‹ Le PrismeChapitre 89 sur 106 · LA SOUS-MAITRESSE · texte numérisé non relu

LA SOUS-MAITRESSE

héla

^i^ ELLE-n . qui la connaît . qui la plaint , qui la console?

Et cependant elle est jeune, belle, spirituelle, intelligente. Hier encore, c'était une enfant rieuse, muline. et sans désirs. Mais la voilà grande-, ses tHudes sont lerniinécs; elle vient d'atteindre dix-sepi ans : et cet âge heureux, qui donne la liberté i toutes ses compagnes, qui le,« rend au monde, oi'i les attendent les fêtes , les plaisirs, les triomphes, ei les passions du monde , commence son isolement el .<a captivité : la pension

400 LE PRlSiME.

se transforme en prison. A dater de celle époque, elle ne s'appelle plus Louise , Anais , Julie , etc. ; on ne la désigne plus que sous le nom de son emploi , mademoiselle : elle est devenue sous-maîlresse.

Ses parents l'ont ainsi décidé. Pauvres la plupart du temps , ils se sont snignèx pour lui donner l'éducation d'une héritière; ils se sont imposé mille sacrifices pour lui préparer ce qu'ils appellent un avenir. Uu avenir entre les quatre murs d'un jardin ! le cloître avec lous ses ennuis , moins la vocation et la foi religieuse du cloître !

La sous-maîlresse est presque toujours la fille d'un petit employé ou d'un commerçant ruiné ; quelquefois même elle appartient à une famille noble déchue. Elevée selon le rang auquel la destinait son manque de fortune , placée de bonne heure dans un magasin, elle eiU pu apprendre un état, unir .sou sort à celui d'un habile ouvrier ou d'un petit marchand , connaître les joies du ménage , et vivre heureuse au .sein d'une honnête «lédiocrité ; mais ses parents auraient cru déroger en lui assurant celte humble condition. Ils se .sont imaginé qu'il serait plus honorable pour elle de posséder quelques connai.s.sances en histoire et en géographie , d'écorcher quelques phrases d'anglais ou d'italien, de mettre en pièces sur le piano quelques variations de Herz , de dessiner une tète antique d'après la bosse , que de savoir tenir des livres , diriger une maison de commerce , ou exceller dans une profession manuelle. Mais qu'elle payera cher, la pauvre enfant , les rêves ambitieux de ses parents et cette brillante éducation qu'ils n'auront pu lui donner qu'au prix de pénibles privations, et quelquefois qu'au prixmême de leur existeuce! N'avous-nous pas vu dernièrement cet orgueil malernel s'exalter jusqu'A la férocité? N'avons-nous pas vu une mère de famille, désespérée qu'un revers de fortune la forçât de retirer de pension sa fille aînée , avoir l'horrible courage de tuer les deux autres , et de se suicider aprè^, pour alléger ainsi les charges de son mari , et le mettre à même de continuer l'éducation de la seule enfant qui lui restait. Trois victimes immolées A celte folle vanité! tiois crimes dont le résultai probable sera de faire quelque jour de celte fille si aimée une .«ous-maîtresse ! Mais laissons là ces tristes réflexions; il y aurait trop ;\ dire sur ce fatal égarement qui pousse tant de familles pauvres on peu aisées à rêver pour leurs enfants un avenir au-dessus de leur position : c'est là une des plaies les plus douloureuses de notre époque , et celle cependant dont on semble s'occuper le moins. On célèbre lous les j(mrs avec emphase les bienfaits de l'éduralion, on cite les noms de quelques hommes .sortis des classes obscures , el parvenus par leurs talents aux grandes charges de l'Etat , à la forlune, à la réputation; mais on ne parle pas de celle multitude de jeunes gens jetés par l'aveuglcmenl paternel , .sans appui , .sans reconnnandation , sur le seuil des professions libérales, où les accueilleiil , après tant d'illusions \ite déçues, le décnuragemcnl . l'inaction , et quelquefois même la misère el le désespoir.

r»ès les vacances, le noviciat de la .sous-maître.sse conunence. La porte de la pension . qui livre passage à l'essaim joyeux des petites et des jeunes filles avec lesquelles elle a \écu jusqu'alors , se referme devant elle. Pour la première fois , elle n'ira pas animer de sa gaieté le modeste logement de sa mère , rendre visite à tous ses parents pour leur montrer ses prix el les étonner de ses progrès , assister le dimanche aux grands repas de famille, où le dessert lui donnait toujours l'occasion de chauler une romance, aux grands applaudissements des convives. Les spectacles, les pronu'nades à l'assy et à Sainl-dioud , les chemins de fer de Ver.iailles el de Sainiricrmain, lui soul interdits cetteanm'e; il faul qu'elle renonce à lous ces petits plaisirs, à tous ces pelits triomphes des \acances; il Luti qu'elle emploie ces deux mois fériés à se préparer au redoutable e\amen qui doil lui conférer le titre de sous-maîlresse. Sa première .sortie sera pour l'Iiotcl de ù\le, ort s'asseiulile le romitéehargé de la déli\rance des diplômes. Mais (|nrd'ini|niétudes . que de \eilli>

LA SOlS-MAITRliSSi:. 401

que d'insomnies .avant de couipaïaîlic devant cet angiisie tribunal ! iNuit et jour elle travaille , elle relit ses cahiers , elle dévore un à un tous les petits traités composés par M. Lévi , elle interroge sa mémoire, la met d'avance sur la sellette, la harcèle, lui Fait subir toutes les épreuves préliminaires du combat où elle va s'engager. Enfin , le grand jour arrive : la voilà sous les armes, dans tous ses atours , et avec toute sa science de pensionnaire, en présence du savant aréopage.

Aux premières questions qu'on lui adresse , son coeur bat, une vive rougeur colore ses joues , tout comme s'il s'agi.ssait d'une première déclaration d'amour; elle.se trouble , la tête lui tourne ; ce qu'elle savait si bien hier, ce matin , il n'y a qu'une heure, elle l'a complètement oublié. 11 se pa.sse dans sa mémoire une confusion inattendue; les montagnes se déplacent , les fleuves changent de lit , les villes de position ; la chronologie est tout intervertie ; les dates voltigent, les peuples passent de l'Orient à l'Occident, le port du Pirée devient le nom d'un homme ; enfin , les rois et les reines se heurtent , se mêlent, s'épousent, se détrônent, sans s'être jamais connus : c'est un chassé-croisé général. Heureusement pour elle , ce désordre et cette émotion débordent en deux ruisseaux de larmes qui implorent silencieusement l'indulgence des juges. Tout examinateur qu'on soit, il est bien difficile de n'être pas touché d'une pareille requête: aussi les aspirantes ne s'en font-elles pas faute. Celles qui ont passé trente ans peuvent même se permettre, à l'occasion , l'évanouissement ou l'attaque de nerfs. Mais ces moyens extrêmes offrent généralement moins de chances d'intérêt. Les secours que réclame la position d'une femme qui se trouve ou qui feint de .se trouver mal , l'empressement qui se fait autour d'elle , les fenêtres qu'on ouvre , les flacons, les verres d'eau qu'on apporte , tout ce tumulte, ces cris, ces soins, affectent presque toujours désagréablement les spectateurs désintéressés. Les pleurs , à la bonne heure ! voilà une recommandation qui manque rarement son effet: soyez donc insensible aux larmes d'une pauvre petite échappée de pension qui frissonne de timidité sous vos yeux!

Aussi ou la rassure par quelques paroles bienveillantes, on l'encourage par un sourire presque galant, on la remet sur la voie. La mémoire et la réplique, un instant en déroute, lui reviennent peu à peu . tout rentre dans l'ordre. Mnémosine a touché du doigt sa jolie lêle ; la sérénité et l'esprit d'à-propos renaissent après cet innocent orage , qui s'est fondu en quelques larmes; le sourire des juges a signalé , comme l'arc-en-ciel , le retour du calme. Bref, elle sort de cet examen si redouté par la porte d'ivoire : celle de l'espérance.

Donc elle est reçue. Elle possède enfin son diplôme d'institutrice; la voilà en règle, patentée comme le médecin et l'épicier; elle pourra maintenant attendre de pied ferme les visites des dames inspectrices dans le cours de l'année scolaire. La chaîne est rivée ; Dieu sait quand et comment il lui sera po.ssible delà rompre.

Pendant les premières années , elle ne la sent guère. La nou\eaulé de .<oii autorité flatte sou amour-propre; elle se laisse aller à cet entrain de la jeunesse qui rend tout facile et aimable. D'ailleurs, rien ne semble changé à .son existence : ce sont toujours les mêmes occupations et les mêmes distractions ; son costume même n'a pas été renouvelé ; la robe de soie bleue et le chapeau de paille blanc d'uniforme ne sont pas usés; .sans le grand chàle dont elle s'enveloppe les jours de .sortie , vous la confondriez facilement avec ses élèves. Pendant les classes, elle affecte bien, pour réprimer les caquetages, des airs de gravité qu'un sourire dément à chaque injonction ; mais vienne l'heure de la récréation, si, au milieu de toutes ces enfants qui glapi.<senl dans le jardin, qui se poursuivent en riant , qui »e livrent à la gymnastique , aux jeux du \olant et de la poupée . \ous apercevez une jeune fille pleine de santé . le visage en feu . les cheveux au vent . la

première à la course , la plus agile aux exercices , la plus animée à lous ces auuisemeiils , soyez certain que c'est la sous-raaîlresse. Sa surveillance est encore un plaisir. Elle est la reine de cette ruche d'abeilles qui bourdonnent autour d'elle, la consolatrice des affligées, la protectrice des opprimées, l'idole de toutes. Aussi le jour de sa fête lesbourses de la pension ont-elles été vidées pour lui offrir un cadeau : jamais souscription ne se fit avec plus d'empressement , de gaieté et de mystère. Mademoiselle est si bonne , si douce , et surtout si enfant ! .\ l'époque des vacances . il est bien rare qu'elle ne reçoive pas quelque in- \itation des parents de ses élèves favorites pour aller à la campagne : c'est à qui l'aura et la fêtera de son mieux. Comment toutes ces petites ovations ne lui dissimuleraient-elles pas tout ce que sa position a de précaire et de dépendant ?

Malheureusement le temps marche, et à sa suite les désirs, les rêveries, les besoins. On ne peut pas toujours jouer à la poupée , même lorsque la poupée est de chair et d'os , et qu'elle marche , babille , et pleure tout de bon : aussi peu à peu la sous-niaîtresse se prend-elle à réfléchir. Cette existence réglée à son de cloche commence à lui apparaître sous de sombres couleurs. Doit-elle donc passer sa vie à faire taire des petites filles, à veiller àce qu'elles ne se barbouillent pas la figure d'encre, à leur seriner les principes du catéchisme et de la grammaire? Lui faudra-t-il

Traîner dans un jardin une éternelle enfance?

Clarisse, qui était moins jolie qu'elle, a épousé un avocat; Adèle, qui louchait horriblement, est devenue la femme d'un médecin; la pâle Clolilde. qu'on avait surnommée Notre-Dame des sept douleurs, a déjà quatre enfants : son mari est l'un des plus riches marchands du quartier des Lombards. Charlotte , qui n'a jamais pu comprendre la diiision, Charlotte, d(mt l'ineptie et la magnifique chevelure rousse étaient l'objet de toutes les moqueries , trône maintenant dans un salon .somptueux de la Chaussée d'Antin : sa dot a tenté un banquier. Toutes sont heureuses, ou du moins dans les conditions ordinaires du bonheur. Seule de ses anciennes compagnes , la sous-maîtresse languit délaissée. Brillez donc de tout l'éclat du jeune âge ; que votre miroir vous dise chaque matin que vous êtes belle ou gracieuse ; ayez l'esprit orné , le cœur ouvert aux sentiments tendres , aux nobles impressions ; soyez douée des plus aimables qualités , soyez , en un mol , une de ces femmes dont on dit dans le monde : C'est une femme charmante : tout cela |K)ur jouer niaisement à La tour, prends garde avec des pensionnaires! A quoi bon alors la jeunesse! à quoi bon l'esprit, le dèsW de plaire, le besoin d'aimer, et tous ces rêves délicieux. Ions ces élan.s du cœur!

Il est bien difficile qu'au bout de quelques années d'exercice la sous-maître.sse ne hs$e ce triste retour sur elle-même. Elle prend en dégoiU celle vie de reclu.se à laquelle elle est condamnée : tout lui pèse, tout la fatigue : elle reste étrangère aux bruyants amusements qu'elle partageait naguère. Ses pensées ne sont plus au milieu de tous ces petiLs êtres roses et blancs, longtemps sa famille et ses seules affections : ses pensées font l'école buissonnière. emportées par les désirs, inquiétées par les regrets. Combien elle regrette, la pauvre fille, sa beauté qui décline, sa jeunesse qui s écoule , et le lim/is perdu!

Le peu qu'elle entrevoit du monde, par échappées, du fond de rinunense chapeau où son vi.sagc est englouti . lors(|ue, ses jours de sortie, elle conduit s;i vieille mère aux Champs-Elysées cl sur les boulevards, ne Fait qu'augmenter l'amerlumede ses réflexions. Voilà \e» hi'ureuscs du siècle qui pas.seut : les unes la coudoyent , les autres l'éclabouiisenl, ouvrières, bourgeoises, el grandes dames. Le soleil luit pour toutes ces privilégiées : pour toutes, le» agitalious prospères ou adverses de la \ic sociale, les joies de la Famille, les

LA SOLS-MAlTRESSi:. 403

douceurs de la iiiateriiilé; pour toutes, exccplé pour elle, qui ne tient au monde , ni par les plaisirs qu'il procure, ni par les peines et les soucis qu'il engendre. Le sort de la bourgeoise endimanchée qui se promène triomphalement , flanquée de son mari et de ses enfants, ses plus beaux diamants, lui semble aussi digned'envie que celui de la femme élégante qui se prélasse, nonchalamment inclinée sur les coussins moelleux d'une calèche. Kt si son cœur souffre douloureusement des comparaisons que lui suggère naturellement le spectacle de cette foule radieuse, sa vanité féminine n'est pas moins vivement blessée. Au milieu des parures fraîches ou brillantes des promeneuses, elle se sent presque rougir de sa mise plus que modeste. Mais le moyen de n'être pas toujours de deux ou trois ans en arrière de la mode avec les quatre cents francs qu'elle reçoit d'appoinlemenis, cl dont elle emploie une partie à procurer quelques (/w«c«ri à la vieillesse de sa mère! S'il est un art, comme Fa dit Gresset,

de donner d'heureux lours A l'élamine, à la plus simple loilc ,

les nonnains en oiit emporté le secret; la sous-maîtresse ne l'a jamais connu, tl poiii qui , bon Dieu! voudriez-vous qu'elle se mît en frais de toilette? Sur qui essayer le pouvoir (le ses charmes et les agaceries de sa coquetterie? Sur les professeurs /c^/'/ui habiles (le la capitale (style de prospectus) , qui viennent , pendant une heure , donner des leçons aux pensionnaires? Hais le maître d'écriture est un homme de cinquante ans, chauve comme la main, spirituel comme une rame de papier, ébouriffant comme une letlre majuscule ; il porte des breloques à sa montre, et n'a pas de sous-pieds à son pantalon. La belle tentation de devenir l'épouse de ce monsieur! Le maître de dessin est marié en troisièmes noces, et père de cinq enfants. Le maître d'anglais... goddamf... c'est un homme jugé. Celui d'allemand? il est Allemand. Le professeur de musique? Ah! celui-là , je ne répondrais pas qu'il ne fixe plus particulièrement qu'il ne faudrait l'attention de la sous-maîtresse. Il est jeune (à peine vingt-cinq ans), blond , bien frisé, d'une tournure et d'une mise élégantes; .ses habits décèlent le ciseau d'Humann ou de Roolf; sa cravate est toujours artistement arrangée, et .«a chaussure ne laisse jamais rien à désirer pour le vernis. Mais c'est un premier prix du ro/iicnfl^oirc' Comprenez- vous? Un premier prix du Conservatoire, c'est-à-dire un jeune homme qui se croit appelé aux plus hautes destinées musicales, et qui en attendant daigne enseigner le solfège. 11 a déjà tout le sérieux du génie : il est grave , roide, compassé. En entrant dans les classes , et en sortant , il salue d'un air froid la sous-maîtresse : c'est là la seule marque d'attention qu'il lui donne; demandez-lui si elle est jolie, il vous répondra qu'il ne l'a jamais regardée. Toutes les petites filles en raffolent malgré .sa sévérité , et se disputent le plaisir de se faire gronder par lui. Il est le sujet de leurs conversations les plus importantes: «M.*** n'est pas de bonne humeur aujourd'hui. — Tiens, il a oublié sa canne à pomme d'or. — Il a un gilet blanc. — 11 a coupé ses moustaches. — Je l'aime mieux comme cela. — H est moins bien. — Il ressemble au frère d'Krnestine, etc., etc. » Tout en feignant de faire finir ce feu roulant de commérages, la sous-maître.ssc ne lais.se pas que d'y prendre un intérêt trop grand pour .son repos; et les regards qu'elle jette à la dérobée sur le jeune dandy prouvent suffi.samment que toutes ces observations de pensionnaires ne lui sont pas indifférentes. Examinez-la avec attention lorsque la clochette du portier annonce l'arrivée du professeur de musique, et je me trompe fort si vous ne remaniuez pas sur .son visage et dans son maintien (|utli|ue indice d'un amour naissani, qui ne demanderait

404 LE l'KlSMt,.

pas mieux que de grandir. Mais pailcz donc d'une sous-inailresse à rt; fîilur Beelluiveii . qui a déjà fait une romance !

Voilà, si je ne me trompe, le personnel masculin dont les besoins des éludes nécessitent la présence à la pension. Toujours les mêmes figures plaies , ennuyées ou dédaigneuses; cela n'est-ii pas bien réjouissant ? Kt , cependant , dans sa vie monotone . c'est là l'unique distraction de la sous-maîtresse. Qu'un profes.<eur soit remplacé par un autre, grave el rare événement, ce changement l'occupera pendant tout un mois. .Ne faut-il pas être bien abandonnée de Dieu el des hommes pour èlre réduite à considérer une chose aussi insignifiante comme une bonne fortune ? Un habit noir râpé remplacé par un autre non moins râpé; un cuistre succédant à un cuistre; le pédantisme sous la forme d'un pauvre diable, maigre , jaune , efflanqué, venant s'asseoir à la même place qu'il avait hier sous la forme d'un gros homme , court et replet : l'ennui en long au lieu d'être en large. Tudieu ! le joli passe-temps! Mais, qu'y faire? la sous -maîtresse n'a pas le choix. Ah! qu'il vaudrait mieux , sans doule , donner à ses pensées un cours plus naturel , rire en liberté de tous ces riens, qui altirenl si facilement sur les lèvres des jeunes filles ce sourire frais et rose comme la bouche; rêver à celte chose imporlanle, qui comprend loules les autres, et qui fait pâlir les fronts de dix-huit ans! Voilà ce qu'elle se dil .souvent en se promenant sous les tilleuls poudreux de sa prison. L'air est tiède; la grande ville bourdonne : à deux pas le plaisir, la passion, le mouvement. Mais tous ces bruits confus viennent expirer au seuil de la pension : les murs sont sans échos , el sur la porle d'entrée, à c6lé de l'inscriplion ordinaire

msrinnoy de jeunes demoiselles.

Page 1