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LE BANQUIER

Croisfcz et multipliez.

{L^Eransile aux créatures , et les banquiers aux pièces <ie cent sous.)

'\UGE.M est une iiiaicliaiidise

'^ '^^^0^M ^''^*^'' ''■^ "" principe reconnu déjà par bien des gens comme un axiome. ''k'v'1l&^^^ Tous ceux qui exercent ou connaissent une industrie quelconque, se 'V^ l^*î^>^ livrent à la moindre opération d'achat ou de vente, de prè) ou d'enii^jJ''T"r'.~r\^ prunt; tous ceux qui touchent au commerce, depuis les hauts et puishL'>C^-:<^:£M sants seigneurs de la finance, qui renment dans leurs coffres et leurs caisses l'or et l'argent à pelletées, jusqu'au timide et obscur brocanteur, qui attend de quelque échange, troc ou marchi% longtemps et péniblement élaboré, le misérable gain qui doit le faire vivre au jour le jour: tous ceux-là, dis-je, .savent à quoi s'en tenirsurla valeurde l'argent... Les uns le fout tropsouvente fois bien amèrement savoir aux autres !

Mais ne faisons pas de nVriu)iiialions anticipées : il y a du bon partout, et partout ans.»:! du mauvais. Tous les banquiers ne .sont pas des juifs, ni tous les néce.<sileux ne sont pas des victimes honnêtes, et, par consé(|uenl, à plaindre.

Mon but est loin de faire une sortie contre ceux-ci en faveur de ceux-là. Je ne prétends pas venir syslémaliquemeut vous dire que toujours les petits sont mangés par les jirands. La Fontaine et liér.inger l'ont dit avant moi , et ils ont peut-être eu raison de le dire; mais un peu d'éclectisme ne gale lien à l'affaire , et il est bon de reconnaître ici que, dans plus d'un cas, les petil.s .sont rageurs, et donnent souvent du /// à irtonlre aux grands, (l'est d'un autre point de vue quejc veux vous faire envisager les banquiers cl la banque , point de vue dont on parait jusqu'à présent ne s'être pas assez rapproché . point de vue physiologi(]ue piulot que technique , et qui . tout en ne négligeant rien de ce qui pourra être utile ou iiiléressant dans les accessoires, vous fera principalement di,sccrner les fibres secrètes, le mouvement , l'animation , la vie de la eho.<e. Ce sera , si vous le voulez, de l'anatomie morale : le commerce sera un corps; l'argent , le sang qui V circule et le fait mouvoir. Vous assisterez au déversement, à la transmission de ce fluide, des hautes ré(;ioiis du corps jusque dans ses régions les plus basses et les plus minimes.

Pour cela il l.nil que vous me permettiez une e(Hnparaisoii.

LE BANUUltll. 'iOi'

Figu^ez-^ous un immciii^e n'servoir, reiifei'iiiaiil cet or, lliiide vital du coiiiiufice. Ce réservoir est placé sur une hauteur, et entouré de difficultés de terrain et d"escar|»;inents. Tout à l'entour, mais à une distance plus que respectueuse, vous pouvez vous (ifjurer le commerce, avide, nécessiteux et cupide, et représente par tout ce que nous avons d'acheteurs, de vendeurs, de brocanteurs , de rajusteurs, d'accapareurs, d'améliorateurs , de spéculateurs , de fournisseurs , tous de talents , de probité , de mérite , et d'habileté d'espèces différentes, mais tous couvant des yeux cet or éloigné, qu'ils ne peuvent pas toujours atteindre, et s'ingéniant de mille manières pour en arriver le plus près possible, et prticiper, pour leur somme de vitalité et de bien-être, au bien-être et à la vitalité que doit dispenser à tous le trésor lointain et convoité. — D'autres, plus près du ré.servoir que ces derniers, se sont imaginé d'être les points intermédiaires, les canaux au moyen desquels l'or pourrait couler de ses suprêmes hauteurs jusque dans les mains laborieuses et mercenaires ; et leur hiérarchie s'est jalonnée de manière à remplir tous les intervalles , toutes les dislances, tous les degrés imaginables entre le réservoir et le commerce. Leur idée était bonne , et, en effet , l'or se distribue par eux comme par autant de bouches qui lanceraient à petits jetj» les eaux d'un volumineux bassin. Comment l'obtiennent-ils , cet or, et à quelles conditions le distribuent-ils? Voilà ce que nous allons sa^oi|•.

sortons d'abord de noire comparaison, qui est finie, et appelons chaque chose par son nom : notre grand réservoir est tout simplement la haute banque , larisiocralie de l'argent; le cercle nombreux qui l'entoure de loin, nous l'avons nommé, c'est le commerce, et les points intermédiaires , les jalons placés à intervalles , sont les escompteurs , depuis le plus infime courtier jusqu'au plus huppé preneur de billets à ordre.

Sans doute, dans les temps primitifs, quand deux hommes faisaient un marché entre eux, et que l'un n'avait pas momentanément en sa possession de quoi payer le prix de la chose qu'il prenait de son vendeur, sa parole devait suffire, et l'autre, après avoir livré sa marchandise , dormait tranquillement sur l'une et l'autre oreille , jusqu'au moment où l'acheteur, plus riche, et revenu à flots, pouvait se libérer envers lui. Aujourd'hui , que tout a marché en suivant l'impulsion ascensionnelle des progrès civilisateurs ; que chacun est habile, et fait du dévouement... pour soi . la parole jiarlèc ne suffit plus; il faut la parole cciile. La parole écrite , en fait de commerce, n'est autre que le billet à ordre ou la lettre de change. C'est une sûreté de plus ; car, comme le disent ces quatre vieux nmls latins, veiba volant, scri/jta manenl. Encore celte parole écrite n'est-elle pas toujours franche et ponctuelle..., la preuve, c'est qu'elle nous a enfanté les huissiers!

C'est celle parole écrite qui, circulant de mains en mains, et se noircissant d'endos et de signatures , devient la garantie des opérations faites par la banque et le commerce. C'est à l'aide de ces billets que les petites bourses vont solliciter les cordons des grosses, en faisant un appel plus ou moins entendu . non pas i\ leur générosité , s'il vous plaît, mais à leur intérêt. Alors les grosses bourses examinent, consultent, scruleni, analysent, tournent et retournent dans tous les sens les suppliques timbrées des bourses plaies, cl, si elles acceptent, après une brèche faite suivant les principes d'une conscience qui... sait les affaires , donnent leur compte aux pauvres demandeurs , qui font de nécessité vertu, et ne manquent jamais de s'en aller en faisant force remercîmentsaux très-hauts, très-puissants, très-nobles , et très-généreux prêteurs.

Mais, trêve un instant, si cela vous duit , aux froides énumératioiis , aux explications philosophiques. Une scène qui se passera sous vos yeux vous en diia au moins autant que tous ces mots secs, et vous le dira cerlaincmeni d'une manière plus atlrayanle cl plus profitable.

Nous allons nous installer chez un de ceux que nous avons désignés tout ;i l'heun;

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