ET DE L\ BONTE
qu'une douleur si vive ne manquerait pas de le conduire au cercueil. Il s'est consolé comme la matrone d'Ephèse; il vient d épouser une seconde femme qui lui a fait oublier la première ; et tous ses appartemens , vêtus de la couleur des tombeaux , sont aujourd'hui couleur de rose.
La bonté ne met point tant d'ostentation à ses pleurs ; elle n'a pas des chagrins d'appareil et des douleurs de théâtre ; ses sentimens sont plus vrais et son deuil dure beaucoup plus long-temps.
On peut trop aisément contrefaire le langage de la sensibilité ; l'affectation se prend quelquefois pour le sentiment; quelques formules de discours, quelques scènes adroitement préparées peuvent en imposer à la multitude. Quelqu'un a dit qu'avec de l'esprit on pouvait faire de la sensibilité ; on en fait même sans esprit : on ne rencontre que des gens qui affectent des sentimens qu'ils n'ont pas, et la sensihlomanic doit faire tort à la sensibilité. Il n'est pas aussi facile d'imiter la bonté qui a un langage plus simple , qui ne vise point à l'effet, et qui se montre plus encore dans les actions que dans de vaines paroles. Pour paraître sensible , il suffira quelquefois de faire de beaux discours ; pour paraître bon, il faut l'être réellement. La sensibihté est une vertu passionnée qui n'agit que par boutade ; il suffit de se contraindre un moment pour l'imiter. La bonté est un état habituel ; il faudrait se contraindre toute sa vie.
On m'accusera peut-être de sévérité ; je ne me permets cependant aucune censure directe ; je ne fais qu'exprimer un sentiment de préférence. Je dirai même que la sensibi-