‹ Le prix de la vieChapitre 8 sur 108 · A QUESTION DB LA VIE. I · texte numérisé non relu

A QUESTION DB LA VIE. I

Je tiens donc à vivre, y aime à vivre, je veux vivre, et cela de toutes les façons. Je n*ai pas besoin, en effet, de réfléchir beaucoup pour m'apercevoir que la vie en moi est multiple, que les opérations vitales sont diverses, et bientôt je remarque qu'entre ces formes variées de vie que je trouve en moi il y a une liaison et aussi un ordre. Les unes m'apparaissent comme la condition et la base de tout le reste; les autres se montrent à moi comme plus belles et plus estimables que ce sans quoi, d'ailleurs, il semble qu'elles ne pourraient exister. À première vue la vie organique est le support de tout; mais la vie intellectuelle, la vie morale ont une valeur plus grande que ce qui les rend possibles, et si haute en est la dignité que, pour Tamour d'elles, on peut, que dis-je? Ton doit renoncer à la vie organique. Je veux vivre, et parfoi<a pour vivre il faut mourir. Quelle étrange chose! Et comme toutes ces formes de la vie, enchevêtrées les unes dans les autres, rendent difficile de juger de la vie! Les formes nobles sont, en un sens très vrai, ce semble, dépendantes des formes inférieures. Ainsi le feuillage, la fieur et le fruit de i arbre «upposent led ra-

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dnes «moules dans la terre. Et ces mêmes Ibrmei nobles apparaissent comme ayant une telle excellence qu'elles méritent que tout leur soit sacrifié : on dirait alors qu'elles subsistent par ellesmêmes : et pourtant, est-ce donc le moyen de conserver dans leur éclat le feuillage et la fleur, et de faire parvenir à sa maturité le fruit, que de couper l'arbre qui les porte?

La vie est bleu ce que nous connaissons le mieux, et c'est, en même temps,*ce qui nous est le plus inconnu. Nous n'en avons aucune idée nette. Dès que nous y arrêtons notre pensée, nous voyons que, sur cet objet si familier et si intime, la confusion est extrême. Nous ne savons qu*en penser, pensant d'elle tant de choses différentes et contraires. Si nous nous demandons ce que nous en pouvons faire, l'embarras est le même. Nous en voyons tant d'emplois difFértnts, tant d'usages opposés! Et ainsi nous constatons que les premières réflexions sur la vie achèvent d'en brouiller le sens et nous exposent à l'impuissance d'en prendre la direction. Commençant à l'interroger, nous n'entendons plus du tout ce qu'elle est ni ce qu'elle vaut, ni ce qu'elle nous veut; nou0

LA OUSBTION BS LA VIE. S

ne tayons pins eomment Torienter. £lk est d^'vant nous à l'état de question : nous Youdrions découvrir le mot de Ténigme, et nous n'y réussissons pas. Elle est devant nous à l'état de chose pra* tique, d'affaire à conduire, de bataille à engager : il nous faut im mot d'ordre, et nous ne savons où le trouver.

Le mieux serait-il donc de se laisser vivre sans y penser jamais? On aurait au moins pour aller et se mouvoir la nature, l'instinct, et aussi la coutume et la tradition. Si la réflexion empêche de vivre parce qu'elle embrouille les raisons de vivre et diminue les forces vives, il faut renoncer à réfléchir.

Non, il ne faut pas renoncer à réfléchir : il faut réfléchir davantage et mieux.

En toute matière, pour se faire des choses une idée nette et distincte, un effort est indispensable : effort d'attention, grâce auquel on écarte toutes les idées circonvoisines, accessoires, étrangères ; une fois qu'on a dégagé ainsi d'un entourage trop touffu quelque point simple, la lumière it fait t on saisit nettement telle chose, on en a une notion distincte et exacte. Puis, gràoe à un iioav«l efEbrl, on ouvre cet objet : après l'avoir

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