Le printemps
a svelte touffe d'herbe au soleil exposée, Comme un nouvel écrin rempli de diamants, Garde et fait miroiter les gouttes de rosée Que la brume répand sur le gazons fumants.
Les papillons dans l'air reparaissent par couples; Sur les flots éclaircis les brunes poules d'eau, Gloussant et culbutant, au milieu des joncs souples Et des blonds nénufars, se montrent de nouveau.
Œuvres poétiques
Le beau martin- pêcheur dont le plumage brille Des tons qu a Tarc-en-ciel il semble avoir soustrait, Curieux et friand du goujon qui frétille, En plongeant le saisit et file comme un trait.
Le pommier attiédi sent se gonfler sa pousse A la douce chaleur qui vient le pénétrer, Et le tertre revêt son clair tapis de mousse, Dont le riche printemps se plaît à le parer.
Voici venir avril, qui radieux caresse
L'arbre dont les bourgeons crèvent les troncs noueux;
La blonde giroflée altière se redresse
Sur le chaume du pauvre et les créneaux boueux.
Le grain qui reposait sous la terre durcie, ■ Accueillant le rayon pénétrant jusqu'à lui, Fait craquer les parois de sa couche amincie Et rapidement croît où la lumière a lui.
Sur la nature il glisse un souffle qui l'agite ; L'abeille en frissonnant voltige autour du thym ; Le lièvre ensoleillé s'échappe de son gîte Et la grive jaseuse acclame le matin.
du Mis Eugène de Lonlay
Le muguet se garnit de tremblantes clochettes Que la mouche se plaît à faine ballotter ; La violette embaume et sort de ses cachettes Où le froid la faisait pâlir et grelotter.
De la source, ô soleil, où brillant tu te joues, Le miroir resplendit et lance des éclairs; Le sourire à la lèvre et la fraîcheur aux joues, La jeune fille court au bord des étangs clairs.
Les pâtres en chantant errent dans les bois chauves Et viennent saluer le retour du soleil. Les prés illuminés perdent leurs teintes fauves Et du printemps joyeux annoncent le réveil.
Par l'oubli, vous dont l'âme aussi fut éprouvée, Après le triste hiver quand tout renaît pour nous, Jetez les yeux vers Dieu, dont la clarté rêvée, Guidera votre essor en flottant devant vous.
Il n'est point pour le ciel de souffrance sans trêve : Le créateur dont l'œil toujours a remplacé Par de nouveaux bourgeons les feuilles qu'il enlève, A votre cœur rendra le bonheur effacé.
Œuvres poétiques