ACTE II , SCENE IV
FITGAM.
C'est vraiment un abîme, Un mystère d'horreur où je le vois plongé. La cause est sans appel ! Paderbonn est jugé ! Et demain!.,. Malheureux!
JOHNSTON
Je ne sais si je veille,;; Comment?
FITGAM.
Après dix ans, il faut que l'on réveille Un procès oublié!
JOHNSTON
Vous avez entendu L'arrêt?
FITGAM.
Oui , son arrêt.
JOHNSTON
Je reste confondu;
FITGAM.
Et quelle honte ! Il faut que la mort l'avilisse !
JOHNSTON
Je soutiendrai toujours que c'est une injustice;
De leur conviction tous les juges frappés , Se réunissent tous.
JOHNSTON
Ils se seront trompés; Et les juges enfin ne sont pas infaillibles; Moi , je ne crois jamais que les choses possibles ; Je l'ai vu bon, sincère , humain, compatissant: Quand on est fait ainsi , l'on doit être innocent,
FITGAM.
Yous pouvez le sauver, ma fortune est immense;
JOHNSTON
Yous n'avez pas dessein de m'avilir, je pense?
FITGAM.
Qui? Moi ,. vous avilir ! Je dois vous estimer; TJn bon cœur est toujours sur de se faire aimer : Vous êtes bienfaisant , voilà le plus beau titre. Le monde qui nous juge est un mauvais arbitre, S'il veut juger surtout des mœurs et des vertus : * C'est à l'homme opulent qu'il en donne le plus; Et , lorsqu'il veut citer un cœur noble et fidèle, Croirait s'humilier en cherchant un modèle Aux rangs où la fortune offre le moins d'éclat. Je soutiens que l'on peut , dans le dernier état , Trouver l'humanité , rencontrer la noblesse : Votre condition n'a rien qui vous abaisse; Et , sorti de la foule , ou des rangs les plus hauts ; Un homme est toujours homme , et peut être un héros. Vous offrir un ami , ce n'est pas vous séduire,
JOHNSTON
À me déterminer ce prix pourrait suffire , Plus que votre fortune et son immensité ; Mais si je vous cédais, vous m'auriez acheté: Car le monde aisément croit à ce qu'il suppose ; Et vous ne voulez pas, monsieur, que je m'expose , Pour vous rendre service , à me voir diffamé, FITGAM.
Plus d'espérance.
JOHNSTON
Il vient.
FITGAM.
Je l'avais trop aimé.