BOARDIX; .SCHOOL FOR YOUNG LADIES
vous pouvez lire ce nota benc i.issur.inl :
L'Instilittion n'a pas de fenêtres sur la rue.
Pas de fenêtres sur la rue! Cela ne vaut-il pas l'inscriplion infernale du Danle : f.asciate ogni speranza, etc. Pas de fenêtres sur la rue ! Ainsi donc, pour la sous-maîtres.sf , pas même cet honnête délassement de tous les ennuis, celle iniuiccnle dishaclion du pauvre comme du riche, cette récréation de la gri.settc laborieuse, (jui inlcrrompt son travail pour s'accouder à sa croisée et regarder les passants ! Lai.s.sez donc loule espérance, dites adieu à loules les illusions du jeune âge , ("i \ous qui entrez en qualilé de sou.s-maitresses dans ce couvenl le pins li isie des couvents. Sd'ur Hélène , vos yeux noirs .soni (rop vifs, amortissez-CD le feu; les vôtres sont trop rêveurs, .sœur Julielle, et les rêves sont défendus; sœurs Hurleuse, (iabrielle, Lucie, .sans êlre habile plirénologisle,je vois dans vos physionomies certains signes que, pour volrc repos, il faul faire nu-iilir. Ilemuicez aux soins de la parure qui vous embellissent, refrénez les élans du cœur, étouffez les désirs dont l'aiguillon vous poinct, reniez le monde, .ses pompes et ses œuvres: maii.-;eManl vous pou\ez entrer, vous voilà parfaites.
A force d'aspirer à ce degii> de /ler/iilion. nu eoncoil quelle niél.iniorphosc doil
LA SOUS-MAlTRESSli. iO:>
s'opérer peu à peu daus la sous- maîtresse. Revoyez-la quatre années après na prise ilc voile : que sont devenues sa gaieté, son insouciance, son humeur franche? Klle est triste, .sérieu.se, pensive. Kt sa beauté, sa fraîcheur, .sa sauté? Aux riches couleurs quianiniaieni ses traits a succédé cette pâleur conventuelle , ce teint d'une blancheur fixe et sans saveiii que donnent les habitudes sédentaires de l'existence claustrale. Dix années de la vie pa lisienne, qui use si vite les femmes, dix années passées dans le tourbillon du monde, au milieu des plaisirs, des fêtes, des fatigues du bal, ne l'eussent pas si complètement chan gée que ces trois ou quatre ans inoccupés, sur lesquels s'est levé le même soleil terne : l'inaction épuise souvent plus que l'activité.
Enfin, un beau jour, la force de la jeunesse, la curiosité du cœur et des sens, prcnneni le dessus : la sous-maîtresse forme la résolution de ,se soustraire, coûte que coûte, à cet engourdissement. Le moindre prétexte lui suffit : l'institutrice en chef lui aura rcprocliide négliger ses devoirs ; la pluie aura tombé peudant toute une semaine ; ses élèves auront été plus insujij'ortabics qu'A l'ordinaire, le professeur d'écriture plus démesurément lourd, celui de nuisique , plus prodigieusement dédaigneux. Il n'en faut pas davantage pour l'affermir dans son projet , elle veul quitter la peiisiou :
Cherchez qui vous mêni'.
Mes chères brebis.
Avant de franchir le seuil de celte maison ofi s'écoula son enfance, elle éprouve bien un peu d'hésitation. Mais le désir de voir, de connaître, de sentir, la pousse : elle glisse le long de ces tristes murs en leur jetant un regard d'adieu. La porte s'entr'ouvre, et la voilà dans la rue, inquiète, mais pcmrtant joyeuse. Oi'i ira-t-elle? que fera-t-elleau milieu de ce monde dont elle ignore le langage et les mœurs? Klle marchera tout droit devant elle, heureuse de sa liberté, jusqu'à ce qu'elle rencontre un obstacle sur sa loute un de ces obstacles comme il s'en pré.senle tant dans la vie des jeunes filles sans fortune, à qui la société refuse une position conforme au luxe de leur éducation; quelque jeune désti'uvré qui trouvera piquant d'éblouir et d'abuser .son inexpérience; ou quelque jeune artiste encore obscur, tout juste assez niais pour être dangereux, qui cherchera à lui faire partager ses rêves de fortune et de gloire. Kt si son pied gli.sse à ces premières embitehes, si ce mot d'amour traîtreusement répété à .ses oreilles la trouve au dépourvu, jette, qui s'en sentira le courage , des pierres dans .son jardin : la pauvre fille est plus à plaindre qu'à blâmer.
Toutefois , disons-le, ce n'est pas ainsi que finit communément la sous-maitressc. Klle a d'autres cordes à son arc : tristes cordes, à la vérité, et qui ne valent guère mieux i|ue celle de pendu.
Est-elle d'une nature indolente et passive , s'est-elle résignée dès le cimuneiieemcnt aux pratiques fastidieuses de son emploi , et n'a-l-elle, e;i abandonnant sa première |)eiision, voulu que satisfaire un simple besoin de locomotion : alors vous allez la voir transporter son ennui aux quatre coins de Paris. Elle s'ennuyait au faubourg Sainl-llonoré, elle ira s'ennuyer au faubourg Saint-tiermain ; du faubourg Saiirl-(icriiiain elle |iassera au Marais, du Marais au faubourg Saint-Anloine. Ses péiégrin liions s'élendronl même extra muros, dans un rayon de deux myriamètres : les principales inslilulious de la banlieue hébergeront sucessivement son ennui vagabond. Klle se traînera ainsi à travers une longue enfilade de dortoirs, de classes, de réfectoires, jusqu'à sa Ircnlième année. Une lois parvenue à ce terme , elle .songera à prendre .sa retrailehonorablemcnl. On n'accueille guère, en effet , de sous- maîtresse au delà de cet âge. Une figure ridée ferait tache au
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milieu (ie c."s visages bouffis : pour vivre coiUinuellement avec ce petit uionde. pour comprendre ses besoins, ses passions, pour s'associer à ses jeux cl à ses douleurs, i! faut être un peu enfant soi-même; il faut n'avoir qu'à se baisser pour se trouver au niveau de ces petites têtes turbulentes; il faut, en un mot, qu'à travers la sévérité officielle , il perce de temps à autre quelques fraîches réminiscences de gaminerie. La jeunesse est donc une qualité indispensable : imaginez-vous une sous-maîtresse de quarante ans sautant à la corde ou jouant an cerceau? Aussi , avant d'atteindre ce terme fatal, l'ambition lui est venue : elle n'aspire rien moins qu'au grade d'inspectrice, sorte de factotum femelle qui voit tout, qui sait tout, qui doit être présent partout. C'est là le bâton de majordome qu'elle a trouvé dans la poche de .son tablier de pensionnaire. Une fois investie de ces éniinenles fonctions, elle prend avec sécurité ses quartiers d'automne. Oue l'institution soit vendue, qu'elle passe en d'autres mains, peu lui importe: elle y est fixée à perpétuelle demeure ; sa longue expérience la met à l'abri des changements de dynastie , elle est réputée immeuble par destination.
A-t-elle amassé quelques économies , chétive épargne de fourmi prévoyante , elle porte plus haut ses \urs ambitieuses : il s'agit pour elle de foiuierun élablissement d'éducation. V.n passant dans un qnartiei- populeux, arrêtez-vous devaril celle maison .sombre, dont l'extérieur, bariolé de différentes enseignes, annonce les nmiibreuses industries qu'elle abrite; sur un tableau décoré de deux sphères peintes, vous lisez ces mots en gros carac-
tères :
/i.V/AAM // DIRIGE /'./H MJDEMOLSEI.LE '". IL Y A UNE TERRA.SSK.
C'est là que vous retrouvez la sous-maître.s.se défroquée dans un modeste appartement , au troisième étage, an milieu d'une vingtaine de petites filles auxquelles elle apprend, moyennant une faible rétribution mensuelle, la lecture, l'écriture et le calcul. Il y a loin, .sans doute, de ces deux on trois chambres garnies de quelques tables boiteu.ses, et ijui servent à la fois d;' cla.sses et de réfectoires (ainsi que l'indique la rangée de paniers disposés sur les planches^ . au comfortable des salles d'étude de l'insiitution. Les extei'ues .■•ont souvent mal peignées, mal ajustées; .souvent aussi le prix de leur détention .se fait attendre ; car elles appartiennent à des familles d'ouvriers ou de marchands peu aisés, qui songent moins à leur éducation qu'à .s'en débarrasser pendant une partie du jour. Mais dans ce pauvre recoin tout imprégné d'odeurs infectes de fromage, de charcuterie, de salaisons, qu'on appelle un externat déjeunes demoixeUes, notre aneieiine siousmaîtresse .se trouve mille fois plus heureuse que dans la vaste cage où elle régentait na- Cuère une bande de jolies pies bien dressées , bien proprettes , et des mieux embecqnetées. L'air de la liberté sent toujours boa ; et elle est libre. Klle s'appartient eiilin à elleinéme. l'Iusde cloche importune i|ui lui eoaimande à heure fixe le .sounneil et le réveil. Klle peut disposer co:iuue elle l'entend de se.> matinées et de ses soirées. Les dimanches cl les jmirs de fêles, elle est plus bourgeoise que la bourgfnùse elle-même. Pour comble de bonheur, supposez, et la supposiliiui est presque toujours vraie, qu'il deaieure dans sa maison un employé de bureau encore vert, de mœurs ra.ssi.ses, ayant (/hc/i/hc /W/i/h/t des helleslellres, et, avant iiueaniuV, le nom de madame "' rempl.iccra sur l'eiiseigue de l'cKlerual celui de mademoiselle '■■. An lieu d'une terrasse . on aura nu jardin . on premli'.i