‹ Le prisonnier de HamChapitre 28 sur 70 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

Les écrits du prince Napoléon-Louis ne portent pas cette empreinte d'uniformité qui, de nos jours, caractérise trop souvent les œuvres de chaque écrivain, renfermées qu'elles sont dans le cercle d'un même ordre d'idées. On sent que sa plume obéit aux besoins variés de son imagination , qui s'exerce, à tour de rôle, sur tous les sujets qui la frappent.

Parmi ses publications successives, il en est une qui fut particulièrement remarquée et dont plusieurs éditions s'épuisèrent; elle a pour titre : Fragmenta historiques — 1688 et 1830. — Le but principal du livre est de combattre le parallèle que M. Guizot a cherché à établir entre la révolution d'Angleterre et celle de la France, deux événements qui ne sauraient se comparer : d'abord parce que la meilleure raison, comme Ta dit ailleurs le savant historien ministre, pour qu'une chose n'arrive pas, c'est qu'elle soit déjà arrivée; ensuite par ce motif tout spécial à Guillaume d'Orange, que, placé à la tête d'une nation puissante, il sut, dès l'abord, s'identifier à un grand principe dont il se fit lui-même l'âme et la vie. Malgré l'opposition qu'il rencontra, Guillaume fut réellement populaire et continua de l'être même après sa mort , sans avoir jamais fait aucun

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sacrifice d'amour-propre ni d'opinion pour gagner cette popularité.

On ne peut s'empêcher de remarquer, à ce sujet, combien M. Guizot a oublié dans la pratique les théories qu'il expose en parlant de la révolution d'Angleterre que Louis Napoléon nous montre donnant à chaque page cette leçon aux rois : « Mar- » chez à la téte des idées de votre génération , et » elles vont vous suivre et vous soutenir ; marchez » à leur suite, et elles vous entraîneront avec elles; » marchez contre elles , et elles-mêmes vous ren~ » verseront. » A voir aujourd'hui M. Guizot à l'œuvre , on pense involontairement à ces hommes qui , lorsque les omnibus de Londres sont arrivés à la station, remplacent, pour quelques minutes, le cocher absent, et claquent du fouet pour faire croire aux chevaux que leur vrai conducteur est toujours sur son siège, tout prêt à les faire repartir. Ainsi fait M. Guizot sur le char de l'État; mais bientôt la main réelle va paraître, qui lancera les voyageurs en avant, en dépit de toute résistance!...

Ces fragments historiques sont précédés d'une courte préface, qui sera certainement relue un jour, lorsque l'heure de la justice et de l'appréciation impartiale aura sonné pour le prince Napoléon Louis.

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Nous ne résistons pas au plaisir de la copier, tant elle reflète fidèlement l'homme lui-même, tel qu'il sera, plus tard, vu et compris.

« En livrant à la publicité cet extrait de mes y études historiques, j'obéis au désir de repousser » d'injustes attaques par le simple exposé de mes >' convictions et de mes pensées

» Loin de moi l'idée de recommencer une polé- » mique où les passions luttent toujours avec plus » de succès que la raison ; il me suffiit, pour venger » mon honneur, de prouver que si je me suis em~ » barqué audacieusement sur une mer orageuse, ce * n'est pas sans avoir d'avance médité profondé- » ment sur les causes et les effets des révolutions, » sur les écueils de la réussite comme sur les gouf- » 1res du naufrage. Pendant qu'à Paris on déifie les » restes mortels de l'Empereur, moi, son neveu, » je suis enterré vivant dans une étroite enceinte; » mais j'ai appris à ne pas m' étonner de l'inconsé- » quence des hommes , et je remercie le ciel de » m'avoir donné comme refuge, après tant d'éprcu- » ves cruelles, une prison sur le sol français. Sou- >' tenu par une foi ardente et par une conscience » pure, je m'enveloppe dans mon malheur avec ré-

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» signation, et je me console du présent en voyant » T avenir de mes ennemis écrit en caractères inef- » façables dans l'histoire de tous les peuples. »

C'est à peu près dans le même temps que le prince conçut le projet d'écrire une histoire de Charlemagne et crut devoir s'adresser à M* Sismondi, malgré le souvenir de la vive opposition que ce célèbre écrivain avait faite à la prolongation cfc son séjour en Suisse. 11 reçut une réponse qui sera lue, sans doute, avec intérêt.

« CMnes, 22 juio

» Prince,

» La lettre que Votre Altesse Impériale m'a fait » l'honneur de m'adresser me touche autant qu'elle )> me flatte. Je craignais, en raison des souvenirs » de 4838, d'avoir tout à fait perdu votre bien- » veillance*. Je sentais qu'au fond j'avais totale- » ment différé des vues de Votre Altesse ; d'abord, » en ce qui touche le principe démocratique dont » vous admettez l'application pleine et entière, tan-

M. Sismondi avait été un des plus chauds opposants, dans le conseil de Turgowie, à la prolongation du séjour

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