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pas d’une source qui leur soit propre, en qualité de propriétaires, mais ils n’en sont investis qüe dans l'exercice de leur charge; les honneurs enfin dont on en toure certains d’entre eux ne vont pas à leur personne mais à leur fonction, à l’autorité qu’ils représentent et à qui seule est due l’obéissance.
S'il n’y a rien ni dans le recrutement des fonctionnaires, ni dans l’exercice de leurs fonctions, qui puisse ressembler à la domination d’une classe, l'égalité se trouve-t-elle violée dans l’administration hiérarchisée par la seule subordination de l’inférieur au supérieur ?
Il faut être aveuglé par la manie égalitaire pour pousser ce principe à de telles conséquences. Laissons là, la chimère de l’égalitarisme dont les partisans peuvent être négligés. Ce que nous entendons par égalité, c’est l'égalité civique et politique, l’égalité du citoyen et non pas de l'humanité. Celle-là n’exclut pas de l’organisation administrative toute différence entre les chefs et les subordonnés.
Le fonctionnaire qui sort de son administration redevient simple citoyen, l’égal du moindre de ses subordonnés; mais dans l’exercice de ses fonctions, pour mener à bien la tâche qui lui a été impartie, il peut, il doit commander à ses inférieurs, exiger leur obéissance.
Ce principe hiérarchique que l’on veut bannir de notre administration sous des prétextes si divers, on
en retrouve des manifestations tout autour de nous.
À l’usine il y a des ouvriers, des contremaîtres, des ingénieurs, des directeurs; dans une banque, vous voyez des employés, des chefs de service, des administrateurs. Il n’y a donc pas que les services publics qui soient hiérarchisés, mais toutes les industries, tous les commerces, en un mot tous les organismes chargés de produire une utilité quelconque le sont aussi depuis les plus considérables, qui comprennent une hiérarchie aux échelons infiniment variés, jusqu'aux plus petits où l’on ne voit que le patron et l’apprenti.
Partout, il y a des chefs et des subordonnés parce dans toute œuvre humaine il faut envisager la conception, la direction et l’exécution. Un homme peut concevoir un édifice merveilleux que ses mains débiles ne sauraient réaliser, il lui faut une main-d'œuvre docile; les corps de métiers qui travaillent les métaux, le bois et la pierre ne sauraient rien construire d’harmonieux, il leur faut l’architecte.
La tâche de l’administration et cela même dans un gouvernement démocratique est identique à celle de l'usine, de la banque et de toutes les industries, il y faut des chefs pour diriger, des hommes qui auront le pouvoir de commander à d’autres et le devoir de les faire plier s’ils résistent.
C'est une inégalité, oui certes, mais elle n’est pas de celles qui dégradent et humilient le subordonné, elle
n’a rien de la servitude, c’est le résultat d’une division
du travail qui s’impose par la force même des choses et dont personne ne cherche à contester sérieusement la nécessité dans les entreprises privées. Elle s’impose avec plus de force encore dans les services publics où l’ordre, la discipline, en un mot la direction est plus difficile à assurer.
Nous avons vu dans un précédent chapitre que l'élection ne pouvait résoudre ce problème du choix des dirigeants à tous les échelons de l’administration, d’abord parce qu’elle donnait le plus souvent le pouvoir non pas au plus compétent mais bien au plus hâbleur et surtout parce que le subordonné tenant sa fonction non pas de l’autorité, qui a la charge d’assurer le service public, mais d’une puissance étrangère, incompétente en la matière, se sentirait indépendant vis-à-vis de ses chefs et en appellerait de leurs décisions au peuple qui les a nommés, ce qui serait la négation de toute espèce de Gouvernement.
Ce serait folie que de vouloir introduire dans l'administration pour le recrutement des chefs un mode qui a été reconnu détestable et banni de l’usine même et de l’atelier, pour le substituer au principe hiérarchique qui réalise la nécessité de la subordination avec tant d'harmonie, et quant au reproche d’être anti-démocratique, justice en a été faite en montrant que la seule égalité revendiquée est l'égalité civique.
Notre principe ne s’oppose pas plus à la forme du Gouvernement démocratique sagement entendu, qu’à
l'égalité qui en est le fondement, mais il est deux tendances auxquelles il se heurte d’une façon irréductible, c’est la démagogie et l’égalitarisme, puisset-il préserver notre démocratie de ces deux écueils qui
malheureusement la menacent.
Dégagée de tous les faux prétextes dont on l’entoure, la campagne menée contre le principe hiérarchique dans notre administration apparaît sous son vrai jour : c’est l’assaut donné au dernier rempart de notre société moderne par les puissances de la révolution sociale et de l’anarchie.
L'heure est grave, il ne faut pas se le cacher car non seulement les pouvoirs publics ont permis à la Révolution de s'organiser dans les Bourses du travail et dans la Confédération Générale du Travail, mais ils ont laissé s’introduire dans l’administration, par les syndicats de fonctionnaires, une organisation étrangère à la hiérarchie et qui constitue une force sur laquelle lé subordonné peut s'appuyer pour se révolter, réduisant à néant l’autorité gouvernementale.
L'action révolutionnaire des syndicats est un fait indiscutable; dans l’Émancipation, organe d’une amicale d’instituteurs, on pouvait lire le 11 mai
« Camarades instituteurs, soyons donc syndiqués,
c’est notre devoir, mais n’oublions pas qu’à côté du syndicat il y a un parti socialiste qui bataille dans le même sens; à l’action directe joignons l’action indirecte, puisqu'on veut bien l’appeler ainsi; pratiquons la double action syndicale et socialiste et attendons avec confiance l’avenir ».
Le soulèvement des fonctionnaires contre la société n’est pas quelque chose de si improbable; nous avons pu voir déjà des grèves de postiers, de cheminots, et même d’agents de police, l'audace de ces syndicats qui n’ont aucune existence légale ne se mesurera qu’à leur force.
Il est certain que les fonctionnaires en poursuivant, par le moyen du syndicat, l'amélioration de leur situation matérielle et la réforme de ladministration qu'avait vicié le favoritisme, sont coupables parce qu’ils ont méconnu le principe hiérarchique qui seul peut présider à l'établissement d’un véritable Gouvernement. Aveuglés par leur intérêt personnel ils lui ont sacrifié l'intérêt général.
Cette faute, l'opinion publique doit leur en tenir rigueur et devant la menace d’un arrêt complet de tous les services publics et des désordres et des troubles qui s’ensuivraient, elle doit exiger d’eux sans la moindre pitié un retour immédiat dans l’ordre. ;
L'administration est faite pour le public; elle n’est pas la chose du fonctionnaire, elle gère les intérêts de la Nation, c’est à elle seule, à ses représentants que
revient le choix des chefs et non pas aux fonctionnaires; ceux d’entre eux qui se sont engagés dans la voie syndicaliste et révolutionnaire devraient comprendre que ce n’est pas ainsi qu'ils attireront l’intérêt et la pitié de l’opinion publique sur leur sort; la réforme de l’administration au point de vue de la situation faite au fonctionnaire passe au second plan car une réforme s'impose et celle-là au nom de l’intérêt national. Il faut extirper de l'administration les éléments étrangers, les ferments révolutionnaires qui s’y sont glissés, restaurer l’ordre naturel qui a été renversé, rétablir la discipline, la hiérarchie.
Ici les critiques les plus sévères vont à certains des gouvernants qui depuis bientôt dix ans ont tenu le pouvoir. On cherche en vain quelle a été leur politique, à définir leur attitude vis-à-vis de ces organisations de fonctionnaires au cours de leur développement si rapide. Un Président du Conseil leur promet son appui, un Ministre les prohibe dans son administration et devant le fait accompli, semble les ignorer, ils ont toujours laissé faire, tantôt avec bienveillance tantôt en se faisant forcer la main, mais s’ils n’ont su ni diriger, ni prévoir, on peut les accuser en outre de n'avoir pas exécuté les Lois.
Nous avons vu que les associations qui ont un but professionnel sont illégales, que les syndicats professionnels des véritables fonctionnaires sont illégaux; il y en a dont les menées sont retentissantes et pas un
n’a été dissous. Nos gouvernements ont été dans la voie des concessions au delà de la mesure du possible. Cette indécision n’a que trop durée, il est facile d’en mesurer les dangers par les progrès faits par l'ennemi.
La tâche qui s'impose au Gouvernement est de faire aboutir au Parlement une loi sur le statut des fonctionnaires qui remédie d’une part au favoritisme et stabilise la situation matérielle des agents de l’État, mais qui, d'autre part s'inspire du principe hiérarchique, qui veut que la direction vienne d’en haut parce qu’il peut seul, nous espérons l’avoir démontré, permettre à un Gouvernement digne de ce nom
de présider aux destinécs de la France.
Vu : Le Président de la Thèse, A. BERTHÉLEMY.
Vu : Le Doyen, P. CAUWÉÈS.