Disc, de la méth., Ve partie
DESCARTES. 201 Il explique d'abord mécaniquement le mouvement du cœur, qui est comme la maîtresse pièce de la machine. Grâce à ce feu, la chair du cœur est si ardente et si chaude, qu'à mesure que le sang y arrive des veines, il s'y vaporise. Puis, s'exhalant dans les poumons, il s'y épaissit rafraîchi par l'air; de là la condensation et la dilatation successives qui produisent le mouvement du cœur 1 .
La chaleur du cœur engendre les esprits animaux, qui meuvent à leur tour tous les muscles. En effet, selon Descartes, les nerfs sont autant de petits tuyaux par lesquels les esprits animaux s'écoulent dans les membres pour les mettre en mouvement. Le muscle s'enfle ou s'allonge, lorsque les nerfs eux-mêmes s'enflent ou s'allongent, suivant la quantité des esprits animaux qui y entrent ou qui en sortent. Ainsi les esprits animaux sont le grand ressort de tous les mouvements de ce merveilleux automate.
Il explique la digestion de la môme façon, sans aucune intervention de force ou de propriété vitale, par certaines liqueurs qui se glissent entre les parties des aliments déposés dans l'estomac , et agissent comme l'eau commune sur la chaux vive, ou cor&me l'eau-forte sur les métaux.
Dans le résumé qui termine le Traité de l'homme, il exprime lui-même de la façon suivante, et avec la plus grande précision, ce caractère purement méca-
1. « In corde est quasi ignis ex sicca materia et densa, » dit encore Descartes dans un fragment intitulé : Partes similares, excrementa et morbi, découvert et publié par M. Foucher de Careil. Œuvres inédites de Descartes , IIe partie. Paris, 1800.
nique de sa physiologie. « Je désire que vous considériez que toutes les fonctions que j'ai attribuées à cette machine, comme la digestion des viandes, le battement du cœur et des artères, la nourriture et la croissance des membres, etc., suivent naturellement, en cette machine, de la seule disposition de ses organes, ni plus ni moins que font les mouvements d'une horloge, ou autre automate, de celle de ses contrepoids et de ses roues ; de sorte qu'il ne -faut point, à leur occasion,, concevoir en elle aucune autre âme végétative, ni aucun autre principe de mouvement et de vie que son sang et ses esprits, agités par la chaleur du feu qui brûle continuellement dans son cœur, et qui n'est point d'autre nature que tous les feux qui sont dans les corps inanimés. » Voici un passage du Traité des passions, qui n'est pas moins significatif : a Quelle différence y a-t-il entre un corps vivant et un corps mort? La même qu'entre une montre, ou autre automate, lorsqu'elle est montée et qu'elle a en soi le principe corporel des mouvements pour lesquels elle est instituée, et la même montre ou machine, lorsqu'elle est rompue et que le principe de son mouvement cesse d'agir1. » Si c'est une grande audace de prétendre tout expliquer mécaniquement dans le corps une fois formé, c'en est une plus grande encore de prétendre expliquer de la îtiême manière la formation elle-même des organes.^ Or, tel est le but du Traité de la formation du fœtus, où Descartes veut démontrer que les organes de l'embryon se forment