‹ Le prix de la vieChapitre 7 sur 108 · IX QUESTION DE LA VIE · texte numérisé non relu

IX QUESTION DE LA VIE

La vie, cette chose qui est en moi, qui est mienne, et qui de tant de manières m'échappe, puisque je n'en ai pas le secret et que je n'en suis ni le principe ni le maître : quel objet incessant de mes pensées, de mes désirs, de mes soins I Et, si je me mets à réfléchir, quelle énigme! Je porte sur la vie les jugements les plus divers, les plus contradictoires : je la juge bonne, et je la déclare mauvaise ; je l'estime, et je la méprise; je tiens k l^vconserver comme une

t CHAPITRE PREMIER.

chose précieuse et chère entre toutes, et je la prodigue comme une chose vile. Tantôt il n'y a rien de plus grand ni de meilleur, tantôt rien de plus pauvre, de plus mesquin, rien de pire. Je m'en lasse et m'en dégoûte, je m'y attache et m'y complais. Au fond, c'est bien le mot qui résume toutes mes aspirations, toutes mes ambitions, toutes mes espérances, toutes mes joies; et si, par moments, iJ semble résumer toutes les peines, toutes les désespérances, toutes les déceptions, c'est que, dans cet espace de temps qui en est la mesure et que nous nommons lui-même la vie, des événements fâcheux et des circonstances contraires en ont empêché le déploiement libre : elle n'a pu s'épanouir, elle n'a pu être elle-même; et alors froissés, blessés, rabroués, si je puis dire, ce n'est pas de vivre que nous nousplaignons, c'est de ne pas vivre assez.

Tant il est vrai que vivre est ce à quoi nous tenons par le fond de notre être ! Ne hasardons ici aucune formule philosophique, ce serait prématuré; mais enfin, être et tendre à persévérer dans l'être, n'est-ce pas tout un? et pour" l'être vivant, quelle différence concevoir entre vivre et tenir h vivre?

Page 1