Saiot Paal, Ephes., i
37« CHAPITRE XIYll.
dans celte vue, richesse, industrie, art, science, tout reprend du prix, car tout peut être animé de l'esprit de Dieu, et le chrétien peut tout faire servir à la gloire de Dieu. La gloire! Un beau mot. Ce rayonnement de la grande renommée qui fait resplendir un nom sur toutes les bouches humaines à travers les âges, a de quoi éblouir de nobles âmes. Combien plus beau, plus solide, si je puis dire, plus doux aussi le rayonnement de Dieu dans les esprits et dans Tunivers entier! Non nobis, Domine, non noôiSy sed Nomini tua da gloriam^. La gloire, non pas pour nous, pauvres êtres imparfaits, faibles créatures, noû pas pour nous, mais pour le Nom de Dieu qui exprime toute excellence et tout être ! Et alors le chrétien a des regards qui s'étendent au monde entier. Tout chrétien est apôtre, au moins par le vœu de son âme et par la prière. Les plus simples, nous l'avons indiqué plus haut, ont cette universalité de vue et de désir qui -égale en quelque sorte Dieu même. La plus humble bonne femme récitant le Pater comme il faut s'élève au ciel et embrasse toute la terre, quand elle dit à Notre
{. Psaume 113, U exitu.
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Père qui est dans les deux : Que votre nom soit sanctifié, que votre règne arrive, que votre volonté soit faite sur la terre comme elle est faite dans le ciel !
Le chrétien est un être étrange, car il est aadessus de l'homme; mais c'est un homme, comme le Christ, son maître, et c'est l'homme vraiment homme, pleinement homme, d'autant plus excellemment homme que Dieu s'y ajoute. Le Dieu de paix sanctifie tout en nous, il fait de nous des êtres complets, ôXoteXeTç, et tout ce que nous sommes, tout, entendons-le bien, l'esprit, et
l'âme et le corps, ôXoxXripov u(awv to 7rv£u{xa xai ^ <j;u^^
xai TO dtojxa, il le garde pur, irréprochable, «(xejxitxcSç, en la présence de Notre-Seigneur Jésus- Christ ^ Tout en nous est sauvé, gardé pour la vie éternelle. Tout, y compris le corps qui ressuscitera, car enfin l'homme n'est pas esprit pur, il est composé d'âme et de corps. Dieu a créé les choses pour qu'elles fussent, Deus créa-
vit res ut essent. Aux choses il a donné une
aptitude à se perpétuer, aptitudinem ad perpe-
1. Saint Paul, I Thessal., y, 23. J'ai cité le texte grec, linjulièrejpeut expressif.
178 CHAPITRE XXVIl.
tuitatem^. Ce qu'il a comme rempli de sa vérité, demeure. Ce qu'il a spiritualisé, demeure. Ce qu'il a sanctifié surtout, demeure, et pour l'éternité. La vie ! C'est le dernier mot de tout. Jésus- Christ est venu et il est mort : pourquoi? pour que les hommes aient la vie, et pour qu'ils l'aient plus abondamment, veni^ ut vitam haheant, ei abundanthis habeant*.
Ainsi il y a dans le Christianisme comme une double vertu, et cela parce que le Christ est mort pour donner la vie : une vertu retirante , si je puis dire, et recueillante^ qui délivre du mal, qui ôte le péché, qui ramène à Dieu; et une vertu dilatante, expansive, qui propage le salut, qui répand la vie, qui donne Dieu au monde. Et de là une double vue du monde : il y a lieu de s'en éloigner, de s'en abstenir, à cause de ce qu'il contient de mal et de danger ; il y a lieu de s'y mêler à cause du bien à y faire et pour y mettre et y faire régner Dieu.
1. Saint Thomas d'Aquin, Summa contra gentiles^ liv. IV, ch. Lxixvii. — Tous ressusciteront, mais tous ne seront pas changés, saint Paul, / Cor.^ xv, 51. Résurrection de la vie pour les bons. Insurrection du jugement pour les méchants, saint Jean, Èvang., v, 29.