CHAPITRE PREMIER
La génération actuelle ne sait rien de l'Empire, excepté sa gloire et ses revers, et le sort de la famille impériale nous est aussi peu connu que l'était celui des Bourbons aux enfants de l'Empire; car l'exil n'inflige pas seulement la retraite, mais encore l'oubli. Je ne sais à quoi cela
tient, disait l'impératrice Marie -Thérèse; mais
les absents me passent de l'âme mot désolant
qui ne peint que trop la nature humaine ! L'éloignement ajoute toujours son œuvre à celle du temps, et l'exilé garde ses souvenirs sans en laisser d'autres derrière lui, si ce n'est ceux de l'ingratitude. La famille Bonaparte est pour l'histoire un grand et nouvel exemple de cette triste vérité. Tous ses membres dispersés sur la terre étrangère ont accepté les sévères décrets de la Providence avec une soumission pleine de no 1 blesse (1). Calmes et dignes, ils ont tous su se créer un utile et glorieux emploi de leurs talents ou de leurs loisirs, et si leurs noms ont paru parfois dans les colonnes des journaux , ce n'a jamais été que pour la publication de quelque action généreuse ou de quelque défense contre d'injustes attaques.
Notre dessein n'est pas d'écrire la biographie des princes exilés de la famille impériale. Nous ne voulons nous occuper que d'un seul d'entre eux, qui représente aujourd'hui toutes leurs espérances.
Charles-Louis-Napoléon Bonaparte, second 61s de Louis Bonaparte et de la reine Hortènse, était
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très-airaé de l'Empereur, qui trouvait dans son babil enfantin uue amusante distraction aux vastes soins de son esprit. Napoléon ne donnait à sa famille que le peu de temps consacré à ses repas. 11 déjeunait seul dans son cabinet, à une petite table où personne, excepté les deux fils do roi de Hollande, ne s'est jamais assis avec lui. Il les envoyait souvent chercher pour constater par lui-mémo les progrès de leurs études et pour suivre le développement de leurs idées. 11 les questionnait avec intérêt, s'égayait de leur innocente conversation et leur faisait réciter des fables de son choix dont il leur demandait le sens en le leur expliquant s'il n'était pas compris.
À son retour de l'île d'Elbe, il revit ces enfants avec un nouveau plaisir, et sa joie fut d'autant plus vive à les trouver si brillants de progrès et de santé, qu'il était privé de son propre fils, retenu pour toujours à Vienne. Il les voulait toujours près de lui comme pour remplir cette place vide.
Après la catastrophe de Waterloo, la reine Hortense partit pour l'exil emmenant ses deux fils. Elle parvint à la frontière sous l'escorte d'un officier autrichien.
« J'ai quitté, écrivait-elle, le soir cette ville d'où
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» les alliés m'expulsaient à la hâte; tellement re- » doutée, faible femme que j'étais, avec mes deux *> jeunes enfants , que de distance en distance , la * troupe ennemie était sous les armes pour proté- » ger, disait-on, notre passage. »
Ce fut ainsi que les jeunes princes dont la naissance avait été saluée par le canon , et qui étaient nés sur les marches du plus grand trône du monde , virent disparaître en un seul instant la patrie, la famille, l'avenir, pour entrer, par la porte du malheur, dans la rude voie des épreuves.
Augsbourg d'abord et ensuite les bords du lac de Constance furent les asiles où se retira le prince Louis, avec cette mère qui avait jeté plus de lustre sur une couronne, qu'elle n'avait pu elle-même en recevoir. Dans cette retraite, la reine se dévoua tout entière à l'éducation de son fils, et cette éducation fut sévère comme elle convenait au proscrit, dont les souvenirs de grandeur devaient disparaître et faire place à la conquête laborieuse de toutes les qualités qui font retrouver un rang perdu.
L'étude des anciens classiques, les sciences exactes et les exercices gymnastiques furent les bases de cette éducation qui ne tarda pas h porter ses