LES TROIS ÉTATS
Auguste Comte , que l'évolutionisme continue avec de larges compléments et des corrections essentielles,, a distingué trois phases dans le développement intellectuel de l'humanité. Suivant lui, toutes les questions nous sont suggérées par l'action du monde extérieur sur nos organes ; rendre raison des phénomènes sensibles lui paraît l'éternel et l'unique problème. Au début de la réflexion, l'homme, dit le fondateur du positivisme, transporte à toute existence la notion qu'il s'est faite de lui-même ; il s'explique les phénomènes extérieurs par l'action volontaire d'êtres semblables à lui. L'école positiviste désigne sous le nom de fétichisme cette personnification universelle des
causes naturelles, et trouve un reste de fétichisme dans toutes les opinions où une volonté personnelle autre que celle de nos semblables joue un rôle quelconque dans l'univers.
M. Spencer n'admet point cette tendance de l'homme à se projeter au dehors, qui semble en effet peu compatible avec la thèse fondamentale suivant laquelle il ne tirerait rien de lui-même. Suivant ce maître contempomin, tous les cultes, sans exception, proviennent du culte des morts, ou plus exactement des revenants, produit lui-même d'une interprétation naïve du rêve et de l'ombre. Mais cette théorie n'a pas encore eu le temps de conquérir l'opinion ; malgré l'incontestable autorité de son inventeur, nous doutons fort qu'elle parvienne à remplacer celle de Turgot et de Comte. Lors même d'ailleurs que le culte de la nature ne serait pas absolument primitif, il n'en constituerait pas moins une phase importante, et la première connue, dans le développement des peuples qui sont arrivés à la civilisation.
Une nouvelle phase commence lorsque l'expérience continue de la régularité dans la succession des phénomènes et de l'empire que l'homme exerce sur quelques-uns d'entre eux ne permet plus de les attribuer tous indifféremment à l'action volontaire de forces personnelles. Alors l'esprit, toujours préoccupé de la conception des causes , en invente de nouvelles, qu'il doue de propriétés conçues exactement de manière à correspondre aux effets observés. Ce point de vue, qui statue derrière les phénomènes des forces ou une force