‹ Le prisonnier de HamChapitre 54 sur 70 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

chinalement et continua ses pas monotones. À la porte de la cantine , le prince passa tout près de l'officier de garde qui lisait une lettre. L'officier du génie et l'entrepreneur des travaux étaient à peu de distance^ examinant des papiers. Plus loin, un groupe de soldats se tenait au soleil devant le poste. Le tambour jeta un regard railleur sur l'homme à la planche, mais le factionnaire ne lui accorda pas la moindre attention. Le portier était à l'entrée de sa loge, mais il ne regarda que Thélin, qui suivait de très-près, tenant en laisse le chien du prince. Le sergent qui était à l'entrée du passage tourna vivement les yeux sur le faux ouvrier, mais un mouvement de la planche le força à se rejeter en arrière, il ouvrit la porte et le prince franchit le seuil ; Thélin sortit à son tour en disant bonjour au portier.

Entre les deux ponts-levis, le prince rencontra deux ouvriers venant droit à lui du côté où la planche laissait son visage découvert. Ils le regardèrent de loin avec attention et exprimèrent à haute voix leur surprise de ne pas le connaître. Le prince alors, comme un homme fatigué de porter un poids sur l'épaule droite, fit passer la planche à gauche; les deux hommes cependant paraissaient animés d une telle curiosité qu'il crut un moment tout h

fait impossible d'éviter leur examen y mais a Quel* ques pas d'eux et lorsqu'il s'attendait à une question, il eut le plaisir d'en entendre un qui disait à Kautre : « Ah! c'est Berthou! »

Le succès était dès lors complet. Le prince se trouvait enfin libre , hors de ces murailles détestées dans l'enceinte desquelles il avait langui cinq ans et neuf mois. Quoiqu'il ne connût les environs que par la carte de la ville , ce n'était pas le moment d'hésiter sur le chemin à suivre. 11 prit celui qui côtoie les remparts et aboutit sur la grande route de Saint-Quentin. Thélin s'était hâté d'aller prendre à Ham le cabriolet qu'il avait retenu la veille au soir, et qu'il devait conduire lui même.

Nous n'entreprendrons pas de décrire les pensées tumultueuses qui se pressaient alors dans le cœur du fugitif. 11 faut pour les comprendre avoir traversé ces grandes crises de la vie. Bornonsnous à dire qu'il précipita le pas, la tête en feu, et qu'il ne s'arrêta qu'à l'aspect d'un cimetière où la vue d'une croix vint lui rappeler la source ineffable de tout bonheur. 11 se prosterna devant l'emblème de l'éternelle rédemption, et offrit ses vives actions de grâces au Tout-Puissant , dont la main l'avait guidé au milieu de tant de périls.

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