‹ Le PrismeChapitre 16 sur 106 · LE MARTYR DE LA LIBERTE · texte numérisé non relu

LE MARTYR DE LA LIBERTE

E B T A I s E M E N T s'il y eut jamais uu martyr de la liberté, c'est celuilà. Il a passé les deux tiers de sa vie en prison ; il a été bâtonné par KX^ une foule d'esclaves qu'D a délivrés, et ses biens ont enrichi trois ou J'sâ»- quatre de ces hommes qui quêtent pour les peuples malheureux. ^iii Dans ce temps-là , le croissant menaçait la croix grecque ; les juifs , les protestants , les athées et les déistes se prirent d'un grand amour pour cette croix. Il partit pour la Grèce.

Il y avait une bourgade de ce pays , dont la population , pleine de bon vouloir , mais sans chefet sans ressources, gémissait particulièrement sous la dure loi des persécuteurs; il fut délégué pour s'aller mettre à la tête de cette bourgade et lui communiquer les bienfaits de la tactique européenne.

Il fut reçu à bras ouverts. On s'attroupa autour de son brillant uniforme ; l'un lui arracha ses épaulettes; l'autre son hausse-col; un troisième sa montre. On le dépouilla de la tête aux pieds. Ces gens-là ne parlaient pas le français : il crut que c'était un malentendu, il essava de s'expliquer. On l'étourdit de quelques coups de crosse de fusil, et on le laissa tout nu sur le chemin.

Un homme gi'ave et d'un âge niùr , qui passait , eut l'air de le plaindre. PhUogène (c'est le nom du martyr) lui fit entendre ses infortunes. L'homme grave blâma sévèrement ses compatriotes. PhOogène s'abandonna à son indignation , et versa ses chagrins dans son sein; mais l'homme grave devenait de plus en plus compatissant, et linit par lui tenir des propos dont la délicatesse s'effarouchait. Philogène prit sa course par monts et par vaux jusqu'au port , et revint en France.

Quels chrétiens ! s'écriait-il ; certes ce ne sont pas tout à fait des chrétiens comme nous, ainsi qu'on disait. Entre Grec et Turc il ne faut pas mettre le doigt.

A quehpie temps de là, une révolte éclata en Pologne. Pliilogène pensa que ce pouvait être d'honnêtes gens qui, les premiers, étaient descendus sur la place pour escarmoucher à tort et à travers au milieu de leurs villes. Ces honnêtes gens furent battus, la plupart pendus; les autres, chassés de leur pays, refluèrent vers le midi de l'Europe.

Philogène fut des premiers à fêler ces débris vénérables : il offrit sa maison à l'un de ces héros malheureux, qui s'appelait Petrouski. — Itone Dious! s'écria-t-ilen levant les yeux au ciel ; et pleurant de tendresse, il embrassa sur la bouche, selon la coutume de son pays, Philosène et toute sa maison, y compris sa femme et sa fille, qui comptait à peine quinze ans.

Il continua ainsi de les saluer chaque matin, quoi qu'on put lui dire, répliquant qu'il savait trop les devoirs que lui imposait la reconnaissance. Tout allait donc pour le mieux, si ce n'est que Philogène s'aperçut, au surcroit d'effusion de l'étranger à la fin des repas,

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