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LES ALBUMS

^y . ,^ i nombre des contributions indirectes prélevées par le monde sur les gens x":**-j'r^^^>!rt, de lettres et les artistes , nous placerons aussi l'illustration des albums. 'f>^^ virÔi Naguère cet objet de luxe ne se rencontrait que dans les hautes régions %Mw^ vtJ) aristocratiques, dans les salons du monde élégant, sur la ronsule de h ^^5°^'T^^'~L f'"'"™'^ ^ '<* ^ode : aujourd'hui, il est tombé de chute en chute dans la ■■J'ri. •.^^^^<* classe bourgeoise : la iemme du sous-chef de bureau a son album , la fille du concierge, jeune prodige porté par vocation à suivre les cours de l'école gratuite, se prépare à composer son album.

Au beau temps de cette manie , les femmes mettaient leur amour-propre dans l'heureuse composition de ces recueils : c'était à qui posséderait la reliure la plus brillante, le papier le plus attrayant, les vers les plus choisis, les pensées les plus origiuales , les dessins et les phrases musicales les mieux inspirés. Aviez-vous la moindre intention littéraire, vous étiez aussitôt entouré de mille prévenances, de mille coquetteries. Comptiez- vous parmi vos amis quelque littérateur illustre, vous étiez accueilli par un aimable sourire et les plus gracieuses sollicitations. Le succès de l'homme du monde dépendait du tribut qu'il pouvait apporter. Tout le monde était mis à contribution. Souvent vous vous voyiez contraint, au risque de passer pour uu homme impoli, de renouer des relations depuis longtemps négligées, d'exhiber de vieilles connaissances, de déterrer même dans vos souvenirs des amitiés de collège et d'enfance. La tactique employée par les intéressés était toujours la même. Après une absence préméditée, vous receviez un jour un petit billet parfumé dans lequel on vous priait d'accepter un dîner dont on vous nommait d'avance les convives ; réunion chantante, petit comité du meilleur goût. Fier d'une intimité que vous étiez loin de soupçonner, vous vous rendiez à cette aimable invitation, et le soir, la maîtresse de la maison, si indifférente pour vous autrefois, venait vous tirer de votre solitude, s'asseyait auprès de vous, et vous disait enfin, après une conversation des plus animées : «Je sais que vous faites des vers ravissants.

— Mais, madame, je...

— Ne niez pas. Vous en avez écrit sur l'album de la duchesse de C...; ils ont eu le plus grand succès ! »

Gomment ne pas être heureux de posséder un talent qu'on ne se connaissait pas ! Vous vous incliniez, prêt à accepter les bénéfices d'une réputation qui vous tombait d'un monde aussi élevé, et votre interlocutrice ajoutait :

«Vous connaissez assez particulièrement M. Victor Hugo pour obtenir eu ma faveur quelques vers de lui.

— Je le connais fort imparfaitement...

— Qu'importe! Vous êtes lié avec tous ses amis; vous pouvez bien me rendre ce petit service. Je vous dirai en confidence que je vous eu aurai la plus grande obligation; la vi-

comtesse de L..., qui croit avoir de si belles coanaissaQces, n'a rien pu obtenir de l'auteur

d'I/ernani. »

L'album était, en effet, une source de rivalités mondaines. Ou tenait surtout à obtenir quelques mots, ou du moins la signature des hommes illustres peu prodigues de ces hommages adressés;! des personnes inconniies. Il augmentait sa valeur de toutes les difficultés qu'il avait fallu vaincre pour arriver à le remplir. Compléter un album était une lâche fort difficile. Si vous arriviez dignement à ce résultat, vous donniez une haute idée de votre influence, de votre crédit, de votre habileté, et vous deveniez le personnage le plus important et le plus recherché. « Avez-vous vu l'album de madame de B. T. ? C'est un véritable trésor! Elle a deux Roqueplan, un Deeamp, deux Rossini, un Lamartine, deux Victor Hugo , et des vers inédits du roi de Bavière. — C'est aux démarches de M. G. qu'elle le doit : ce jeune homme est lié avec tout ce qu'il y a de destingué dans les lettres et dans les arts. »

Quelquefois, votre obligeance bien connue vous faisait obtenir la charge de colporteur d'album. Une jolie femme vous écrivait, en vous envoyant quelques feuilles de vélin magnifiquement reliées :

« Mon cher Monsieur,

«Je compte tout à fait sur vous. Vous connaissez tout Paris, et il vous sera facile de faire disparaître la blancheur monotone de ces pages sous les nobles pensées, les vers sublimes, et les dessins de tous nos illustres. Venez dans quinze jours dîner avec nous, et nous jouirons ensemble de cette belle moisson littéraire. »

Jaloux de conserver une réputation justement acquise , vous déployez toutes les ressources de votre diplomatie, et vous courez chez un grand poète, certain de vous compter au nombre de ses cinquante intimes.

«Je viens te demander quelques vers pour l'album de la duchesse de **^; ici un nom sonore.

— Encore un!... En voici quinze sur cette table ; je les possède depuis trois mois. H existe des gens incroyables , que l'on n'a jamais vus, et qui vous écrivent : Monsieur, je serais heureux ou heureuse d'avoir des vers de vous sur mon album.

— Ce sont les jouissances de la gloire.

— Au diable la gloire ! Crois-tu donc que je vais choisir une si mauvaise compagnie!

J'ai feuilleté tous ces cahiers, et dans tous j'ai trouvé des vers du petit V., garçon sans talent , qui, n'ayant pu ruiner d'éditeur, se croit obligé d'écouler ainsi le fruit de ses inspirations. C'est un moyen comme un autre. On commence à le vanter, à le prôner; tu verras que ce petit esprit de salon se fera un nom : mais en attendant , je ne veux pas de ce voisinage , et ces gens-là n'obtiendront rien de moi.

— Eh! mon cher ami , il ne s'agit pas ici de noms de pacotille ! 11 n'y aura dans notre album que Lamartine, Victor Hugo, Alfred de Musset, Méry et toi. Le reste est consacré à Delaroche. Champmarlin, Scheffer, et Delacroix :je ne veux rien de commun.

— Alors je vais te donner un petit chef-d'œuvre que je n'ai utilisé que deux ou trois fois.

— Du tout, du tout! De tes vers inédits, et de tes meilleurs; je ne veu\ pas qu'on dise que ta pièce de vers a été composée pour une autre personne. De plus , je veux que lu t'engages à ne jamais la donner ailleurs; sans cela, tu détruirais l'ensemblo que je médili'. Je ne veux rien de B. Tu sais qu'il met la même pièce sur tous les albums. Deux cents exera-

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plaiies eu ciiciilalioii.., Quelle fatuité! SfS volumes ue sout jamais arrhes au (luarl de cette publicité. »

Nous possédons une lettre assez curieuse dictée par un de ces désiisléminins; la voici :

" Monsieur,

" ^ous venons de lire aux larnies eu lisant les Si e«('*/>o/j(/ /«(/fi d'Henri Monnier. Quel espiit, quelle oLservalion, quelle vérité! Nous voudrions bien pouvoir inviter à notre grande soirée cet artiste que vous voyez, je crois, intimement ; mais vous devez sentir que, dans sa nouvelle position d'acteur, sa présence pourrait froisser notre société habituelle. Opendant, comme je désire, pour mon album, un petit proverbe et quelques dessins de lui, je vous prierai de nous l'amener lorsque nous serons seuls. J'aurai soin d'avoir ses volumes, et nous lui ferons lire plusieurs scènes : on dit qu'il les dit à ravir. Faites vos efforts pour qu'il soit gai ce jour-là ; il nous improvisera quelques bagatelles qu'il inscrira ensuite sur l'album eu question. Mou mari joint ses sollicitations au.\ miennes. •>

IMoins susceptibles ou plus adroits que l'auteur de cette lettre, les maîtres de maison tendaient aux gens de lettres et aux artistes un piège plus séduisant. Après un dîner généreusement offert, on vous faisait passer dans un salon transformé en atelier. Des crayons habilement taillés, du papier d'une entière blancheur, étaient complaisamment étalés sur urie table, et, sous le vain prétexte d'un goiit dominant pour les arts, la femme de l'ampbitryou vous dis;iit ; « Vous êtes servis à souhait... Tout ce qu'il faut pour dessiner... l'aites-nous un de ces croquis spirituels que vous exécutez si bien : c'est une chose charmante qu'une réunion d'artistes ! — M. *** va nous improviser une petite scène; il est si complaisant! «

Cette contagion lit de tels progrès, que les gens de goût se viient dans la uécessité d'ajouter à leurs invitations : il n'y aura pas d'album ; le dluer est offert gratis. Dans l'intérêt de leurs aiuis, quelques personnes, chargées de percevoir de nouvelles contributions littéraires, se donnèrent le mot, et illustrèrent eux-mêmes ces précieux recueils. Trois albums se rencontrèrent dans le même salon : ils étaient tous les trois semblables; toutes les feuilles étaient également rehaussées des mêmes pensées et des mêmes noms : cette mystilication fut trouvée charmante ; elle porta le dernier coup à cette étrange manie.

Ainsi ou y lisait :

.le viens de déposer le bâton blanc du voyageui'. Ciiateaibkiand.

Que j'en ai vu mourir, hélas! déjeunes hommes. V. Huc.o.

Si j'étais petit oiseau. 11. de Balzac.

I.'amour est un cigare; il ne brûle que par im bout, à moins qu'il ne soit partagé.

Le chevalier de L. . .

Modèle de deux lignes parallèles. Ami'kiie.

Quand reviendras-tu, mon Elvire? A m; I.amaiîi im;.

Trois cigares le soir, quand le jeu nous ennuie,

Sont un moyen divin pour uirllre à mort le tenqis A. hk Mi ssirr.

LK PRISME, Dominus vobiscum.

Dieu vous préserve des albums.

.F. JaMS.

O, u, i, j'ai vu Tempereur,

Je l'ai vu sur le clianip d'iionneur. ¥.. Makco de Sai>,t-Hilaibî;

La, la, la, la — ut de poitrine. Dcprez.

I,e gendarme est la sauvegarde des nations ci\llisées. K. Oubuac.

Ail ! les femmes! Pensée secrète d'un inconnu.

Je la séduirai, la malheureuse! Odey.

Viens, gentille dame ! Ponchakd [Dame blanche).

J'ai fait mes adieux à ma mère ; Je venais vous faire les miens.

E. SCBIBE.

Quoi morte ! quoi verte ! déjà rongée par les vers ! Pauvre femme ! elle a passé comme l'herbe de la prairie, comme l'aube matinale, comme une lettre à la poste. P. Bobel.

La Turquie! et des millions d'odalisques!

G. Sanu.

La pipe enflammée de mon ami G... se trouvera toujours sur mon cœur enflamme.

A. Karb.

J'ai longtemps parrouru le monde. Le prince Pi kler-Muskau.

Je suis vraiment un damné séducteur! P. Folcher [Saynètes).

Un volume doit s'écrire plus vite que la pensée. A. Dumas.

Parlerons-nous de l'album de famille aujourd'hui tombéjusqu'au cinquième étage. Cette espèce de lion de ménage sert à consigner le progrès de quelque Raphaël au berceau, ou à mettre en lumière les inspirations éthérées des petits cousins.

Voici la composition invariable de cet album bourgeois :

Raphaël Pillou

Eugénie PiLtor.

Anastasie Pillou

De brillantes pensées brisent mon âme. Amanda Kroqiesox, née Pili.oi

\ peine nous sortions des portes de Trézène, etc. Chef-d'fTuvre de calligraphie.)

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