INTRODUCTION. — LES TROIS ÉTATS
capable de les produire , est désigné sous le nom de métaphysique. La métaphysique est ainsi une phase que l'intelligence doit nécessairement traverser au cours de son développement.
Cette condition de l'esprit n'est pas la dernière, car la métaphysique ne donne pas ce qu'on en espérait. Les causes invisibles des phénomènes qui composent l'expérience ne sauraient être déterminées avec certitude par aucune opération mentale. Dans ce domaine^ il n'y a pas de démonstration, il n'y a pas d'évidence possibles ; toutes les suppositions , toutes les fictions spéculatives sont également arbitraires. L'esprit , qui ne possède aucun moyen d'atteindre les causes, finit par comprendre que cette connaissance lui serait inutile, et borne son ambition à constater avec une exactitude croissante la nature exacte des phénomènes et les lois de leur enchaînement, en soumettant au calcul les données de l'expérience. Alors la science positive ^ l'ère scientifique, l'ère définitive de l'humanité commence.
L'observation qui a donné naissance à cette théorie des trois états nous paraît juste et féconde. Il n'y a sans doute rien d'absolument tranché dans leur succession; ils existent simultanément dans le même siècle, dans le même peuple, plus encore, dans le même esprit ; mais il reste vrai que l'idéal de la science proprement dite se limite et se définit de la manière indiquée. Si le positivisme n'a pas déterminé sur ce point un progrès dans la conception que l'esprit se
fait de son objet scientifique et de ses forces pour l'atteindre, du moins ne saurait-on lui refuser l'honneur d'avoir enregistré le progrès conquis. C'est un juste sujet de gloire.
Mais le positivisme ne s'en tient pas là ; il parallélise, ou plutôt il identifie le fétichisme avec la religion, -et l'état métaphysique avec la philosophie. Cette identification serait justifiée si l'on admettait la supposition dont elle procède, savoir que la religion, la philosophie ^t la science proprement dite n'ont en réalité qu'un seul et même objet : l'intelligence des phénomènes qui frappent nos sens. Mais le principe nous semble erroné; pour s'en convaincre, nous croyons qu'il aurait suffi d'une application relativement facile de la méthode d'observation, sur laquelle le positivisme prétend se fonder.