‹ Le prix de la vieChapitre 2 sur 108 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

DE LA TïlOISIJE]VIJE EDITION

Quand, il y a deux ans bientôt, j'offrais au public ces études sur ce que je puis nommer la philosophie de la vie, ou encore d'un beau mot emprunté â Arislote, la philosophie des choses humaines, je disais : « Je suis convaincu, et je voudrais convaincre les autres que la vie est singulièrement précieuse, si l'on sait voir ce pour quoi elle nous est donnée et ce que nous pouvons et devons en faire. »

C'est bien là l'idée maîtresse de ce livre, et c'est pour cela qu'il a pour titre le Pi'ix de la vie. A cette déclaration je n'ai rien à ajouter, sinon, peut-être, que du double souci partout présent dans ces pages, celui de ne point mutiler l'homme et celui de prêcher le devoir d'agir, l'urgence, si je puis dire, est de plus en plus visible et va croissant. ^

Dans l'ordre intellectuel et philosophique, s'il est vrai que l'on constate une certaine aspiration à une synthèse • le plus en plus corapréhensive, une attention plus sérieuse donnée à des faits de différentes sortes longtemps négligés, un cerlain élargissement des cadres de la pensée et de la pensée elle-même, il est vrai aussi que la persistance trop générale de vieux préjugés entrave ce retour aux meilleures pratiques et ces heureuses nouveautés, et condamne les désirs, les efforts, les tentatives à demeurer trop souvent stériles ; qu'à l'égard des sciences il subsiste en bien des endroits une méconnaissance fâcheuse de

vin PREFACR.

leur véritable esprit, de leur juste portée et, par suite, un emploi peu judicieux de leur méthode et de leurs résultats ; et qu'enfin à Tégard de ce qui est chrétien la devance est grande, très grande en beaucoup de régions du nonde qui pense, ou qui croit penser, et en beaucoup d'autres, l'intolérance même est très aveugle, très haineuse, très active. Ainsi l'humanité se divise d'avec ellemême, et rejette ou néglige quelque chose d'elle-même et des ressources mises à sa disposition. D'autre part, « l'anarchie intellectuelle », que Jouffroy signalait déjà en 1834* comme une suite « de l'individualisme le plus exagéré et le plus complet », envahit toutes les parties de la pensée, elle a atteint la morale, elle est extrême; des tendances diversement puissantes se disputent les esprits, aucune école ne prévaut, aucune influence même n'est décidément dominante, et dans l'universel désarroi il se trouve que c'est à l'énergie individuelle elle-même d'entreprendre la restauration de l'autorité de la vérité qui domine et rallie les intelligences : chacun doit s'appliquer plus que jamais, mieux que jamais, à consulter courageusement et fidèlement les principes et les faits pour se rendre plus que jamais, mieux que jamais, capable de voir clair, de juger et de conclure, précisément parce que ce n'est guère plus la mode ; c'est par cette application soutenue que les esprits peuvent se garantir des préjugés et des erreurs: c'est grâce à cette application qu'ils peuvent reprendre de la consistance et trouver par quoi se rapprocher et se réunir. Dans Tordre social et politique, il en est de même : beaucoup de nobles et de généreuses aspirations, mais ie vieil esprit de division, de rancune, de défiance et de haine toujours vivant; un affreux égoïsme, en dépit de belles paroles et de beaux rêves, séparant les hommes et tout prêt à les armer les uns contre les autres; et, devant les périls qui menacent la société, l'initiative ir.dividuelle, l'énergie individuelle plus que jamais néces-

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