LA SCIENCE KT LA VIB
nature des idées et de rintelligence. Tout cela, qui est réel, et comme tel, observable, analysable, assujetti à des lois connues ou connaissablés, tout cela est indisciplinable par essence : c'est de la sensualité brute, c'est de la violence bestiale, c'est de la passion, c'est du sentiment, c'est de l'imagination; bas ou haut, grossier ou délicat, c'est, à titre de réalité, ressort de la vie, rouage de l'universelle machine, partie de l'organisme total. La science ne le supprimera pas, et tant qu'il en subsistera quelque chose, il } aura dans le monde autre chose que des savants et des sages. Ceux-ci peuvent donc espérer quelque amélioration de l'humanité grâce aui lumières croissantes de la science, et ils peuvent se dire qu'en étendant la science, ils diminuent la misère humaine, en tant que dépendant de l'humaine sottise ou de l'humaine ignorance. Mais ils n'ont qu'un espoir médiocre, et par suite, comme leur ambition est modeste, modeste aussi est leur zèle. Ils sont bienveillants, ils sont tolérants, ils sont doux aux faibles^ aux humbles, aux petits; ils font grand accueil aux hommes de ferme et vive intelligence, ils essaient de les affermir et de les aviver, ils cntrcnl
dans leurs pensées, ils les mettent en garde contre les rêves, contre les trop vastes désirs, ils leur conseillent d'employer leurs belles ressources d'esprit à découvrir quelque solide véritd qui augmente le trésor des connaissances humaines. Ils aiment, ils saluent tout ce qui esl la fleur de l'activité de l'homme, l'art et ses merveilleuses productions, la vertu et ses inventions sublimes. Rien ne leur est étranger. Et l'humanité, à son teur, reçoit d'eux, avec quelques notions nouvelles, des leçons de probité scientifique, de modestie, d'indépendance, de douceur, de courage simple devant le labeur, devant l'impopularité, devant les séductions ou les menaces du pouvoir, devant la maladie et devant la mort, leçons qui, sans doute, dans ce grand et perpétuel flux des choses auquel préside l'impassible Nécessité, ne seront point à jamais perdues*.
Est-ce à cette conception de la vie que je^
1. Est-il besoin de dire«que, malgré la portée générale dii présent chapitre, la plupart des traits dont se compose cette philoso-j pille de la vie sont empruntés à Taine? Plus d'un mot est un souvenir visible de ses écrits. Ceui qui ont eu de lui une connaissance^ personnelle, retrouveront plusieurs fois comme un écho de ses conversations, et dans la dernière page surtout ils reconnaîtront quelque chose de son caractère et, si Ton peut dire, de sa vie.
LA SriKNCE RT tk VIB. lOJ
m'arrêterai? J'y trouve le sérieux que je clierche, la conformité aux lois de la vie que j'ai jugée indispensable, une œuvre à faire, une noble idée de l'homme ; et, puisque je suis de ceux qui travaillent à penser, ne suis-je pas de ceux aussi à qui convient cette théorie?
h Je m'inquiète pourtant, car d'abord -je lui fais le reproche que je faisais au dilettantisme : elle n'est bonne que pour une élite. Elle est trop aristocratique, et c'est mauvais signe.
Ensuite, il me semble que c'est outrepasser les faits que de déclarer que de l'animal à l'homme la continuité est parfaite, en ce sens précis que l'homme n'a pas de loi propre. 11 me semble que l'idée de l'homme bien consultée m'introduirait dans un ordre sans précédent. Est-ce un pressentiment sans valeur?. Entrons dans cette nouvelle étude, et voyons s'il n'y a là qu'une illusion, ou si vraiment nous sommes au seuil d'un monde nouveau.
l'obligation HORALB
En approfondissant Fidée de Thomme, j'en ai constaté le caractère attirant, la force propulsive. L'idéal de la nature humaine exerce sur moi une influence pratique. Mais revenons sur ce point important., et tâchons d'approfondir encore.
C'est de la beauté de la vie que nous parlons. Voici ce que je me demande : cette beauté, si la concevant comme l'idéal de la vie humaine, je la néglige, que penserai-je de moi-même?
Dans tout le reste, le beau a pour moi un attrait tel que si, pouvant l'atteindre, je le manque, j'éprouve un malaise.
Précisons. Déployer mes ressources, mes aptitudes, mes talents, si j'en ai, dans l'ordre du beau, dans l'ordre de Tart, c'est un des buts par-
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tiels possibles de mon activité. Or, pouvant me donner cette culture, je la néglige. Qu'arriverat-il? Je serai mécontent de moi. Mais encore, que dirai-je? Que je me prive par là de jouissances exquises, de grands avantages. Et après? Que ma paresse est blâmable. Pourquoi? parce que, sans doute, il y avait là l'indice de ce qu'on peut nommer une vocation; et, par négligence, par faiblesse, je me refuse à faire ce pour quoi je paraissais fait.
Prenons garde : ceci est une idée nouvelle. Nous ne l'avons pas rencontrée encore. Nous avons constaté des attraits. Nous avons parlé de convenances engageantes, de beauté de vie et de noblesse exerçant sur nous un charme particulier et très puissant. Ici la raison commence à apparaître sous un aspect nouveau. Elle ne nous offre pas seulement une idée belle. Elle se montre avec son caractère propre et original, qui est de commander, de commander impérieusement.
Écoutons bien, en effet. Ma raison me reproche ma paresse. Qu'est-ce à dire? Qu'il y a quelque chose à faire, quelque cnose qu'il faut faire. Mais ce n'est plus la nécessité pure, et c'est plus que l'attrait. Il faut faire, et je ne suis pas contraint