‹ Le prisonnier de HamChapitre 14 sur 70 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

triste expérience, doot la France ne veut pas; j'établirai la liberté sans désordre et le pouvoir sans violence. Pour justifier mon initiative et mon intervention personnelle dans une lutte si grave , je ferai valoir pour les uns mon droit héréditaire , pour les autres mes principes , pour tous les intérêts communs du pays et le besoin de rendre à lu France le rang qu'elle doit occuper parmi les nations européennes; mais je n'accepterai rieu que du vote libre de la nation, car on n'impose jamais sa volonté ni sa personne à un grand peuple.

Le nom qui retentissait de toutes parts était le sien, et il voulait le présenter 'sous une forme vivante aux frontières de la France. 11 voulait aussi le soumettre à l'épreuve du grand principe de la souveraineté du peuple, objet de ses convictions les plus intimes , et en consacrer les décrets.

Le sort n'a pas permis que cette épreuve fût faite. Le prince croyait alors qu'elle ne serait pas douteuse, et nul ne peut affirmer qu'il se trompftt. Ce qui est certain, c'est que la plupart de ceux qui ont été compromis dans l'affaire de Boulogne s'embarquèrent avec lui sans connaître le but de son voyage et sur la seule foi de son honneur et de son nom. Et cependant l'entreprise étant manquée,

le prince captif, tout espoir perdu, pas une seule des soixante personnes mêlées à ce désastre n'exprima jamais le plus léger regret d'avoir pris part à la tentative ; bien plus , quoique trop souvent la mauvaise fortune rende injuste , quoiqu'elle excite aux récriminations et aux discordes , nul de ceux qui prirent part à cette malheureuse expédition ne cessa son culte pour l'honneur du chef ni son respectueux dévouement pour sa personne. On peut juger un homme qui sait avoir de tels amis !

Le prince quitte Boulogne escorté par la gendarmerie. Les ordres les plus précis avaient été donnés pour qu'aucune marque de respect ne lui fut rendue, et on le prévint tout d'abord qu'au premier mouvement qu'il ferait, on tirerait sur lui. 11 conserva dans «jette humiliation apparente la force de caractère qui est l'indestructible héritage de sa race , et contre laquelle toute tyrannie , petite ou grande, est sans pouvoir. La destinée des fidèles compagnons de son malheur préoccupait seule sa pensée; c'est pour eux seuls aussi qu'il réserva toute son énergie. Le galop monotone des soldats qui l'entouraient , les villages qui disparaissaient l'un après l'autre , les figures étonnées qui se montraient sur son passage, tout fut vague pour

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