‹ Le Principe Saint-SimonienChapitre 19 sur 19 · BA PER · texte numérisé non relu

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qu'une profonde réorganisation administrative, qui est à l’ordre du jour, pourrait avoir pour résultat de remédier à cet état de choses; notons aussi que, dans le domaine économique, l'intérêt des individus comme celui des entreprises tend — quoi qu'en disent les Saint-Simoniens — à donner à chacun une place en rapport avec sa capacité.

Sur le terrain de la répartition, la société individualiste rétribue chaque citoyen suivant l'utilité de son travail, suivant les services rendus, de sorte que la règle est à peu près la même que dans la société saint-simonienne. Mais doit-on toujours dire, avec les apôtres, que « l'exploitation de l'homme par l’homme » subsiste, puisqu'il existe une minorité de « capitalistes » à côté de la masse des « travailleurs »? Ici une double remarque s'impose.

D'abord, il est faux de dire — comme Enfantin — que la possession d’un capital tend « à constituer dans la société l'existence d’un oisif par transmission jusqu’à l’époque la plus reculée ». Les fortunes actuelles, surtout les plus fortes, sont de date récente (1). Et puis, les sociétés par actions, qui ont permis une concentration énorme des capitaux, ont eu aussi pour résultat de disséminer la propriété des capitaux en un nombre infini de parts. Nombreux sont les travailleurs qui ont réussi à se constituer une épargne et qui n’attendent pas de l'Etat la sécurité de leurs vieux jours.

(1) D’Avenel, Découvertes d'histoire sociale, pp. 10 et 29,

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Du reste, les sociétés d'aujourd'hui ne sont pas incapables d'assurer les hommes contre les risques de l'existence. Les progrès sont lents mais ininterrompus. Limitation de la journée de travail, mesures d'hygiène et de sécurité, lois qui concernent les accidents du travail, l’invalidité ou la vieillesse, la liste est déjà longue et témoigne d’une volonté bien nette d'améliorer sans cesse la condition « de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre ».

Il faut surtout remarquer que les grands progrès économiques réalisés au cours du xix° siècle sont, quoi qu'il en paraisse au premier abord, beaucoup plus avantageux pour le peuple que pour la catégorie des citoyens aisés. À ceux-ci la création et la circulation d’une masse de produits nouveaux procure seulement une économie; à celui-là elle procure une. jouissance. Comme le dit M. d’Avenel, « le peuple possède maintenant des choses que le riche était seul à posséder autrefois »; la table du riche a seulement « changé de prix », celle du peuple à « changé de nature ». L'avantage positif dans cette évolution « est tout entier dû côté du peuple : avantage matériel, puisqu'il accède à des biens jusqu'ici hors de son atteinte; avantage moral aussi, puisque sa condition pe diffère plus autant de celle des classes supérieures » (1).

Ce nivellement progressif des jouissances et les larges progrès qui sont encore possibles dans un avenir

(1) D’Avenel, ouvrage cité p. 129,

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rapproché, permettent d'accepter sans regret la faillite de tous les systèmes, qui sont incapables de réaliser leur idéal sans opérer un bouleversement complet de l’ordre existant.

Nous ne pouvons terminer cette étude sans rapprocher le système saint-simonien du collectivisme issu des théories de Marx.

Les deux conceptions diffèrent profondément l’une de l’autre quant à la règle admise pour la répartition. Les collectivistes rétribuent les individus suivant la durée de leur travail, c'est-à-dire suivant la peine qu'ils ont prise; les Saint-Simoniens leur attribuent un salaire proportionné à leur mérite, c’est-à-dire en . somme suivant le résultat qu'ils ont obtenu. L’organisation saint-simonienne, en ne réalisant pas l’égalité absolue, permet de trouver des titulaires pour les emplois les plus humbles; elle stimule fortement toutes les activités. À ce point de vue les Saint- Simoniens sont supérieurs aux collectivistes qui se heurtent, s'ils veulent conserver la valeur-travail, à d'insolubles difficultés.

Sur tous les autres points, nous ne pensons pas que l’on puisse découvrir de hien grandes différences entre les deux systèmes. Le bien-être et l'existence même des individus dépend de l'organisme central qui doit être infaillible; les hommes perdent toute liberté et l’institution de la famille est ébranlée. La société future ressemblera toujours, si elle devient collecti-

viste, à « l'atelier industriel » des Saint-Simoniens qui n’est en somme qu'une vaste caserne.

Les apôtres ont construit leur système avec une

implacable logique ; sincères avant tout, ils n’ont pas

craint de mettre en relief les aspects les moins séduisants de l'avenir. Il est vrai qu'ils comptaient transformer moralement les hommes. Mais le collectivisme serait-il possible avec des individus semblables à ceux d'aujourd'hui? Nous pensons, avec M. Dolléans, que « la transformation radicale de la nature humaine est

. un postulat indémontré et indémontrable » (1). Il fait

peut-être « la plus grande infirmité » des doctrines socialistes. | Vu : Le Président de thèse, A. DESCHAMPS.

VUS EC doyen, * P. CAUWÉS:

Vu et permis d'imprimer,

Le vice-recteur de l’Académie de Paris, L. GRÉARD.

(1) Dolléans, Le Caractère religieux du socialisme, 1906, p. 15.

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