LE CHIMISTE
L y a plusieurs variélés de l'espèce chimiste, sans coinpler celles qui ne peuvent être analysées. On est chimiste de par l'Institut, de même que l'on est homme de lettres à titre d'académicien ; ce qui n'empêche pas beaucoup de gens de lettres d'être étrangers à l'Académie; nous ne dirons pas d'académiciens étrangers aux lettres, cela paraîtrait trop incroyable.
Suivons le chimiste dans les diverses combinaisons qu'il affecte; étudions le secret de .ses affinités; sachons, si c'est po.<sible , sous quelle forme il .se présente à la loupe de l'observateur. Le chimiste existe : il s'offre à nous sous les emblèmes touchants d'une réalité actuelle et contemporaine; c'est un argument de littérature objective, comme di- .sent les Allemands. Le chimiste de nos jours est un homme positif. L'esprit humain se fatigue à donner à la fiction , en la parant de formes brillantes . le degré d'autorité qui convient à une croyance, et épuise toutes les formules du paradoxe pour arriver à une vérité grande ou petite. Le chimiste étant donné comme l'expression quelconque de ce réalisme qui passe pour un besoin de l'époque, nous trouvons qu'il répond parfaitement à sa vocation. (In rencontre en lui un homme simple, prime-.sautier, le savoir en cravate de taffetas noir et en redingote à la propriétaire. Ou s'est ingénié récemment à faire la caricature du génie, faute, peut-être, de pouvoir prêter au talent des couleurs assez séduisantes. Si le chimiste est autre dans son laboratoire que dans les romans, c'est que, apparemment, il est moins difficile d'être romancier que d'être chimiste.
Le chimiste est à la matière ce que le philo.sophe est à l'esprit. Cette vérité passée à l'état de dogme scientifique et littéraire, disons un mol du laboratoire du chimiste.
Le laboratoire d'un chimiste se compose de plu.sicurs pièces au rez-de-chaussée, qui diffèrent peu d'un atelier ou d'une fabrique: une cour d'un cAté , un jardin de l'autre, et entre les deux, le repos, si favorable .'i la science.
La première pièce, spacieuse et bien éclairée, forme le laboratoire proprement dit. C'est là que sont les fourneaux, adosiîés au mur, à cheminée conique, su.sccptible de recevoir un feu de forge. Au milieu , une table surchargée d'appareils de Woulf; des fioles, des flacons de toute dimension. L'un de ces llacons est rempli de l'eau de liayuKuid Lullc ,,uide nitrique^ tel admirable .savant (|ui fut excellent chimiste en croyant n'être qu'un homme politique, ce qui est arrivé h bien des personnes depuis Kaymond Lullc.