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oubliaient de faire le signe de croix ». I était alors courant d'entendre soutenir en chaire que.« les riches ne sent que les dépositaires des richesses dont ils jouissent »; et le Père Griffet lançait énergiquement: « Les pauvres viennent en suppliant, mais qui doute, chrétiens, qu’ils ne fussent en droit de se présenter l’évangile à la main, disant : « Rendez-nous ce qui nous appartient (1). »
L'histoire, le roman, le théâtre entretenaient sur les mots de communauté, d'égalité, d'état de nature, une exaltation qui se maintint jusqu’à la Révolution. Parmi les auteurs qui y contribuèrent il y a lieu de citer Beaumarchais qui, en attaquant les privilégiés, avait eu de sérieuses difficultés pour faire jouer Le Mariage de Figaro et ne l’avait emporté que grâce à l’opinion, après un procès fameux. La question de l’inégalité des conditions fut également portée au théàtre par Colin d’'Harleville.
À mesure que l’on approche de la Révolution les ouvrages de critique contre la société se font plus violents. Ces dernières années furent d’une très grande fécondité littéraire; les questions les plus diverses y étaient abordées.
Dans ce déchaînement contre les abus il ressort surtout que c'était de la suppression des privilèges, de l’égalité devant la loi qu’on attendait les plus heureux effets.
Verneuil, dans son Essai sur les réformes à faire dans notre législation criminelle, écrivait en 1781 : « Il semble que le moment approche où les droits de l’homme et l’intérêt du corps social vont être justement appréciés. Il règne une sorte de fermentation dans les esprits. » Brissot de Warville répandait avec vigueur des théories renouvelées de Rousseau. Marat, le « futur ami du peuple », publia en 1780 son Plan de législation criminelle où il déplore « l’injustice des lois faites par l’oppresseur contre le faible au bénéfice du riche contre le pauvre ».
Pétion de Villeneuve exprimait des idées analogues.
(1) LICHTENBERGER, Op. cit.
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Il y a lieu de citer aussi Monsodive qui, dans la Sentinelle du Peuple, invectivait les nobles et les privilégiés. Quelques écrits allaient beaucoup plus loin et rêvaient d’une transformation complète dans le sens égalitaire ou communiste, Sylvain Maréchal et Babeuf avaient écrit avant la Révolution et leurs articles, qui étaient déjà des attaques violentes contre la royauté et contre l’inégalité, s’élevaient jusqu’au ton de menaces. « Nous sommes trois contre un, écrit Maréchal... Notre intention est de rétablir pour toujours les choses sur l’ancien pied, sur l’état primitif, c’est-à-dire sur la plus parfaite et la plus légitime égalité. Mettons la terre en commun entre tous ses habitants. Vivent l’égalité et la liberté (1). » « Le terrain était donc préparé pour les réformes hardies; les moyens violents avaient été pressentis, sinon toujours conseillés. »
Parmi les facteurs d’égalitarisme, il faut enfin signaler le rôle que joua à cette époque la franc-maçonnerie. Certains ont vu dans cette association le support d’une conspiration large et agissante dont les doctrines auraient déclanché la Révolution elle-même. « A vrai dire, beaucoup de francs-maçons s’inspirèrent de Rousseau et répétèrent ses maximes; toutefois, il ne paraît pas que la littérature maçonnique du xvit£r' siècle contienne rien de bien violent, et les histoires de la franc-maçonnerie, abondantes en déclamations générales et en renseignements sur les péripéties de l’ordre, ne nous indiquent nulle part de doctrines communistes formulées avec précision. Il est certain qu’une fraternité et une égalité purement morales suffisaient à la plupart des francs-macons (2). »
Le rôle de l’ordre fut surtout actif dès 1775; à partir de cette date, le nombre des loges augmenta rapidement. On en comptait 700 à la veille de la Révolution. A ce n ment, leur esprit était respectueux et prudent. Elles s entendaient
(1) LICHTENRERGER, Op. cit, pp. 418 et suiv.
(2) IpEM, Cp. cit., pp. 406 et suiv,
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bien avec toutes les autorités. Beaucoup de prêtres y étaient affiliés; les nobles y étaient en grand nombre. Le principe qui servait de base était tout différent de ce qu’il paraît être aujourd’hui. « On y était uni par des articles de foi beaucoup plus que par l’esprit critique »; le fondement était fait d’un certain mysticisme : On y croyait au grand « Architecte de l'Univers », à la bienfaisance, à la tolérance, à l’égalité (1). On y pratiquait légalité en ce sens que nobles et bourgeois qui en faisaient partie y étaient traités sur le même pied; cependant les loges étaient à ce moment rarement démocratiques; les petites gens en étaient exclus.
Aspirant à la fraternité et à l'égalité, enseignant que les hommes sont tous frères, les Francs-Maçons de l’époque rejoignaient en cela le courant philosophique du siècle. Les loges devinrent naturellement un terrain propice et « un moyen commode pour la diffusion des idées du Tiers Etat contre les ordres privilégiés. Avant 1788, elles n'étaient pas révolutionnaires; mais elles étaient des fissures par lesquelles un certain esprit révolutionnaire se répandit en
France (2). »
Il est permis de se demander jusqu’à quel point ce mouvement d'idées philosophiques et cette évolution de l’esprit public sous l’action des faits avaient pénétré dans la masse de la nation. À cette époque le moyen de propagande et de lutte, c’est le livre; on sait d’ailleurs le nombre important d'ouvrages qui furent condamnés ! Mais l’instruction de la masse permettait-elle cette diffusion? L’instruction primaire telle qu’elle est donnée aujourd’hui n'existait pas. L’Etat ne s’en souciait point; seule l'Eglise s’occupait du peuple: mais l’instruction qu’elle donnait alors visait surtout à des fins pratiques ou pieuses.
5) # ° A IT n’en était pas de même de la culture que nous appelons
(1) Mort, Op. cit.
(2) MorN£tr, Op. cit.
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aujourd’hui secondaire et qui était donnée dans les collèges. Celle-fà, s'adressant à une classe aisée, trouvait le moyen de se développer par les conversations, les discussions si à la mode alors et par les lectures. Si bien que d’Argenson a pu noter : « Aujourd’hui chacun lit sa Gazette de Paris, même en province... Dans les petites villes, dans les fermes même, ou chez de petits bourgeois de village, il y a des gens très instruits qui achètent beaucoup de livres et sont abonnés à plusieurs gazettes (1). » -
La mode est aux sociétés savantes ou politiques où l’on cause, où l’on lit, où l’on discute. À Agen, la société prend le nom de.« La Politique ». À côté de l « Association de tous les habitants les plus distingués » il y a une société pour « Les procureurs et petits bourgeois >» et une autre pour « Les gros bonnets du peuple ». À Bordeaux, « Le Musée » qui se fonde prend pour devise « Liberté, Egalité ». Dans toutes les provinces commence à paraître une « Gazette » ou une « Affiche ». Les académies régionales montrent une grande activité. Les sujets qu’elles proposent ‘au concours posent et prétendent résoudre des problèmes agricoles, commerciaux, industriels. « C’est partout une fureur d'apprendre, une fièvre d'intelligence. » Ainsi, dès cette époque, « l'intelligence n’a pas seulement conquis ses droits sociaux et le respect de presque tous contre les dédains des gens bien nés et l’hostilité des gens en place. Elle est devenue le bien commun. Dans tous les milieux en France, toutes les routes de la pensée moderne sont ouvertes et pour tous (2). »
(x) MorNEt, Op. cit., p. 183.
(2) MornEtr, Op. cit.