‹ Le prix de la vieChapitre 43 sur 108 · LB MONDE MORAL · texte numérisé non relu

LB MONDE MORAL

plus excellent que moi. Cette loi qui m'arrête, moi vivant et tout frémissant peut-être, bouillonnant, débordant d'activité, de désir, comment ne serait-elle qu'une abstraction? Cet idéal qui m'attire avec toutes mes puissances, qui met en branle toutes mes énergies, comment ne serait -il qu'une conception de mon esprit? Ce qui vit serait éclairé, guidé, contenu, remué par ce qui ne vit pas? Ce qui vit recevrait de ce qui ne vit pas un accroissement de vie, un magnifique développement de vie, une vie plus intense, plus puissante, plus ricbe, plus haute? Ce n'est pas admissible. La vie seule donne le dernier mot de la vie.

Il y a pour l'homme trois régions.

Il y a celle des faits purs et simples, de la perception pure et simple, de l'expérience pure et simple.

Il y a celle des idées, des abstractions, et la science, l'art, la morale même sont les fruits de ses labeurs dans ces régions.

Il y a enfin la région de la réalité comprise ou du moins intelligiblement saisie, et de l'idée pleine, totale, vive. Là tout est vivant. La science, tout abstraite, revient à la vie, d'une certaine manière, par son empire sur la nature réelle. L'art

aspire à la vie et y revient par ses fictions et ses créations où il y a toujours quelque chose de concret ; mais c'est la fiction par un côté toujours, et c'est toujours par un côté ce qui n'est pas. La morale bien entendue, spéculative et pratique, retrouve, elle, la vie de toutes parts : dans la pratique, cela va sans dire, mais dans ses plus hautes spéculations aussi; car elle ne trouve son véritable objet, elle ne s'explique à elle-même son véritable caractère, elle n'a sa raison, son principe, son fondement, que si l'on dépasse la région des abstractions et que Ton arrive jusqu'à la réalité vivante.

Ainsi la morale nous fait sortir de la nature^ mais elle ne nous transporte pas dans le vide ni dans le royaume des ombres. Le monde supérieur oii elle nous introduit est un monde vivant.

On peut dire que c'est la Vie qui règle et appelle à soi la vie. La Vie pleine, parfaite, excellente, souveraine, règle la vie partielle, imparfaite, défectueuse, dépendante, et elle l'attire et l'élève à soi, la conformant à soi, j'allais dire la remplissant de soi.

Et la nature même, pour qui la regarde de ce point de vue supéneur, n'apparaît pas comme foo-

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