‹ Le prix de la vieChapitre 31 sur 108 · L'OBLIGATION MORALE · texte numérisé non relu

L'OBLIGATION MORALE

de faire. 11 faut..., et si je fais ce qu'il ne faut pas, j'ai tort. Il y a ici un ordre, un commandement impérieux. Je me trouve lié de la façon la plus intime. La loi, car c'est bien une loi, est telle qu'il ne suffît pas de l'observer extérieurement, mais que l'obéissance est requise par respect pour elle, en sorte que je lui soumets intérieurement tout mon être, que je lui donne mon adhésion intime, que je la déclare bonne, quoi qu'elle commande.

Ce fait a été mille fois décrit. Il faut l'envisager sérieusement.

C'est le fait de \ obligation^ de l'obligation morale. La formule est ici : tu dois faire. Remarquons-le bien : tu peux faire autrement, mais tu dois faire ainsi.

Voilà ce qui, par rapport à tout ce qui précède, est une nouveauté considérable, une nouveauté énorme. Si cela est, aucune des règles de pensée ni des méthodes jusqu'ici employées ne réussit plus : nous sommes dans un ordre nouveau.

Je n'ai pas, pour le moment, à scruter l'origine de l'idée d'obligation. Je n'ai qu'à bien voir en quoi elle consiste, hic et mine. C'est la première démarche de l'esprit en présence d'un fait : le

constater, le décrire, le poser devant les yeui d'une façon nette, distincte, tranchée.

Or, quand je me vois et me déclare obligé de faire ceci, de ne pas faire cela, il peut arriver, et il arrive que je désire vivement faire précisément ce quC' je ne dois pas faire. Alors me voilà, avec toutes mes forces vives, arrêté : et par quoi? par une idée. Cette idée peut aller jusqu'à me commander : quoi? de lui sacrifier tout, de mourir plutôt que de la trahir. Je n'invente pas. Je ne déclame pas. Je constate un fait. Tous les jours, à des degrés divers, je sacrifie à cette idée de l'homme accompli et parfait l'homme réel que je suis. Je tue, je mets à mort quelque chose en moi, quelque chose de moi, pour me conformer à cet idéal de vie. Il y a des cas oii c'est la vie totale, la vie même, qui est sacrifiée. Et quand la loi mortifie ainsi l'homme, il se peut que Fhomme perde de vue la beauté du sacrifice, qu'il obéisse à la loi sans comprendre. C'est la loi. Dura lex^ sed lex. Je ne vois plus pourquoi la loi est respectable, mais je vois qu'elle est la loi, et qu'elle est respec-. table. Je vois qu'elle est la loi universelle, qu'elle s'impose à tous les esprits, à toutes les volontés. Je m'incline, et je me tais.

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