MONSIEUR ET MADAME RONDEAU. COCO
RoKDEAL. — Là. voyez-vous, madame Rondeau? l'ai -je dit? nous arrivons trop lard. C'est tous les jours la même chose. J'ai beau vous répéter: « Désirée, dépéche-toi. Désirée, tu sais que l'on commence à dix heures.» c'est comme »\ je.. . plaidais...
M""'Ro>DEAL. — Aujourd'hui , par exemple, c'est la faute de Françoise... Cette fille-là attend toujours le dernier moment pour faire les choses... Je lui avais pourtant bleu rccnmmaiulé hier au soir de me repasser ma rebc bleue pour ce matin.
M. RoM)EAi. — C'est pour ea qu'elle l'a lepassée aprè.< le déjeuner , ci quand j'étais tout prêt à partir...
M"" RoriDKAi. — La sotte l'avait oubliée...
M. RojiDEAi. — Il fallait prendre une autre robe.
M°" RoxDEAï. — Ma bleue est ma meilleure... , et je ne pouvais me di.^penser de faire de la toilette aujourd'hui... On juge des assassins... 11 y aura du beau monde...
M. RosDEAC. — Le beau monde a des billets, des banquettes réservées..., et nous n'eu avons pas... Aussi serons-nous placés où il plaira à Dieu.
M"" RosDEiu. — Nous trouverons toujours de la place.
M. Rondeau. — Après avoir fait queue pendant deux heures!... Moi , d"abord, quand je n'ai pas ma place accoutumée , je n'ai plus de plaisir...
M""' RoiTOEAi'. — Prenons toujours notre rang à la queue.
Coco. — Papa...
M. Rondeau, à un homme en blouse qui est à la queue. — Môssieur, seriez-vous assez honnête pour céder votre rang à mon épouse ?
L'homme en blouse. — Oùs' qu'elle est vot' épouse?... C'est ça, vot' épouse?
M. Rondeau. — • Oui , môssieur.
L'homme en blouse. — Oh! c't' épouse!
( Rires à la queue.
M. Rondeau. — Comment! môssieur... je vous parle pliment, et vous me répondez en tournant mon épouse en ridicule !
Coco. — Dis-moi, papa...
M"' Rondeau. — Voyons, monsieur Rondeau , finis...
M. Rondeau. — Non : mais c'est là le fait d'une personne fort mal élevée...
L'homme en blouse. — J'ai pas été élevé du tout... Vous commencez à me scier, vous!
M"" Rondeau , d .son man. — Mon ami...
M. Rondeau. — Il suffit... Cette explication me satisfait.
L'homme en blouse. — C'est heureux... Si tu n'es pas content, nous n'avons qu'à sortir... j' te casse en deux, toi et m'ame ton épouse...
Un sergent de ville, s' approchant. — Avez-vous bientôt fini parla?... Si j'entends encore un mot, je vous fiche tous à la porte...
M. Rondeau. — A la bonne heure!... voilà les vrais protecteurs de l'ordre public... ( Élevant la voix de manière à être entendu ) j'estime beaucoup le corps des braves sergents de ville.
Le sergent de tille. — On n'a pas besoin de votre estime... Tenez-vous tranquille... vous et votre famille... si vous pouvez...
M""" Rondeau, bas à son mari. — C'est qu'il ne nous reconnaît pas... p;trce que j'ai mis mon chapeau rose...
M. Rondeau. — H nousa vusassez souvent, pourtant...
M""' Rondeau, bas à son mari. — Attends, je vais lui parler. (./« sergent de ville, avec un sourire aimable) Pardon, sergent... Est-ce que vous ne nous reconnaissez pas?
Le sergent de vu.le. — Si vous .sortez de la queue, je vous flanque dehors...
M""' Rondeau. — Mais, c'est nous... regardez-nous bien.
Le sergent de ville. — Eh ben !... après?
M"" Rondeau. — Nous , qui venons tous les jours...
Le sergent de ville. — Ou'rsl-re que ça me fait ?... je ne vous parle pas.
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LES UABITUKS DE LA COUR D'ASSISES. AAà
M""' Rondeau. — Fi ! il esl brûlai comme un cheval. M. RoNiiEAu. — 11 faut ça pour l'ordre public... Cuco, tirant SOH père par la manriie. — Papa...
M. Rondeau. — Qu'est-ce qu'il y a?... voilà une heure que tu le pends à mon habit. Coco. — Papa... est-ce que nous allons voir encore des voleurs? M. Rondeau, gravement. — Oui, mon fils... des voleurs... et même des assassins... Coco. — Des assassins?... Qu'é que c'est, papa?... je n'en ai pas encore vu... M. Rondeau. — Ce sont des scélérats qui ont tué une ou plusieurs personnes... Coco. — Oh! papa... alors j'aurai peur... je ne veux pas entrer... M. Rondeau, sentencieusement. — Il faut, mon fils, craindre le crime eucoie |)lus que le criminel...
M"" Rondeau. — Ainsi que le disait l'autre jour M. l'avocat général.