. Et pourtant je la quitte avec un regret profond, car je sens qu'en ce moment je dis adieu à mon Prince pour la dernière fois.
L'ai-je, du moins, remplie, cette tâche, telle que je me l'étais proposée ? L'ai-je remplie tout entière et sans y mêler aucune pensée étrangère ou accessoire qui en eût détruit l'unité ?
Je n'ai pas voulu faire œuvre de partisan, ranimer des polémiques éteintes, satisfaire de vieilles rancunes ou glorifier des amis disparus, moins encore faire du Prince, qui est couché depuis plus de trente ans dans la tombe, l'avocat posthume d'une cause dont il ne peut plus être le champion. Le parti auquel j'ai eu l'honneur d'appartenir n'a pas l'habitude de transformer une cérémonie funèbre en émeute, et le noble Prince qui est aujourd'hui le chef de la famille Bonaparte serait le premier à me
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blâmer si j'essayais de faire une manœuvre politique du pieux hommage que je rends à son cousin.
Il est vrai que je rencontre souvent des gens qui me disent, avec un soupir : « Ah ! si votre Prince avait vécu !... » Je ne puis m'empêcher de remarquer qu'ils sont plus nombreux tous les jours. Pourquoi ? Serait-ce que les temps qui devaient, dans la pensée du Prince, rendre son apparition nécessaire, et qu'il croyait près de venir en 1876 et en 1877, ces temps de crise aiguë, de malaise insupportable, retardés pendant vingt-cinq ans par la politique des temporiseurs, sont enfin venus, et que « ces blocs de granit » dont il parlait, ces assises de la société moderne jetées sur notre sol par son grand-oncle, sont aujourd'hui rongées par les attaques d'en bas et prêtes à s'effondrer avec l'édifice qu'elles supportent ? Voilà, peut-être, pourquoi l'on porte les regards en arrière et pourquoi l'on dit : « Ah ! s'il avait vécu ! s'il était là ! »
Cette phrase a dû se trouver plus d'une fois sur les lèvres d'un royahste déçu ou d'un républicain désabusé, d'un libéral qui ne pouvait comprendre comment le gouvernement des intelligences était devenu suspect à la démocratie, d'un catholique navré devant ses églises désertes et ruinées, d'un patriote qui n'osait plus rêver la revanche ni même parler d'honneur national, d'un humble rentier qui se voyait dénoncé et flétri comme « capitaliste », d'un commerçant chez qui une main ironique et brutale éteignait les lumières à l'heure de la vente, de tous ceux, enfin, qui souffrent et se plaignent. Ce livre les aidera à préciser leur vague regret. Il leur montrera non quelle fut la politique de ce jeune homme en ce qui touche des détails oubliés et des personnalités évanouies, mais quel fut son idéal et comment il comprenait la destinée de la France ainsi que la mission des Napoléons. J'avoue que mon ambition va encore plus loin. Je prétends lui faire des amis parmi ceux qui n'ont ni regret du passé ni crainte de l'avenir et qui espèrent assister, sous le régime actuel,
à un nouvel épanouissement de la grandeur française. Il me suffit qu'ils soient humains, intelligents, Français de cœur et qu'ils soient capables de s'apitoyer sur les grandes tragédies de l'histoire : ils seront obhgés de plaindre et d'aimer mon Prince qui fut tout cela, en qui apparaissent, dans leur suprême puissance, tous les dons qu'ils admirent. Et ne me dites pas qu'ils ne viendront pas, qu'ils ne peuvent venir au Prince, car, en vérité, ils y sont venus. Je pouvais en douter avant la conférence que j'ai faite à Paris le 3 mars 191 1. Mais l'accueil fait, ce jour-là, à l'image que j'évoquais, et auquel se sont associés des hommes des opinions les plus diverses, m'a pleinement convaincu que, si le corps du Prince repose encore en terre anglaise, son souvenir est dans le cœur de tous les Français. Plus significatifs encore ont été les commentaires des journaux après la publication de la conférence. Les sympathies les plus touchantes sont venues d'un côté de l'horizon politique d'où il n'aurait fallu attendre, il y a trente ans, que des sarcasmes blessants.
Les fils n'ont rien voulu garder des amers et implacables ressentiments des pères. Ils regardent avec émotion, à travers la distance des années, cette jeune et héroïque figure. Elle leur apparaît encore plus lointaine parce que des vertus chevaleresques d'un autre âge semblent la faire contemporaine d'un d'Assas ou d'un La Tour d'Auvergne. Il est tombé à vingt-trois ans : donc il n'aura jamais un jour de plus ; il demeure et demeurera le Prince de la jeunesse qui sent en lui tous les rêves, toutes les ardeurs dont elle frémit. Il n'a pas régné : donc il ne laisse point derrière lui une longue série d'actes que l'histoire scrute et discute. Si la postérité s'intéresse à Napoléon II, l'Empereur d'une après-midi, mort d'ennui dans sa prison princière, pauvre ombre indécise dont il nous faut deviner les velléités déçues et les aspirations étouffées, combien n'ai-je pas le droit de réclamer plus d'intérêt et de sympathie pour cet autre
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aiglon qui fut vraiment conscient de lui-même et qui eut le temps de dire ce qu'il était et ce qu'il voulait, d'exprimer son idéal avant de mourir !
Je ne crois pas qu'il ait vécu en vain. Car on sent que ce qu'il aurait pu être dépasse en grandeur ce que tant d'autres ont été après qu'un long règne leur avait été donné pour se faire un nom. Français, soldat et prince, il laisse derrière lui mieux que des discours et plus que des actes : une tradition.
Il y avait, dans la galerie de Camden Place, un buste en marbre de Machiavel, dont nous nous arrêtions quelquefois à considérer le masque ironique. Le Prince me fit un jour quelques questions sur le secrétaire de la République Florentine et sur son oeuvre. Je lui dis : « On trouve dans le Prince le manuel de la vieille politique, de celle qui gouvernait les hommes par la fraude et la violence et qui les trompait ou les opprimait même quand elle voulait leur faire du bien. — Vraiment ? dit malicieusement le Prince Impérial, il faudra que je lise cela ! »
Je ne sais s'il a réalisé cette idée, mais il me semble que son image pourrait se dresser, comme une antithèse et une leçon, en regard du Prince de Machiavel.
APPENDICES
^■^/Ç oiJ-ri rf y~i eec-r" .-1 r 7 1 yi a y-f -/et il ./fCiiiZ en t^ Cil-icc- JV^-zi.
PAGK D'ÉCRITITRE du TRIXCE IMPÉRIAL (I4 MARS 1865).
D'aprH l'origiiinl ( provenayit de M, MonnîerJ, appartenant aujourd'hui à M. l'altbé Misset. (La première ligne est de la main de M. Monnier.)
Le Prince I.m
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LETTRE DU PRINCE IMPERIAL AU CAPITAINE BIGGE (Lord Stamfordham).
{Traduction.)
Florence, 20 janvier 1877.
Mon cher Bigge,
Votre aimable lettre m'a fait grand plaisir ; mais j'ai appris avec peine le fâcheux accident qui vous est arrivé, à vous et au pauvre Slade. J'espère que votre chute sur le nez n'a pas trop endommagé votre beauté.
J'ai été à Venise et à Mantoue; j'ai visité les champs de bataille de Magenta et de Solférino et je dois dire que, depuis que je suis en Italie, j'ai été vivement intéressé par tout ce que j'ai vu. Aussi aurai-je un tas de choses à vous raconter lorsque je serai de retour en Angleterre ; mais, en ce moment, je suis si occupé que le temps me manque pour vous donner un récit détaillé de mes faits et gestes.
Si vous le permettez, je vous donnerai aujourd'hui mon humble opinion sur la meilleure manière d'obtenir des recrues dans un miheu social un peu plus élevé, en vue de populariser le service militaire dans le pays tout entier.
Nous avons souvent parlé de la conscription et vous savez déjà que je considère le service obligatoire comme impossible en Angleterre : d'abord, parce qu'il est en contradiction avec toutes les idées et toutes les traditions britanniques, et, en second lieu, parce que, l'Angleterre étant obligée d'entretenir la plus grande partie de son armée dans l'Inde et dans ses autres possessions lointaines, cette armée est composée, nécessairement, de soldats professionnels qui regardent le service mihtaire comme l'emploi de toute leur existence. La question est donc d'obtenir du pays les hommes les plus capables. On peut atteindre ce résultat en augmentant la paie et surtout la considération dont jouissent les soldats dans le pays. En effet, les hommes et, plus que les autres, les soldats ont
leur amour-propre ; d'ailleurs, quand ils quittent le service, ils doivent trouver de bonnes situations comme en France et en Allemagne.
Ce problême est difficile à résoudre. Je crois que la solution est celle-ci : 1° Il faut changer les conditions dans lesquelles ont lieu le recrutement et l'avancement des officiers ; 2° il faut assurer une meilleure retraite et un emploi du gouvernement aux hommes qui quittent le service avec un certificat de bonne conduite ; 3° il faut créer deux ou trois écoles où les enfants des soldats recevront une bonne éducation et une éducation militaire.
Je crois que c'est une grande erreur de prendre les officiers exclusivement au concours. Je suis tout à fait convaincu qu'un homme peut être très instruit et très intelligent et être un mauvais officier ; et, puisqu'un examen peut seulement donner la mesure de son savoir, cet examen est une garantie insuffisante de sa capacité.
Je propose d'établir en Angleterre ce qui, je crois, existait autrefois en France et ce qui existe encore actuellement en Allemagne : les « Cadets ».
Un cadet, pour devenir officier, doit passer par les rangs et servir, pendant un certain temps, comme simple soldat, exactement assimilé aux autres hommes en ce qui touche le service journalier, mais avec la faculté de suivre certains cours et de remplir successivement les fonctions de caporal, de sergent, de sergentmajor, en sorte qu'il possède à fond tous les détails du service. Quant aux privilèges accordés à ces futurs officiers, je voudrais qu'ils fussent très peu nombreux. On pourrait les exempter des gros ouvrages malpropres et leur permettre de dîner au mess avec les officiers lorsqu'ils y sont invités. Après huit ou neuf mois de ce régime, leurs chefs pourraient les autoriser à se présenter aux examens qui donnent accès à l'école militaire : là, ils passeraient environ dix-huit mois et recevraient, en sortant, leur brevet d'officier.
Voici quels seraient les avantages d'un tel système :
1° On pourrait étudier à fond le caractère et les qualités morales des cadets pendant leur séjour au régiment ;
2° Comme les connaissances pratiques seraient obtenues avant les connaissances théoriques, l'acquisition de celles-ci se trouverait simplifiée et l'officier, une fois en possession de son brevet, n'aurait plus rien à apprendre ;
3° Le contact des simples soldats avec des hommes bien élevés et la perspective ouverte devant ceux-là de monter en grade s'ils réussissent à acquérir les connaissances nécessaires, feront presque d'eux des gentlemen et ajouteront, par conséquent, à leur considération.
Le gouvernement pourrait facilement élever le taux des retraites sans accroître
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