SCENE III
JOHNSTON, OWEL, sous le nom de Patriss.
JOHNSTON
Vous venez aux prisons pour y rendre service A bien des malheureux.
OWEL, toujours sombre.
Il faut que j'obéisse.
Dans la condition où le sort m'a placé , Que faire?
JOHNSTON, à part.
Il ne vient pas sans qu'il y soit forcé.
OWEL.
Vous verrez aujourd'hui madame la duchesse.
JOHNSTON
Et de la seconder votre zèle s'empresse?
OWEL.
Je ne fais jamais rien que ce qu'elle a prescrit.
JOHNSTON
Sur tous les malheureux sans cesse elle gémit. Elle a pour chacun d'eux les bontés dune mère : Elle est riche , puissante , elle plaint la misère , Et s'est faite humblement dame de charité. Une femme toujours a de l'humanité.
OWEL.
La duchesse a bien plus: son âme toujours grande N'attend pas qu'à ses pieds le pauvre lui demanda La pitié , des secours : le pauvre les obtient ; Et, sans l'humilier, sa bonté le prévient. Toujours sa modestie a peur que je la nomme. Je garde son secret.
JOHNSTON
Vous êtes honnête homme.
OWEL , vivement.
J'apporte cet argent pour quelques prisonniers.
JOHNSTON, montrant une liste.
Sur cette note-ci sont inscrits les premiers , Et les moins criminels et les plus misérables.
OWEL.
Sa pitié la plus grande est pour les plus coupables.
JOHNSTON , montrant un autre endroit de la liste.
Ceux-là sont arrêtés pour des crimes bien forts.
OWEL.
Ils sont plus malheureux , ils ont plus de remords.
JOHNSTON
Il faudrait en avoir, je crois, pour s'y connaître. Il me semble pourtant, et cela devrait être, Que les plus criminels ont le cœur endurci. Je le vois chaque jour.
OWEL.
Tous ne sont pas ici , Et des crimes bien grands sont impunis encore.
Croyez-moi : tôt ou tard...
OWEL.
Johnston , on les ignore :
Ainsi , de grands forfaits ne sont paj expiés ; Les uns sont inconnus , les autres oubliés ; Mais pour le criminel , quel que soit son refuge ,
Il n'est plus de repos.
JOHNSTON
Vous parlez comme un juge; Mais vous avez raison. On va tirer d'ici Un prisonnier que j'aime, et qui n'est pas ainsi.,.