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étudeê anatomiques et qu'il multiplia les expériences. Voilà mes livres, disait-il, en montrant à un de ses visiteurs, en Hollande, des animaux qu'il avait disséqués. Non content de ces dissections, il allait dans les boucheries voir abattre et ouvrir des animaux. Aussi un fanatique ignorant l'accusai t-il du double crime d'assister au prêche des calvinistes, et de courir les villages pour voir saigner des pourceaux. « J'ai été un hiver à Amsterdam, écrit .Descartes au P. Mersenne, que j'allais quasi tous les jours en la maison d'un boucher, pour lui voir tuer des hôtes, et faisais de là apporter en mon logis les parties que je voulais anatomiser plus à loisir, ce que j'ai fait encore plusieurs fois dans tous les lieux où j'ai été, et je ne crois pas qu'aucun homme d'esprit m'en pût blâmer S »
Il fut un des premiers à confirmer par ses expériences et à vulgariser la grande découverte de la circulation du sang, d'autant qu'elle lui parut favoriser son explication mécanique des phénomènes de la vie, en faisant du corps humain une sorte de machine hydraulique, et du cœur une pompe aspirante et foulante. Sa physiologie tout entière n'est donc qu'une application, plus ou moins éloignée, des grandes lois qui régissent l'univers, c'est-à-dire une branche de la mécanique. Ce principe du pur mécanisme, il l'a suivi jusqu'au bout avec une rigueur et une hardiesse dont n'approchent pas aujourd'hui, comme nous l'avons vu, les adversaires les plus décidés du vitalisme.
li Voir tome II, des Lettres édit. Clefseliei*, p. 19!, lettre à Mertenne et Baillet, liv. III, chap. v.
DESÇARTES.
La matière modifiée de telle ou telle façon, la figure, la situation, le mouvement des parties, voilà à quoi il réduit toutes les formes substantielles de la philosophie seolastiqtie, sans en excepter aucune, même celle des êtres organisés, môme celle du corps humain. Les seules formes qu'il admette sont, comme il l'explique, des formes essentielles, résultant de la disposition des parties d'un corps, mais nullement des formes substantielles. En faveur de ces formes substantielles, les partisans de l'ancienne philosophie ne manquaient pas d'objecter que l'âme, qui est une substance, est en même temps la forme du corps. Mais Descartes ne veut pas que l'âme, vraie substance, existant par elle-même, soit' la forme du corps, parce qu'elle périrait avec lui1. Est-il vrai que l'âme ne puisse être la forme du corps, sans devenir mortelle comme lui? C'est un point que nous examinerons plus tard, de manière, nous l'espérons, à rassurer ceux qui partagent encore aujourd'hui cette appréhension de Descartes. Avec de la matière et du mouvement, Descartes se flatte de construire le monde tout entier ; il n'en demande pas davantage pour expliquer tous les phénomènes du corps humain.
« Je me contenterai, dit-il, dans le Discours do la méthode, de supposer que Dieu forma le corps d'un homme entièrement semblable à l'un des nôtres, tant
\. Dans la préface de la Recherche de la vérité, Malebranche s'indigne contre les philosophes chrétiens qui, sur la foi de quelque misérable commentateur d'un philosophe païen, regardent plutôt l'âme comme la forme du corps que comme faite à l'image et pour l'image de Dieu. Jl ajoute cependant : « 11 est vrai que l'âme est unie au corps et qu'elle en est naturellement la forme. »
en la figure extérieure de ses membres qu'en la conformation intérieure de ses organes, sans le composer d'autre manière que celle que j'avais décrite, et sans mettre en lui au commencement aucune âme raisonnable, ni aucune autre chose pour y servir d'âme végétante ou sensitive. » Le Traité de l homme part de l'hypothèse d'une statue ou machine de terre, dont toutes les parties, à l'intérieur, sont exactement sem blables à nos organes. Mais, à défaut d'âme, quel sera le principe moteur de cette machine ? Pour la mettre en jeu, Descartes prétend n'avoir besoin que d'un peu de feu sans lumière dans le cœur ; feu qu'il ne conçoit pas « d'autre nature que celui qui échauffe le foin, lorsqu'on l'a renfermé avant qu'il fût sec, ou qui fait bouillir les vins nouveaux lorsqu'on les laisse cuver sur la râpe \ » Tel est, dit il, dans le Traité des passions, le principe corporel de tous nos mouvements* C'est ce feu qui fait la vie, tant quHl brûle, c'est lui qui, en s'éteignant, fait la mort . Ce feu sans lumière, ce feu de même espèce qu'on le trouve ailleurs dans la nature, voilà le principe animateur de Descartes, voilà ce qui lui tient lieu dame ou de force vitale. Parmi ces feux divers de la nature, appelés à remplacer l'âme vitale, Descartes a fait un choix vraiment malheureux, celui du gaz acide carbonique, principe de mort et non de vie, comme l'a démontré la science moderne.
Cependant, en possession de ce prétendu feu vital, Descartes fait à sa guise mouvoir et vivre tout Thomme.