‹ Le printempsChapitre 12 sur 14 · MON JARDIN · texte numérisé non relu

MON JARDIN

on jardin n'est pas grand, un regard le mesure. Mais tandis que l'été dessèche les ruisseaux, Il reste toujours frais; c'est un nidde verdure Où j'accours écouter gazouiller les oiseaux.

La grive, le pinson, le merle et la fauvette, Avec l'aube éveillés, y donnent leurs concerts, Et je les vois construire, alors que je les guette, Leurs jolis nids de mousse au sein des arbres verts.

32 Œuvres poétiques

La brise y vient le soir installer son orchestre, Dont j'aime l'harmonie et la sonorité, Et le printemps en fait un paradis terrestre, Qu'aucun serpent, je crois, n'a jamais habité.

Ses vieux murs sont garnis de vignes et de lierres, Qui les couvrent partout de festons curieux, Et leur épais manteau me dérobe les pierres Dont les tons durs et crus fatigueraient mes yeux.

Il prête asile aux fleurs et petites et grandes, L'humble pervenche y rampe, exempte de fierté, Au pied du lis altier, et dans les plates-bandes, La violette pousse et court en liberté.

Aussitôt que se montre et croît la nouvelle herbe, Je contemple, ébloui, mon gazon verdoyant, Qui, couvert de rosée et d'un effet superbe, Resplendit au soleil et semble flamboyant.

Au fond de mon jardin, un berceau de feuillage M'offre un paisible abri, qui plaît à visiter; J'y goûte le repos, dernier espoir du sage, Que la peine pourchasse et voudrait irriter.

du Mis Eugène de Lonlay 33

Le souffle printanier d'intensité redouble, Rend la terre féconde et rémaille de fleurs ; La simple giroflée et la pivoine double Cherchent à marier leurs brillantes couleurs.

Si le pommier tardif à peine voit ses branches S'étoiler de bourgeons encor prématurés, Les précoces pruniers ont les têtes si blanches Qu'à la première vue on les croirait poudrés.

Auprès de l'amandier dont les tiges rougissent, L'abeille prend son vif et tournoyant essor, Les lilas odorants sur moi s'épanouissent Et le faux ébénier étend ses franges d'or.

Quand du martyr il faut que je porte la palme, Loin des miens dont l'exil tourmente tant mes jours, Je m'étonne devoir la nature si calme, Qui ne s'émeut de rien et refleurit toujours.

34 Œuvres poétiques

A M. A. LE DIEN

Heureux qui, comme toi, dans un riant asile, Loin du bruit de la rue aux flots si turbulents, Peut, sans avoir à craindre une foule stérile, Exhaler sa pensée, en marchant à pas lents.

Ta barque de pêcheur, sur l'Orne qui babille, Te permet d'échapper aux rayons trop ardents ; Père béni du ciel, tu contemples ta fille, Qui comme un lis fleurit sous tes regards prudents.

Rien n'est plus attrayant que ta fraîche retraite; Le ciel, Tonde et les fleurs, d'une entente parfaite, Rayonnent à la fois pour embellir ce lieu.

Et ton domaine semble un paradis terrestre Où l'essaim des oiseaux établit son orchestre, Pour saluer le règne et la gloire de Dieu.

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