Réponse aux objection,^ cTÀrnàuld
Dieu, il n'y aura point de liaison essentielle, point de liaison de causalité, point de véritable union, point d'union de possession et de propriété. Aussi, voit-on, même avant Malebranche, les disciples de Descartes, en France et en Hollande, déduire presque en même temps les causes occasionnelles de la doctrine du maître sur la nature de l'âme et la nature du corps \
La vie étant nécessairement exclue de l'âme, Descartes devait la remplacer par un pur mécanisme. Il ne pouvait en faire une âme inférieure ou bien un mode du corps, puisqu'il n'admet point d'autre âme au monde que l'âme pensante de l'homme, point d'âmes inférieures, point d'âmes sensitives ou végétantes, point de principes d'organisation et de vie. Entre l'âme raisonnable et la matière brute, soumises aux lois générales du mouvement, tous les intermédiaires étaient supprimés.
Si la vie n'est pas une âme et n'appartient pas à l'âme, ne pourrait-elle pas être quelque force ou quelque propriété de la matière? Mais nulle force, en acte ou en puissance, ne saurait appartenir à cette étendue inerte qui est l'essence de la matière cartésienne. L'étendue n'exprime rien de* plus que la juxtaposition des parties ; l'étendue, comme la pensée, est donc incapable de posséder une causalité efficiente, d'exercer une action quelconque par laquelle elle se modifie et s'organise. Que restait-il donc h
1. Fontenelle remarque très-bien, dans Y Éloge de Malebranche, que la preuve de la spiritualité, apportée par Descartes, le conduit nécessairement à croire que les pensées de l'âme ne peuvent être causes physiques des mouvements du corps.
Descartes pour expliquer la vie et l'organisation? Rien, sinon l'action sur la matière des lois du mouvement, sinon le pur mécanisme. Ainsi, par sa double définition de l'âme et de la matière, Descartes s'était mis dans la nécessité de donner une explication mécanique des phénomènes de la nature tout entière, depuis les mouvements des astres jusqu'aux mouvements du corps humain, depuis la formation d'un sel, ou d'une planète, jusqu'à la formation du fœtus, depuis le bruit du tonnerre jusqu'au cri de l'animal, expression de la passion, de la douleur ou de la joie, de la colère ou de la tendresse.
Dans les Principes, dont le sujet n'est pas moins vaste que les traités des anciens rapt çuaéwç ou De natura remm, il annonce qu'il va donner l'explication universelle des choses, d'après ses trois lois générales du mouvement. Nous n'avons pas ici à exposer, ni à juger, la façon dont il cherche à rendre compte, par sa grande et belle hypothèse des tourbillons, delà formation des mondes et de tous les phénomènes delà nature inanimée, nous n'avons à considérer que l'application hardie et originale de ces mêmes principes à la nature vivante et organisée. Malgré cette annonce orgueilleuse d'une explication universelle de tous les corps et de tous les phénomènes, Descartes, dans les Principes, avait omis d'expliquer la formation des corps organisés, non sans prévoir, comme on le voit, dans une de ses lettres, que cette lacune lui sera reprochée : « ils y trouveront peut-être à redire sur ce que je n'y parle pas des animaux et des plantes, et que
j'y traite seulement des corps inanimés; mais ils pourront remarquer que ce que j'ai omis n'est en aucune façon nécessaire à l'intelligence de ce que j'ai écrit l. )> Huygens, en effet, dans une lettre h Leibniz, reproche à Descartes cette omission, qu'il attribue h l'impuissance où il s'est trouvé de rendre compte de la formation des animaux, à l'aide des particules et du mouvement, conformément à ses principes. Mais, plus tard, Descartes, qui avait été d'abord rebuté par la difficulté de cette entreprise, crut en avoir triomphé, et chercha à combler cette lacune, dans les Traités de l'homme et du fœtus, publiés par Clerselier après sa mort 2.
Voici, d'ailleurs, en quels termes il annonçait les nouvelles lumières qu'il croyait alors avoir acquises sur ce sujet, à force d'études et d'expériences : « en méditant là-dessus, j'ai tant découvert de nouveaux pays, que je ne doute presque point que je ne puisse achever toute la physique, selon mon souhait, pourvu que j'aie du loisir et la commodité de faire quelques expériences \ »
Achever la physique à son souhait, c'était, pour Descartes, y faire rentrer la formation des êtres organisés et la formation même de l'embryon. C'est dans ce but qu'il se livra avec une ardeur passionnée aux