SCÈNE YIII
IIERNANDEZ, MARTIN.
IlERNANDEZ, se Croisant les bras *.
Hé bien! il est gentil, il est bien combiné ton petit stratagème.
MARTIN
Je vais te dire : il y avait là un photographe qui m'aurait pris en flagrant délit.,, alors...
HERNANDEZ
Me prends-tu pour un idiot?
MARTIN
Je t'assure...
IlERNANDEZ.
Silence! je vois clair dans ton jeu ! Il s'agissait de te débarrasser de moi, de me faire croire que notre honneur est satisfait^ de me cacher ta lâcheté.
MARTIN, offusqué.
Don Hernandez !
HER N ANDEZ.
Je suis à tes ordres.
MARTIN, se calmant.
Non... continue.
HERNANDEZ
Alors tu t'es dit : J'irai seul avec Agénor, je le laisserai en route ; je dirai à ce bon Hernandez qu'il est dans le trou et nous repartirons dare dare pour Meyringen. Est-ce vrai ?
MARTIN, i^assanl à gauche **.
Eh bien, oui, là... fiche-moi la paix ! Je ne suis pas né
* Hernandez, Martin.
** Martin, Heraandez.
pour le crime, moi ! je ne suis pas une nature d'assassin... tout le mondo n'est pas doué...
HËRNANDEZ.
C'est bien. . . n'en parions plus !.. .
MARTIN, respirant.
Ah!
HËRNANDEZ, d'une voix sombre.
Serais-tu homme à venir faire avec moi, et sans témoins, un tour à la cascade?
MARTIN
Sans témoins... pourquoi faire?
HËRNANDEZ, sombre.
Mais pour causer de choses et d'autres.
MARTI M, effrayé.
Nous pouvons causer de ça ici.
HËRNANDEZ^ d'une voix sinistre.
M'est avis que nous serions mieux sur le petit pont qui tremble. (Lui prenant le bras.) Qu'en penses-tu ? MARTIN, reculant.
Ne me touchez pas! je suis fatigué, je n'ai pas envie de me promener.
HERNANDJLZ.
Nature microscopique ! Et tu crois que tu m'auras fait venir jusqu'ici pour assister à ta réconciliation avec le larron de notre honneur?
MARTIN, vivement.
Ma réconciliation... Ahî bien oui!... tune meconnaispas! Je prétends au contraire lui inûigerun châtiment plus impitoyable... et en tout cas plus digne d'une nation civilisée!
HËRNANDEZ.
Que veux-tu faire?
MARTIN
Je veux lui plonger dans le cœur un fer rouge!... * Martin. Agénor.
HERNANDEZ
A la bonne heure !
MARTIN
Un fer rouge qui s'appellera le remords.
HERNANDEZ
Le remords. .. Oui.
MARTIN, s'exallant.
Un fer rouge qui le poursuivra partout, qui lui rongera le
foie... comme un vautour... et dont le miroir implacable
lui représentera son crime en lui criant : Misérable! tu as
trompé ton ami!. .. Voilà de la vengeance! de la vraie!
HERNANDEZ
Eh bien, c'est ça... fais -lui ça tout de suite.
MARTIN
Va me le chercher... je ne te dis que ça !
HERNANDEZ, sortant.
G'estça...unfer rougO;.. qui lui rongera le foie... avec un miroir... Ah ! nous allons rire ! (Il sort par le couloir do gauche.)