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(pi'il ainiail extraordinaiiemeut reaii-de-\ie. Kii effet, il s'enfluiiiinait alors à vue il'(L'il, il roulait des yeux furibonds, et cassait sou verre à la moindre contradiction, eu s'écriaui amoureusement ; Bone Oious ! de façon à faire trembler les convives.
Un soir, à souper, comme il entamait une septième bouteille, Pbilouène l'avertit qu'il pourrait s'incommoder , et la lui retira. Petroiiski le regarda , comme stupéfait d'un tel outrage h l'bospitalité, puis il le supplia d'une voix tendre et mourante. Pliilogène tint ferme. liuiie Dioii.i ! dit Petrouski, en lui fendant le crâne d'une autre bouteille; et se jetant sur lui , il l'eiit étranglé , pour peu qu'on l'eut laissé faire. Les gens du INord sont plus vifs qu'ils ne le paraissent.
Quand on fut revenu de ce trouble, le Polonais avait quilté la maison. On retrouva sa cbanibre vide, (!omnie il l'avait pri.se ; il n'avait emporté que les draps du lit et quelque pièce d'argenterie.
Comme il entrait en convalescence , Pbilogcne renconlia, dans un jardin [lublic, un bel bomme brun, les traits mâles, l'œil vif et beau, dans un équipage fort ruiné. Cet bomme l'intéressa.
" IMonsieur, lui dit celui-ci, je suisflspagnol : mes compatriotes sont des sortes de brutes qui croupissent encore dans la ])lusprofonde ignorance; ils ne savent , depuis tantôt treize cents ans, que plier le dos sous le joug des rois et des moines. .l'avais ouvert un des premiers les yeux à la lumière , et pour leur avoir voulu prouver, les armes à la main, combien ils étaient niallieureux, ils m'ont chassé de mon pays , dans l'état que vous voyez.
— Quoi , un Espagnol constitutionnel ! vous n'êtes donc plus catbolique .'
— Pas si bête , dit le Castillan ; j'ai lu Voltaire conqilet.
— Brave bomme ! reprit Philogène , venez chez moi ; je ne permettrai pas qu'un étrangers! éclairé souffre, plus longtemps |iour une si bonne cause. »
L'Espagnol répliqua que ses diverses connaissances lui permettraient de reconnaître ce service. Tout compte fait , il se trouva que ce qu'il savait encore le mieux, c'était de racler quelques vieux airs andalous sur la guitare : il proposa de les enseigner à la lille de la maison; Pliilogène accepta avec gratitude , s'applaudissant de voir cette fois ses bienfaits si bien placés.
IMais comme il passait, un jour en rêvant , derrière un berceau du jardin , il vit par hasard le professeur qui donnait à cette heure sa leçon de guind)arde à la jeune fille. Sa façon de démontrer ne plut pas à Pliilogène : il se fâcha.
« Vous n'êtes donc pas philosophe, lui dit le Castillan.
— Pas si bête, » dit Pliilogène; et, ramassant im râteau, il reconduisit très-vile le musicien a la porte.
Un heureux incident le vint dislraiie de ses chagrins : un banquier belge, compromis dans deux ou trois conspirations européennes, et traqué par la police de sa nation, le lit demander pour le prier de contribuer à une souscription considérable au prolii des enfants errants de la liberté. Le banquier ajouta qu'il n'avait plus que ce moyen de servir .ses opinions, qu'il y avait consacré toute sa fortune, mais qu'il était obligé d'appeler à son aide le peud'ânieslihérales(|u'il pomaily avoirdc parle monde. Le banquier tira là-dessus Il nmagnilicpieporlefeuilleappuyédeloulessorlesdegaranlies et de signatures. Pliilogène signa à son lour, cl pour une soiiiine un peu plus forle pciit-èlrc ipi'il ne lui conveiiail.
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Le banquiur devait leveuir; il ne revint plus. Pliilogène ét-iivit ;i 1?., eeutre des affaires de ce grand capitaliste.
On lui répondit, longtemps après, qu"ou ne savait ce qu'il voulait dire, mais qu'on avait connu autrefois un homme du nom qu'il citait, lequel avait été condamné pour une banqueroute, et, depuis ce temps, courait le monde en vivant d'escroqueries.
A ce coup, Pliilogène sentit se refroidir son enthousiasme pour les infortunes politiques; il se promit d'être plus circonspect à l'avenir en matière si délicate. A quehiue temps de là, il reçoit une lettre d'un correspondant de commerce qu'il avait dans le Piémont; il lui annonçait, dans cette lettre , qu'elle lui serait remise par un jeune homme de bonne famille qu'il lui recommandait bien vivement, et qui s'était vu forcé de s'expatrier pour une malheureuse espièglerie de jeunesse, pour laquelle il avait été condamné à être pendu...
Philogène pâlit et s'arrêta, se demandant quelles étaient donc ces espiègleries de jeunesse, qui faisaient pendre les gens dans ce pays-là.
La lettre continuait en disant que ce jeune homme avait été entraîné, par la générosité de son caractère, dans une de ces conjurations si fréquentes alors en Italie ; que le complot avait été découvert, et que le gouvernement, ayant vu clairement que ces messieurs se proposaient de l'égorger une nuit, avait trouvé assez naturel de les pendre.
" Ce n'est que cela ! dit Philogène. Bon jeune homme ! noble jeune homme ! c'est une victime; moi qui croyais... »
Il se rassura tout à fait ; car il pensait encore qu'il esS beaucoup plus grave d'assommer un honune au coin d'un bois, que de faire entretuer deux ou trois mille personnes, plus ou moins, dans une ville ou dans un royaume eu llanunes.
Lejeune homme ne s'était point présenté, comme le portait la lettre ; il admira tant de timidité et de délicatesse, et le (it chercher partout. Lejeune homme vint le lendemain. Philogène lui dit qu'il n'était rien qu'il ne fit pour son service sur la simple recommandation de son correspondant, et, le voyant assez mal en ordre, et peut-être embarrassé dans une ville étrangère, il le pressa de le mettre à l'épreuve. L'Italien refusa avec dignité. Philogène reconnut l'excellence de principes et lerang distingué dont lui parlait le correspondant. Une étroite liaison s'établit entre eux.
Un jour, le Piémontais arriva fort rouge et fort affairé. Il avait, disait-il, besoin d'un tel service, qu'il n'osait s'expliquer.
n Ah parbleu ! s'écria Philogène , il faut que vous soyez bien pressé pour m'accorder ce plaisir de vous obliger que j'attends depuis si longfenq)S. «
Il fallait à l'Italien une somme énorme ; Philogène n'eut pas le loisir de s'en éniouvoir, tant il était ravi. Il n'avait pas cet argent lui-même, mais il alla l'emprunter, et le livra à l'Italien.
L'Italien ne revint plus. On envoya chez lui ; il était parti. On écrivit au correspondant. La lettre, la conspiration, la famille étaient fausses : il n'y avait de vrai que la condamnation à la|)otence, et les espiègleries de jeunesse qui consistaient en quelques vols à main armée, et peut-être aussi quelques discussions sur le grand chemin , qui avaient entraîné mort d'homme.
Philogène était hors d'état de payer la sonnne qu'il avait empruntée, car ses affaires étaient tombées dans un grand délabremenl : on le mit en prison. Il en sortit quand on fut las de l'y nourrir.
A peine délivré , il apprit qu'on formait , pour une guerre lointaine , une légion composée de tous CCS honnêtes gens de diverses nations que la politique avait chassés du pays natal. On lui proposa d'y entrer ; il refusa.
> Mais, lui disait un jom- quelqu'un à ((ui il coulait ses déconvenues , d ne faut pas
ALBUM DES FRAXCAIS. 07
juger des pays par de si misérablps écliaiilillons; il se peut qu'il y ait chez ces peuples mêmes, dont vous êtes porté à mal penser, de très-braves et très-dignes citoyens.
— Helas! jele veux croire, dit Philogène; mais ceux-là vivent fort tranquillement, sans doute : je ne suis jamais allé chez eux, et ils ne viennent jamais chez moi. »
E. OuitLIAC.