LE PB1SME
lui de trouver une Mlle vacante, el de prendre date avec Hertz ou Êrard, bien heureux quand les locations ne sont pas Faites pour deux moi».
Seconde opération : réunir un certain nombre d'artistes de bonne volonté , qui soient libres tel jour, à telle heure-, équilibrer les amours-propres, faire rencontrer deux violons qui se délestent , deux pianistes hors du diapason ; régler l'ordre des morceaux de manière a ne pas blesser l'orgueil des parties chantantes ou exécutantes; enfin résister doucement au ténor qui exige qu'on lui accorde la faculté d'intercaler auprès d'un air de Giacomo Meyerbeer deux petites romances de M. Bérat, déjà connues de tout le monde, et qu'il se flatte de faire valoir supérieurement. Ceci est pour l'intérieur.
Les soins du dehors ne réclament pas moins l'activité du bénéficiaire. Nourri dans le respect des journalistes , il se présente tour à tour chez ces messieurs , et les conjure de parler un peu de lui, puisque, par métier, ils savent parler de tout. Déjà deux cents billets ont été engloutis dans le gouffre de la publicité , et à peine quelques mots d'avis ont-ils paru à la dernière page des feuilles quotidiennes, noyés entre le Kaljfa d'Orient et la Pommade du lion. L'infortuné court ensuite à sa répétition; il n'y trouve pas le quart de son monde, et se désole : «N'importe , lui dit-on , tout ira bien ; les morceaux sont parfaitement sus, faites afficher. » Le programme s'imprime dans les dimensions les plus gigantesques, le bénéficiaire se jette en cabriolet, et descend chez tous les marchands de musique pour les supplier de vouloir bien lui consacrer un de leurs carreaux. Le lendemain , en recommençant sa tournée , il a la douleur de voir que son affiche est ici absente , la , posée de travers , là encore , dissimulée à moitié pour celle d'un rival plus heureux ; il soupire , achète une partition , et obtient à ce prix sa place au grand jour. Excédé de fatigue, mais croyant avoir enfin triomphé de tous les obstacles, le bénéficiaire rentre chez lui en se frottant les mains, et il offre un billet a son concierge pour ne pas offenser par un oubli ce personnage important, lorsque celui-ci lui remet quatre ou cinq lettres dont l'adresse est accompagnée de ces mots : irés-pressé. — Mauvais signe. — Le malheureux frémit , rompt un cachet , et lit :
«Mon BIFN CHER,
«Je suis désolé ; il me sera impossible de chanter demain à votre concert. Un enroue- «ment subit m'a pris à la gorge : me voici prisonnier à coté de mon feu. N'accusez que ce «vilain rhume, et comptez sur moi en toute autre occasion. »